Luttes sociales

Pour la solidarité des générations face à la pauvreté

Après la mobilisation des retraités

Manuel Marchal / 15 juin 2018

Hier, des retraités ont manifesté à Saint-Denis et à Saint-Pierre pour protester contre les mesures du gouvernement. Ce mouvement était organisé par l’intersyndicale CGTR-FGRFP-FSU. Ils rappellent que dans notre île, plus de la moitié des nos aînés vivent en dessous du seuil de pauvreté. C’est une situation indigne qui est réservée à ceux qui ont sacrifié des décennies de leur vie à la production de richesses, ou qui ont été contraint par le système à ne travailler que par intermittence.

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Manifestation de retraités, le 14 juin à Saint-Denis.

Depuis plusieurs années, les retraités sont la cible des gouvernements qui se succèdent. Cela passe par le gel des pensions, les difficultés toujours plus grandes d’avoir droit à une pension décente, et, dernière attaque en date, la hausse de la CSG. Cette dernière décision signifie une perte de pouvoir d’achat pour une partie des retraités qui n’auront droit à aucune mesure compensatoire.

Dans notre île, la situation de nos aînés est bien plus grave qu’en France. C’est la conséquence de la crise sociale, économique et politique qui sévit à La Réunion. Depuis des décennies, le système est incapable d’assurer le plein emploi. Le taux de chômage est trois fois supérieur à celui de la France. En conséquence, la proportion de Réunionnais vivant en dessous du seuil de pauvreté est supérieur à 40 %. Pour les retraités, cette proportion dépasse 50 %. C’est le résultat de l’application mécanique à La Réunion de lois inadaptées, et de pensions trop faibles.

Forte pauvreté de nos aînés

En effet, avec un taux de chômage largement supérieur à 20 % depuis les années 1970, il est extrêmement difficile pour un travailleur de réunir le nombre suffisant d’années de cotisation pour avoir droit à une retraite pleine. En conséquence, c’est une pension inférieure au seuil de pauvreté.

Les gouvernements qui se succèdent ne cessent également d’allonger la durée de cotisation. Elle est maintenant supérieure à 42 ans. C’est la fin de la retraite à 60 ans, car quel Réunionnais peut prouver qu’il a commencé à travailler à 18 ans sans période de chômage ?

Ainsi, l’intersyndicale rappelle que 41 % des retraités touchent le minimum vieillesse à 800 euros. Beaucoup y renoncent et préfèrent survivre avec une retraite inférieure à 200 euros par mois, afin de ne pas avoir à céder l’essentiel de leur patrimoine à la Sécurité sociale car ce minimum vieillesse est ensuite remboursé par un prélèvement sur la succession.

Ces faibles pensions signifient aussi un pouvoir d’achat plus faible qu’en France, en raison de la vie plus chère à La Réunion. Dans tous les pays qui pratiquent une politique d’austérité, les retraités sont les premiers visés. Les gouvernements jugent en effet que cette catégorie de la population n’a pas les moyens de se défendre.

Attaques du gouvernement

Cette situation risque encore de s’aggraver du fait du vieillissement de la population, et de la politique du gouvernement. En effet, un Réunionnais sur quatre aura plus de 60 ans dans 15 ans, soit 250.000 personnes. Si rien ne change, cela signifie une augmentation du nombre de pauvres. A cela s’ajoute l’attaque contre le statut de la fonction publique. Le gouvernement veut en effet supprimer 120.000 postes de fonctionnaires. C’est la suite d’une offensive menée de longue date par les gouvernements qui se succèdent. Elle vise à remplacer les fonctionnaires titulaires par des salariés de droit privé. Ce n’est pas sans conséquence sur la situation du travailleur quand il arrive à l’âge de la retraite. En effet, dans notre île, les agents titulaires de la fonction publique disposent d’un régime spécial de retraite. Pour trois années cotisées sont comptées 4 années. Ce qui fait qu’au bout de 30 ans de carrière à La Réunion, un fonctionnaire à l’équivalent de 40 années cotisées. Mais cette disposition n’existe pas pour un salarié de la fonction publique en contrat privé, qui est soumis au régime général de retraite.

La solidarité des travailleurs en activité avec la lutte des retraités est nécessaire, d’autant plus que tout travailleur sera un jour un retraité. Le montant de sa pension sera alors le résultat des luttes qui auront été menées. Compte tenu du sort indigne qui est réservé à La Réunion à ceux qui ont donné des décennies de leur vie à la production de richesses, ou qui ont été contraint par le système à ne travailler que par intermittence, cette solidarité doit être encore plus forte dans notre île.

M.M.



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Messages






  • Article instructif et qui n’a pas dans sa famille un aîné en souffrance , qu’il lève le doigt ?
    Dommage que votre site n’ a pu relayé l’information des travailleurs indépendants contre le système politique social du RSI . En manifestant hier sous les couleurs du CSAPR REUNION qui a été reçu en préfecture pendant 1:15 où 4 membres l’ont représentés . Les revendications ont été discutées .
    La préfecture souhaite une table ronde à partir du 25 juin afin que les membres du CSAPR évoquent un moratoire , un assouplissement de l’attestation de vigilance et l’arrêt total des poursuites par les huissiers . Il a été conseillé que les dossiers en très grandes difficultés soient repérés et de trouver des solutions justes .
    Semble t-il le commissaire aux entreprises à la préfecture est ouvert !!!
    Il y avait plus de 120 présents à cette manifestation ???
    Le CSAPR revendique la directive européenne de 1992 laissant les travailleurs indépendants , le choix de leur assureur de maladie , retraite ...

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