Luttes sociales

Pour la responsabilité des Réunionnais dans la politique de l’emploi

Pas d’inversion de la courbe du chômage malgré d’importantes aides publiques

Manuel Marchal / 11 mars 2017

Malgré tous les moyens déployés pour faire face au manque d’emploi, le chômage progresse. Plus de 180.000 Réunionnais sont inscrits à Pôle emploi. L’urgence d’une autre politique se fait sentir plus que jamais. Le PCR propose qu’elle découle de la responsabilité.

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La présence des jeunes en tête des manifestations contre la loi El-Khomri souligne leur inquiétude pour l’avenir. Le cadre actuel ne leur laisse guère de raison d’espérer échapper à la précarité.

La crise sociale continue à La Réunion. Les indicateurs restent toujours aussi inquiétants. Le nombre de demandeurs d’emploi reste supérieur à 180.000. Le taux de chômage des jeunes dépasse 50 % et près de la moitié de la population vit en dessous du seuil de pauvreté.

Les indicateurs économiques sont pourtant bien différents. La croissance économique est plus importante qu’en France. Cela entraîne un nombre important de création dans le secteur privé. Cette hausse est favorisée par des mesures de l’État. Elles visent à réduire les cotisations sociales et fiscales des entreprises. Ces exonérations sont plus importantes qu’en France. C’est le cas notamment du crédit d’impôt compétitivité emploi (CICE), qui s’élève à 9 % de la masse salariale à La Réunion : en 2016, 12.000 entreprises en ont bénéficié, pour un total de 120 millions d’euros.

Dans le domaine du traitement social du chômage, l’État a dépensé l’an dernier 286 millions d’euros pour financer 44.000 « solutions d’insertion » dont les emplois aidés.

Cela ne suffit pas à inverser la courbe du chômage. Selon l’État, cette situation est due à la croissance démographique, qui reste trop forte malgré un solde migratoire négatif : les départs de La Réunion sont supérieurs aux arrivées.

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Les derniers chiffres du chômage ne montrent pas d’amélioration malgré les importants moyens engagés.

Si la France avait 9 millions de chômeurs…

Si la crise sociale était rapportée à la population de la France, cela voudrait dire que la France compterait près de 9 millions de chômeurs, environ 30 millions de personnes sous le seuil de pauvreté, et elle devrait se préparer à accueillir 15 millions de personnes supplémentaires au cours des 20 prochaines années. Cela amène à s’interroger sur la politique de lutte contre le chômage menée par la France face à une telle crise. Serait-elle la même que celle qui a cours actuellement à La Réunion ?

Ces données montrent en tout cas que le problème du chômage ne peut pas être réglé avec les outils actuels. Or, La Réunion est confrontée à des échéances qui vont encore fragiliser son économie, ce sont la fin des quotas sucriers et l’ouverture de ses frontières aux marchandises produites à un coût moindre chez nos voisins.

Le PCR plaide pour une autre politique, et il estime que les Réunionnais sont les mieux placés pour analyser la situation, proposer des mesures et les appliquer. C’est une rupture avec ce qui existe depuis plusieurs décennies. En effet, le cœur de la politique actuelle est l’application de mesures décidées pour la France, avec des dispositions spécifiques qui sont avant tout de la défiscalisation, des exonérations de cotisations sociales et des contrats aidés.

Moyens pour décider une autre politique

Le PCR propose que les Réunionnais puissent élire une collectivité unique, qui aura des compétences dans le domaine de l’emploi. Cette collectivité pourra donc fixer des règles applicables à la situation de La Réunion qui dans ce domaine n’est pas celle de la France. De plus, cette collectivité aura la responsabilité de négocier la nature des relations économiques avec ses voisins. Le but est d’éviter l’application mécanique d’accords signés par l’Union européenne avec les pays de notre région, sans que les Réunionnais puissent faire prendre en compte leur point de vue.

Le PCR demande donc que la question de l’emploi soit résolue par la responsabilité des Réunionnais dans ce secteur. C’est une alternative qui mérite d’être approfondie, compte tenu de l’incapacité du cadre actuel à résoudre ce problème.

M.M.