Luttes sociales

Maurice Gironcel : « Pour développer notre pays, nous devons trouver une voie Réunionnaise »

Intervention du président de la CINOR au Congrès de la CGTR

Témoignages.re / 5 juin 2021

En qualité de président de la CINOR, Maurice Gironcel, également membre de la CGTR, était invité à intervenir hier en ouverture du 13e Congrès de la CGTR. Voici le contenu de son discours.

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Bienvenue à toutes et tous ici à la NORDEV ! Je tiens à remercier la direction de la CGTR, à Jacques BHUGON, qui m’a aimablement invité à dire quelques mots à l’ouverture du 13è Congrès.
C’est avec émotion que je m’adresse à vous ce matin à la fois en qualité de président de la CINOR mais aussi et surtout en tant que militant Réunionnais.
Pour moi, la CGTR est une famille. A mon retour de France où j’avais milité à la CGT pendant de longues années, mon engagement se poursuivit naturellement à la CGTR, au sein de ce qui était alors la CGTR-PTT. Depuis toujours, je suis adhérent sans discontinuité à la CGT puis à la CGTR. Je suis aujourd’hui adhérent à la Fédération CGTR des retraités, comme mon camarade Georges Marie Lépinay,

La CGTR a été durement éprouvée depuis son dernier Congrès.
Plusieurs militants nous ont quittés dont deux anciens secrétaires généraux du syndicat, Bruny Payet et Ivan Hoareau ainsi que Max Banon, ancien dirigeant de la CGTR-Sud.

Membre de la direction du PCR, engagé aux côtés des planteurs, Bruny Payet succéda au premier secrétaire général de l’organisation, Fabien Lanave. A ce moment-là, l’égalité sociale était encore un rêve. Même s’il n’occupait plus de fonction officielle au sein de la CGTR, Bruny Payet était un observateur attentif de la situation de La Réunion.

Ivan Hoareau était un proche camarade. Avant de prendre la responsabilité de la direction de la CGTR, il était directeur général des services de la commune de Sainte-Suzanne où on a travaillé ensemble.
Jusqu’à ce que la maladie l’en empêche, Ivan était de tous les défilés, et son intervention finale était très attendue, car elle permettait à tous les camarades d’avoir bien conscience du contexte de la mobilisation, et des perspectives à l’échelle internationale.

Max Banon a fait aussi partie de l’émigration en France. Travailleur à EDF, il mena un long combat victorieux pour rentrer au pays.
Lui aussi était de toutes les mobilisations, profondément inspiré par la nécessité de se rassembler pour mettre fin aux injustices sociales.
Tout comme Bruny Payet et Ivan Hoareau, Max Banon était un grand combattant pour qui le respect du Réunionnais était le premier grand principe.

J’ai tenu par ces quelques mots à leur rendre un hommage largement mérité .

Chers camarades Congressistes,

Depuis plusieurs années, les plans d’austérité se succèdent. Personne n’est épargné dont principalement les jeunes.
Nous avons tous conscience que les syndicats sont des organisations structurées, capables d’organiser un mouvement social susceptible de faire avancer le progrès social.
Pour affaiblir ce rempart, des mesures sont prises telles que la fusion des instances représentatives du personnel, ou alors par un accès plus difficile aux Prud’hommes.
Aussi il n’est pas étonnant que les coups se concentrent sur des bastions du syndicalisme CGT comme la SNCF ou encore EDF.
Les premières victimes de cette offensive contre les syndicats sont les usagers des services publics auxquels j’y suis fortement attaché.
L’explosion de la pandémie COVID-19 a même d’ailleurs été mise à profit pour appliquer des mesures contre les travailleurs qui seront d’ailleurs in fine payés par les travailleurs eux-mêmes.
La soi-disant réforme de l’indemnisation chômage en est l’illustration : les travailleurs privés d’emploi vont encore perdre des droits.
A La Réunion, près d’un travailleur sur trois est poussé au chômage, près de la moitié de la population vit sous le seuil de pauvreté et le coût de la vie fait des ravages.
La crise sanitaire que nous vivons viendra aggraver encore plus cette situation.

