Devant l’impasse des PEC, réunir la Conférence Territoriale de l’Action Publique
23 juillet, parBaisse de l’aide de la France aux communes qui remplacent les fonctionnaires par des emplois précaires sous-payés
18 janvier 2008

Pensez-vous que la question du prix des médicament puisse ou doive être examinée par l’Observatoire des prix ? Etes-vous favorable à une autosaisine de cet organisme sur ce problème ?
Les personnes interrogées ici sont membres, à un titre ou à un autre, de l’Observatoire des prix et des revenus (OPR). Le Préfet a déclaré que cette instance « n’est pas juridiquement compétente » pour donner un avis sur la question du prix des médicaments. Le Préfet, qui est aussi président de l’Observatoire des Prix, peut-il décider seul des questions soumises à l’examen des membres de cette structure ? Peut-il rejeter, sans examen, la proposition du président de Région de faire analyser collectivement, par un organisme créé à cet effet, les mécanismes de renchérissement, outre-mer, du prix des médicaments ?
La loi a créé un Observatoire des prix et des revenus. Les pouvoirs publics ont mis près de 7 ans à l’installer. Et il ne pourrait pas être saisi quand des questions de différentiel de prix sont en jeu comme elle le sont dans le conflit qui oppose aujourd’hui les pharmaciens au gouvernement ? Alors à quoi sert-il ? Les premiers à se poser la question - on le voit ci-dessous - sont les membres de l’Observatoire eux-mêmes.
Nous avons posé à tous la même question : Pensez-vous que la question du prix des médicament puisse ou doive être examinée par l’Observatoire des prix ? Etes-vous favorable à une autosaisine de cet organisme sur ce problème ?
• Raymond Lauret, conseiller régional, président Commission “Développement Economique” :
« Je suis pour les autosaisines... »
Je pense que l’Observatoire des prix doit être appelé à donner son avis. Il existe pour faire des recherches et se donner une opinion sur tout ce qui concerne les prix, donc le prix des médicaments aussi. D’une façon générale, je suis pour les autosaisines : c’est l’état d’esprit qui prévaut au CCEE, au CESR... Il est des organismes pour dire si la question dont on s’est autosaisi est ou non valable.
M. le Préfet obéit sans doute à des considérations qui lui sont données depuis Paris. Dans le droit fil de la manière de gouverner de M. Sarkozy, il n’y a guère de place pour la concertation. Talleyrand a dit : « Gouverner, ce n’est pas tout empêcher au nom du règlement mais tout faciliter au nom du bon sens ». Nous sommes en plein dans cette affirmation de bon sens. L’intelligence et le bon sens voudraient que l’on se saisisse. Les pharmaciens disent qu’il y a danger pour leur profession et que cette décision va leur causer du tort. Ils ne sont pas stupides. Sont-ils de mauvaise foi ? Ce serait tellement simple de vérifier.
Au départ, j’ai été surpris par leur discours. Mais devant leur ténacité, la passion qu’ils mettent à se défendre et leur unanimité, je me dis qu’il faut aller voir de plus près et peut-être adapter la mesure.
Je crois aux vertus de la démocratie participative, parce qu’elle nous invite à beaucoup de responsabilité et d’une façon générale, je trouve choquant qu’un fonctionnaire - fût-il haut fonctionnaire - puisse prendre depuis Paris, sans consultation, une décision qui nous est appliquée. On ne peut pas se dire démocrate et faire passer des actes irresponsables. Il faut mettre tout cela à l’épreuve de la réflexion, d’une enquête, d’une étude.
• Daniel Gonthier, Vice-président du Conseil Général
« Qu’on ait le courage de tout mettre à plat »
Je voudrais qu’on en revienne au bon sens. J’ai reçu une pharmacienne, qui représentait les pharmaciens de Bras-Panon et je lui ai dit que je souhaitais qu’il y ait une étude... qui peut être réalisée conjointement. Les pharmaciens demandent cette étude.
Qu’on ait le courage - dans une instance qui puisse faire l’analyse de l’extérieur, de façon neutre - de tout ”mettre à plat” : qu’est-ce qui fait monter le prix du médicament ? Le transport, le grossiste, le pharmacien ?
C’est cela qu’il faut dire à la société. Tous les partenaires doivent avoir aujourd’hui la volonté d’un organisme neutre, pour une approche de “comment se font les prix à La Réunion” ? Et je ne suis pas sûr aujourd’hui que l’OPR ait la possibilité de cette analyse.
• Jean Raymond Mondon, Président du CESR
« Si l’Observatoire des prix n’a pas les moyens de travailler... »
A titre personnel, ma position est que les membres de l’Observatoire peuvent faire une demande au président. Pourquoi ne pas la faire ? Il suffit de s’appuyer sur les textes qui réglementent le fonctionnement de l’Observatoire des prix. Je siège aussi à l’Observatoire en tant que représentant d’une institution, le CESR, et à ce titre, je dois en référer à cette assemblée. Mais je vous renvoie à des avis que le CESR a déjà émis sur l’Observatoire des prix, par exemple les 27 avril et 19 mai 1999. Et lors de l’installation de l’Observatoire, l’an dernier, nous avons déjà eu l’occasion de dire que si l’Observatoire des prix n’a pas les moyens de travailler, il ne sert à rien. Et pour l’instant, je ne suis pas sûr qu’il ait les moyens de travailler.
