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Premières impressions à chaud
5 juillet 2004

Le ministre de la Cohésion sociale, Jean-Louis Borloo, dévoilait mercredi dernier à la presse son plan d’actions articulé autour de trois volets : l’emploi, le logement et l’égalité des chances. Il faudra attendre le débat parlementaire d’octobre pour la validation de ces premières annonces, mais le président de la République parle déjà d’une "nouvelle donne sociale", dans le respect de son engagement prioritaire en faveur de la justice sociale, au lendemain des élections régionales et cantonales de mars. Un budget total de 12,757 milliards d’euros sur 5 ans devrait ainsi permettre aux "oubliés de la République" de retrouver leur place dans la société.
Nous avons recueilli les premières impressions à chaud d’Emmanuel Lemagnen, élu régional et militant associatif, s’agissant du "contrat d’activité" et de Cendrine Peignon, enseignante en lycée professionnel et membre du SNUEP-FSU, quant à l’objectif de développer l’apprentissage.
Le Plan Borloo ambitionne d’offrir en 4 ans, 1 million de "contrats d’activité" pour les bénéficiaires de minima sociaux dans le secteur non-marchand, dans les communes et le secteur associatif. Il y emploiera un budget de 5,19 milliards d’euros et mise implicitement sur l’initiative des partenaires sociaux, des collectivités locales et des associations pour s’emparer de ce dispositif.
Emmanuel Lemagnen, défenseur du tissu associatif, nous livre ses premières réflexions : "En première lecture, le projet pris dans sa globalité semble offrir une approche concrète. Après les suppressions d’emplois-jeunes, la baisse des quotas CES, etc., cela apparaît comme la meilleure idée de ces dernières années. Mais lorsque l’on sort un grand projet comme celui-ci, il convient de toujours regarder les effets pervers d’une bonne idée. Cela mérite donc un examen plus attentif et la Chambre consulaire des associations, représentative de tous les secteurs d’activités, aura à apporter une vision d’altitude".
"En effet, si ce projet bénéficie d’une application mécanique à La Réunion", poursuit M. Lemagnen, "elle demandera à bénéficier de la représentativité qui lui est due, comme au sein de ces prochaines "maisons de l’emploi". C’est une très bonne chose que l’on reconnaisse le secteur associatif dans ses compétences, son bénévolat, mais il ne faudrait pas qu’une fois de plus, il soit la roue de secours de l’État et des collectivités".
Le conseiller régional ajoute que "Les associations accomplissent un réel travail social de proximité, elles sont un relais de la population ; c’est pourquoi il faut veiller à ce que ces nouveaux contrats d’activités, en dehors d’une pérennisation des emplois, bénéficient d’une évolution de carrière. Il conviendra donc d’examiner cette proposition à l’éclairage du vécu des alternatives passées et ne pas laisser les associations s’engouffrer dans ce dispositif. Je le répète, à priori, cela semble la meilleure idée que l’on a eue depuis ces dernières années, reste à en mesurer les effets pervers". Enfin, Emmanuel Lemagnen estime pour sa part "qu’il n’y a pas d’idée de gauche ou de droite, mais bien des bonnes et des mauvaises idées".
2 milliards d’euros seront alloués à l’apprentissage, avec comme objectif initial de parvenir à 500.000 apprentis d’ici 2009, soit une augmentation de 40%. Pour cela, le plan éponyme du ministre de la Cohésion sociale, Jean-Louis Borloo, prévoit de nouvelles incitations fiscales à destination des entreprises, précisant néanmoins que salaire et statut des apprentis seront revalorisés. Cendrine Peignon, enseignante en lycée professionnel, nous offre son éclairage :
"Je ne peux m’exprimer sur le cas de la Métropole, mais s’agissant de La Réunion, lorsque que l’on constate que la Chambre de commerce et d’industrie est obligée de faire des campagnes publicitaires pour motiver l’apprentissage et les entreprises, je pense que ça ne saura pas aussi simple que cela y paraît".
"C’est certainement encore une grande idée du MEDEF, mais pas celle des patrons des petites entreprises qui n’ont déjà ni le temps ni le personnel pour assurer la formation des jeunes et qui sont contentes d’avoir des élèves opérationnels et capables de s’adapter rapidement", déclare-t-elle. "Il faut se méfier du revers de la médaille, car si les entreprises sont grassement payées pour embaucher des apprentis et qu’elles n’en font rien en retour, ce sont les gamins qui vont se retrouver le bec dans l’eau. En tant que professeurs, nous sommes là pour les soutenir lorsqu’ils rencontrent des difficultés lors de leur apprentissage, là pour qu’ils persévèrent et obtiennent un diplôme", ajoute Cendrine Peignon.
"C’est très bien si les entreprises s’engagent à faire de même. L’apprentissage est présenté comme la panacée, la solution au chômage, mais nous, nous avons toujours les mêmes doutes s’agissant de la qualité de la formation, et du coût de l’apprenti par rapport à l’élève. Je ne suis pas sur qu’il revienne moins cher, mais je pense que c’est un choix politique pour apporter une nouvelle aide aux entreprises. Un effet d’annonce de plus". Pour corroborer son inquiétude, Cendrine Peignon nous livre un premier chiffre, après la première commission d’affectation en Lycée professionnel : "Après la première commission, 400 places en lycée professionnel restent vacantes, alors que 1.900 élèves restent sur le carreau, sans affectation. Je suppose que ceux-là vont basculer sur l’apprentissage".
Estéfany
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