Cela montre toute l’importance des syndicats dans les combats qui restent à mener à La Réunion, et en solidarité avec les autres travailleurs du monde.
C’est pourquoi, conscient de ce rôle décisif des syndicats et notamment de la CGTR, nous faisons depuis plusieurs années la proposition d’une Conférence territoriale élargie à toutes les forces vives de La Réunion.
Cette proposition inclut bien évidemment les syndicats, les forces vives et les institutions car nous estimons en effet que toutes les bonnes volontés pour développer La Réunion sont les bienvenues.
Cette idée fait son chemin, elle est de plus en plus partagée pour coconstruire La Réunion que nous voulons demain.

Chers camarades,

En tant que responsable politique je suis aussi venu vous dire qu’à travers la Conférence Territoriale Publique élargie nous devons réunir l’ensemble des forces de progrès pour achever l’Égalité réelle.
Mais donner corps à ce projet, qui a été porté au plus haut niveau par la Ministre Ericka Bareigts, n’est pas le seul horizon de notre mobilisation !
Car si l’Égalité est un devoir, elle n’est pas une fin mais un moyen.
Le projet que nous portons tous, réside dans notre identité profonde : notre identité réunionnaise, qui fait de nous des Réunionnais, partout, tout le temps !
Ainsi l’Egalité ne sera réelle que si elle prépare la voie à l’Émancipation, dans le cadre de la République comme nous l’avons toujours souhaité depuis 1959.
Ce combat, mes chers camarades, a un socle social. Car l’Émancipation, nous la voulons dans une société de travail, dans une société d’harmonie.
C’est pourquoi, je mets en œuvre au sein de la Mairie de Sainte-Suzanne, du SIDELEC ou encore de la CINOR, une politique d’amélioration de traitement des agents avec un des meilleurs taux de titularisation de l’île.
Nous sommes allés encore plus loin à la CINOR où j’ai signé le mois dernier l’agenda social avec les organisations syndicales.
L’objectif est de définir ensemble et de planifier les sujets de travail en commun ainsi que les grands chantiers à ouvrir durant l’année, dans l’esprit d’une vision partagée des avancées en matière sociale pour le personnel de la CINOR.
Nous devons ensemble remettre au cœur de la politique sociale l’humain, en valorisant la place de l’agent et en redonnant tout son sens au travail réalisé par chacun au service du territoire et des citoyens

Chers camarades,

Pour développer notre pays, nous devons trouver une voie Réunionnaise.
Ce que je dis là est particulièrement vrai, et visible, dans le secteur de l’Énergie. A quelle émancipation peut prétendre un pays qui est presqu’entièrement dépendant des importations ?
L’Émancipation sera la marche vers un projet construit autour d’un impératif : l’autonomie énergétique et électrique, sur la base d’une énergie propre et renouvelable. L’énergie est indispensable au développement d’un pays.
La Réunion regorge de potentiel : hydroélectricité, le vent, le soleil, la mer et peut-être demain le volcan, si la géothermie tient ses promesses.
A Mafate avec le village solaire, l’expérience réussie de l’hydrogène nous apporte la preuve que c’est possible.
Nous avons tout pour réussir le pari d’une transition énergétique qui nous permettra de créer des emplois dans des secteurs où l’énergie est inépuisable.
C’est pourquoi, chers camarades, je vous demande de nous donner collectivement la force, la force du volcan social réunionnais : pour faire avancer ce projet d’une Réunion forte, qui rayonne et dotée de ses énergies propres au service de tous !

Vous savez que l’actualité et l’avenir soulignent que de nombreux combats sont devant nous. Nos combats d’aujourd’hui seront les réussites de demain pour notre Pays.
Aussi je souhaite bon travail et bon congrès à l’ensemble des délégués et invités.
Et comme le disaient si souvent Bruny, Ivan ou Max : le combat continue !

Je vous remercie.