Luttes sociales

Plus de 120.000 Réunionnais risquent de basculer sous le seuil de pauvreté

Impact de la crise sanitaire causée par la stratégie de laisser entrer le coronavirus à La Réunion

Témoignages.re / 27 avril 2021

L’INSEE a publié le 22 avril une étude sur l’impact de la crise sanitaire sur les revenus des Réunionnais. Réalisée en collaboration avec l’Observatoire des Prix, des Marges et des Revenus, son titre est sans équivoque : « Plus de travailleurs pauvres ou modestes exposés à une perte de revenus qu’ailleurs ». Il décrit les conséquences de la crise dans un pays qui souffre depuis des décennies de la pénurie d’emploi, avec officiellement plus ou moins 25 % de taux de chômage depuis plus de 40 ans, et près de la moitié de la population vivant déjà sous le seuil de pauvreté.

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« En 2020, la crise sanitaire entraîne une forte baisse de l’activité économique en France. Au coeur du confinement, en avril, elle est cependant moins marquée à La Réunion : - 28 %, contre - 33 % en France. Le pouvoir d’achat des ménages baisse dans des proportions nettement moindres grâce aux dispositifs publics mis en place (activité partielle, fonds de solidarité, prêts garantis par l’État, garantie jeunes, etc.). L’impact social de la crise serait ainsi en moyenne assez limité sur l’île. En effet, en mai 2020, 25 % des Réunionnais de 15 ans ou plus non retraités estiment avoir subi une dégradation de leur situation financière, contre 29 % en métropole. », écrit l’INSEE qui souligne la situation vécue par un tiers des Réunionnais, qui vivent dans une famille de « travailleurs pauvres ou aux revenus modestes » :
« Près de 33 % de la population réunionnaise, soit 288 000 personnes, vivent dans des ménages de « travailleurs pauvres ou aux revenus modestes » avant le début de la crise, soit une part nettement plus élevée qu’en métropole (22 %) Ces ménages vivent en dessous du seuil de pauvreté ou en sont proches, même si au moins l’un de leurs membres dispose d’un emploi. À La Réunion comme au niveau national, les conséquences de la crise sanitaire pèsent davantage sur ces ménages de travailleurs les plus pauvres. Ces derniers sont plus souvent dans une situation financière susceptible de se dégrader. En effet, leur emploi est plus souvent sous contrat court – intérim ou contrat à durée déterminée (CDD) – susceptible d’être rompu, ou n’est pas télé-travaillable ou se situe dans un secteur parmi les plus touchés par la crise sanitaire », poursuit l’INSEE qui précise que « parmi eux, 122 300 personnes, soit 14 % des Réunionnais, disposent de revenus modestes dans l’échelle des revenus. Compris entre 1 081 euros et 1 496 euros mensuels par UC, leurs revenus proviennent majoritairement d’une activité professionnelle. Une baisse de leurs revenus d’activité, même limitée, peut les faire basculer rapidement sous le seuil de pauvreté (1 056 euros mensuels en 2017). »

Sur la base des données de l’INSEE, près d’un tiers de la population vivant juste au-dessus du seuil de pauvreté voit sa situation être encore plus précaire. Ces 288.000 personnes dépendent pourtant d’un salaire déclaré. Mais pendant que pèse le risque de diminution de revenu à cause d’une perte totale ou partielle d’emploi en raison du ralentissement de l’activité économique, le niveau des prix ne baisse pas. C’est donc la menace de ne plus avoir suffisamment d’argent à la fin de chaque mois qui pèse sur ces familles.
C’est une véritable bombe à retardement dans la société réunionnaise, qui nécessitera des mesures d’une ampleur considérable pour circonscrire le risque d’explosion.
Sachant que la COVID-19 ne sera pas probablement la dernière épidémie touchant La Réunion, ceci souligne donc la vulnérabilité d’un système économique imposé par la départementalisation. Car si ce système peut garantir à une partie de la population le maintien de revenus élevés en tant de crise, ce n’est pas le cas pour les travailleurs payés au niveau du SMIC. Pendant ce temps, un tiers de la population relevant des minima sociaux connaît une diminution de son pouvoir d’achat en raison de limitation à l’accès à des services publics tels que l’école ou la cantine.