• Maurice Cérisola, ADIR
« De la bonne volonté... »
Je pense que la bonne volonté est la meilleure chose qui soit. Je ne vois pas comment, sur ce dossier - même s’il est compliqué - on ne pourrait aboutir à un résultat “entre quatre murs, entre quatre z’yeux”... Encore une fois, avec un médiateur et des acteurs de bonne volonté. Mais six personnes, c’est un maximum pour avancer. Des deux réunions auxquelles j’ai participé, à l’Observatoire des prix, il n’est rien sorti...
• Eric Marguerite, FO
« Nous ne sommes pas un service de la Préfecture... »
FO - que je représente - siège à l’Observatoire au même titre que d’autres syndicats. Si le préfet préside l’Observatoire, nous ne sommes pas un service de la Préfecture. L’OPR a été voulu par beaucoup, à La Réunion, pour étudier les mécanismes des prix. Ce qu’a proposé le Président de la Région est tout à fait fondé : il y a un problème de prix sur les médicaments, le gouvernement décide d’une baisse de 3%... Sur quelle base ? Qui le sait ? Et ce n’est pas une baisse qui va améliorer le pouvoir d’achat des consommateurs de médicaments. C’est l’occasion pour l’OPR, de voir la formation des prix du médicament à La Réunion. Quelles sont les marges des uns et des autres ? Quels sont les frais ? C’est l’occasion de le savoir. Et si l’Observatoire ne sert pas à cela, à quoi sert-il ?
• Jean-Michel Doxiville, UNSA
« Cela touche de près au pouvoir d’achat »
Concernant la question du prix des médicaments, l’Observatoire des prix est là pour voir comment les prix sont faits à La Réunion. Donc, pourquoi pas ? Cela nous renvoie au règlement intérieur de l’Observatoire des prix. La maladie fait partie de la vie de tous les jours et touche de près à la question du pouvoir d’achat.
• Ivan Hoarau, CGTR
« Clarifier les missions de l’Observatoire »
Premièrement, je ne comprends pas qu’un Préfet, même président de l’Observatoire des Prix, puisse de son propre chef et seul, décider si l’Observatoire des prix et des revenus est compétent ou pas compétent sur tel ou tel sujet. Si c’est cela, c’est un bateau fou, sans programme établi. Ce que dit le préfet est la preuve qu’il faut clarifier les missions de l’Observatoire des prix, pour lui donner les moyens de travailler. Je redis que l’Observatoire des prix n’a pas les moyens de la mission que nous lui avons donnée. Sur la question du prix des médicaments, il me semble que si on discute des prix et des revenus, c’est une question d’ordre général et le prix des médicaments outre-mer entre bien dans ce cadre-là.
Et deuxièmement, il faut introduire une méthodologie. Peut-on décider jour après jour, en fonction de l’actualité, de saisir l’Observatoire des Prix et des revenus sur tout ? On serait alors amené à le saisir à tout va. C’est le deuxième point à clarifier. Mais il est clair que la question des prix englobe celle soulevée par les pharmaciens.
• Jean-Claude Bénard, Sud Solidaire
« Le but de l’Observatoire est de surveiller la formation des prix »
Le syndicat Sud Solidaire a déjà exprimé ses doutes sur l’Observatoire des Prix et des revenus, qu’il considère plutôt comme une coquille vide. On a vu, à l’occasion des trois premiers dossiers dont nous avons été saisis, qu’il n’y a ni moyens financiers, ni moyens humains. La prochaine plénière aura lieu au mois de mai, deux mois après les municipales. Nul ne sait, en réalité, ce que sont les compétences de l’Observatoire des prix et des revenus. Le but que nous lui assignons est de surveiller la formation des prix à La Réunion.
Alors, une autosaisine ? Je suis d’accord, mais il semble que l’Etat et le Préfet se soient arrogé une autorité absolue, de manière à être seuls décideurs. Cela fait trente ans que je me bats pour l’Observatoire des prix, et je suis extrêmement déçu. En ce qui concerne les pharmaciens, il serait intéressant de regarder par quel mécanisme le médicament qui arrive de métropole est, à son arrivée, 11% plus cher. C’est une information que je tiens d’un responsable de la SIPR. Comment cela intervient-il par rapport aux 30% ajoutés ? Ce serait intéressant de le savoir...
Si nous ne faisons pas fonctionner un organisme qui donnera au moins son avis sur les prix à La Réunion, c’est totalement inutile.
• Patrick Beaudron, Vice-président de la Chambre de Métiers
« Il faut voir l’ensemble de la chaîne et des intermédiaires »
La question de la formation du prix des médicaments m’évoque celle des carburants. On voudrait diminuer le prix des carburants en mangeant sur la marge des stations-service. C’est pareil, et ce n’est pas possible. Il vaut voir en amont. D’après les informations que j’ai, la marge des pharmaciens n’est vraiment pas énorme sur les médicaments ; donc il faut voir l’ensemble de la chaîne ; les intermédiaires aussi. C’est nécessaire.
• Jean-Marie Potin, secrétaire général adjoint CFTC
« Pourquoi créer un autre outil ? »
L’Observatoire des prix est un outil qui a été créé pour voir la formation des prix. Je ne vois pas pourquoi il faudrait créer un autre outil, réunir des gens en petit comité. L’Observatoire des prix a une existence légale. Il a été créé officiellement, par décret, et il entre dans ses compétences d’analyser les prix à La Réunion. Il existe un cahier des charges et son rôle, officiellement, est d’examiner les prix dans les départements d’outre-mer. Donc il n’est pas nécessaire de recréer une autre instance, un peu en catimini, pour faire la même chose. Je pense que les médicaments entrent tout à fait dans ce qu’on attend de l’Observatoire des prix.
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