Luttes sociales

Pauvreté, inégalités et crise du logement ont tué deux enfants à La Réunion

L’urgence de mettre fin à un système sans pitié pour la majorité des Réunionnais

Manuel Marchal / 17 janvier 2017

Dramatique incendie dans la nuit de samedi à dimanche à Saint-Denis. Deux enfants sont décédés. Selon les premiers éléments rendus publics, une telle tragédie n’aurait jamais dû arriver. Au-delà d’une décision non-appliquée destinées à protéger les habitants d’un logement insalubre, un fait : plus de 70 ans après l’abolition du statut colonial, des enfants peuvent encore périr dans l’incendie d’un appartement éclairé à la bougie.

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Le drame survenu dans la nuit de samedi à dimanche à Saint-Denis a suscité une vive émotion. Un incendie a rapidement ravagé un appartement situé dans la ruelle Turpin. Trois personnes ont pu s’extraire du sinistre, mais deux enfants sont restés prisonniers des flammes. Ils sont malheureusement décédés.

La famille vivait dans un logement insalubre et reconnu comme tel par les autorités. Un arrêté de relogement avait été pris dans ce sens le 26 avril 2016. À partir de cette date, les locataires avaient droit à un nouvel appartement décent dans un délai de 5 mois. « Le Quotidien » d’hier rappelle le nom des autorités chargées d’appliquer cet arrêté : « le maire de la commune de Saint-Denis, le sous-préfet chargé de la mission cohésion sociale et jeunesse, le directeur de la sécurité publique, le directeur de l’environnement de l’aménagement et du logement, la directrice de la jeunesse et des sports et de la cohésion sociale, la directrice régionale des finances publiques et le directeur de l’ARS ».

Force est de constater que plus de 8 mois après sa publication, l’arrêté de relogement n’était pas appliqué. Ces plus de trois mois de retard ont eu des conséquences dramatiques. Car les victimes étaient privées d’électricité. Elles s’éclairaient avec des bougies, suspectées d’être à l’origine de l’incendie.

Bidonville toujours là

Un tel drame est encore possible à La Réunion, 70 ans après l’abolition du statut colonial. Il trouve son origine dans deux problèmes que le système en place est incapable de régler : la pauvreté et le manque de logements.

Pauvreté et manque de logements obligent en effet des familles à vivre dans des habitats insalubres, lourds de dangers potentiels. En effet, si la plupart des bidonvilles ont été progressivement éradiqués, la misère du mal-logement existe toujours. Elle se fait plus discrète. Les quartiers de cases en bois sous tôle sans eau ni électricité n’existent plus en périphérie des centres. L’habitat insalubre se dissimule au coeur des villes, dans des immeubles qui auraient dû être rénovés depuis longtemps et qui par manque d’entretien sont condamnés à la démolition. Finalement, le bidonville est toujours là. Ces appartements sont pourtant le seul refuge pour des familles à qui le droit à un logement décent est refusé.

L’urgence de changer de politique

Le système actuel est bien incapable de garantir à tous les Réunionnais l’accès à des droits universels tels que le travail ou le logement. L’abandon d’une partie de la population par ce système peut provoquer des drames comme dimanche dernier dans la ruelle Turpin à Saint-Denis.

C’est une nouvelle preuve de l’urgence de changer de politique. Fidèle aux combats menés toute sa vie par son fondateur Paul Vergès, le Parti communiste réunionnais a décidé de poursuivre la lutte pour changer de système. Souhaitons que cet appel au changement soit le plus partagé possible afin que le rassemblement le plus large puisse notamment aboutir sur la victoire des intérêts des plus démunis. C’est le sens de l’appel au développement durable et solidaire.

M.M.



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Messages






  • à propos d’exploitation de la misère, il faudrait aussi parler de tous ces marchands de sommeil, bien de chez nous, qui en tirent de confortables revenus.
    Combien de propriétaires divisent ainsi leurs appartements en autant de studios et deux pièces où s’entassent familles mono parentales, aux ressources minimales, et leurs enfants ? Plus il y a d’appartements et plus il y a de loyers récupérés. Une fois les loyers payés, ces familles n’ont plus assez d’argent pour se cotiser pour payer l’électricité distribuée par le seul compteur alimentant l’appartement initial.
    Le drame vécu par la famille qui a perdu deux enfants dans des conditions atroces est bien sûr à mettre sur le compte de la logique interne du système d’exploitation qui régit toute la société actuelle, mais les propriétaires de biens immobiliers obnubilés par l’argent font partie des premiers responsables de ce drame.

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  • Mett su la touche bann vendeur de sommeil. Dès 1971, lorsque Paul Vergès a pris en main la mairie du Port, l’éradication des bidonvilles a été l’une de ces priorités. Grâce à son plan de réhabilitation, la majorité des bidonvilles avaient disparu de cette ville. Mais, le camarade avait également dans le viseur l’aménagement de l’île, en précisant dans son plan de développement la construction de 10 000 logements par an. Bien sur pour répondre aux besoins immédiats, mais surtout pour faire face à la démographie galopante. Malheureusement, comme pour beaucoup de ses projets, son cri d’alerte n’a pas eu suffisamment d’échos auprès des membres du gouvernement de l’époque et encore moins chez certains élus, préférant de payer des amendes au lieu de programmer la construction de logements sociaux. 46 ans plus tard, nous avons pris énormément de retard et des familles sont la cible de marchands de sommeil. Le manque de scrupule de ces derniers a été favorisé par l’absence d’anticipation de certains. Aujourd’hui, il est de notre ressort de relever le défi de mettre ces vendeurs de sommeil sur la touche .
    Michel.M

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