Luttes sociales

Pourquoi avoir été surpris que les Réunionnais veuillent tourner la page ?

Un mois après une visite de la ministre des Outre-mer, déclenchement d’une crise qui a pris de court le gouvernement

Manuel Marchal / 1er décembre 2018

Le déclenchement de la crise a surpris le gouvernement alors qu’un mois auparavant, Annick Girardin avait passé 4 jours à La Réunion. Seul le PCR a fait part à la ministre de la situation alarmante au travers d’une note remise officiellement à un de ses conseillers. Comment expliquer que le pouvoir ait été pris au dépourvu par l’ampleur du mouvement de protestation ? D’où vient cette défaillance dans l’information de la ministre ?

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Annick Girardin était à La Réunion pendant 4 jours au mois d’octobre. C’était précisément un mois avant le début du mouvement déclenché par les gilets jaunes. Au cours de ce séjour, un seul parti politique, le PCR, a demandé à la rencontrer. Par l’intermédiaire d’un des conseillers de la ministre, le PCR a remis le 27 octobre à Annick Girardin une note faisant état d’une situation alarmante portant les germes d’une explosion sociale imminente, en voici des extraits :

Le PCR a donné les informations

« Tous les voyants sont au rouge et la tendance n’est pas au fléchissement. Il est toujours possible d’apporter quelques améliorations ici et là. Mais, selon nous, la solution doit être globale pour un traitement à long terme, durable et sécurisé pour plusieurs générations. (…) Il appartient aux Réunionnais et Réunionnaises de débattre des conditions de sortie de cette crise qui dure et s’aggrave, dont souffre particulièrement 43 % de la population vivant sous le seuil de pauvreté ainsi que 29 % de chômeurs. Aux Réunionnais et Réunionnaises d’élaborer un plan qui n’occulte aucun aspect. Aux Réunionnais et Réunionnaises de définir les conditions tant matérielles que règlementaires pour réaliser ce plan. Aux Réunionnaises et Réunionnais d’assumer leur responsabilité. Ce serait irresponsable de leur part de tout envoyer sur le gouvernement en attendant que ce dernier décide à leur place (…) Pour le Parti Communiste Réunionnais, le gouvernement doit entendre le besoin de responsabilité que réclament de plus en plus de Réunionnais et Réunionnaises, face à la dégradation de la situation économique, sociale et environnementale ».

Le 30 octobre, le PCR a tenu une conférence de presse revenant sur cette visite. « Nous allons droit dans le mur sans casque », avait alors déclaré Yvan Dejean, « nous avons mis tous ces sujets et d’autres sur la table » qui résumait en substance la conclusion de la note : « rien n’est réglé sur le fond, les solutions ne peuvent en aucun cas venir de Paris ».

Tout paraissait normal le mois dernier

Au travers de cette note, Annick Girardin avait donc en main les élements lui indiquant que les Réunionnais ont la volonté de tourner la page d’un système qui a conduit à l’état de crise actuelle. Or, le déclenchement de cette crise a bien semblé prendre au dépourvu le gouvernement, car rien dans le déroulement de la précédente visite d’Annick Girardin n’a montré que le pouvoir s’attendait à ce qu’un mois plus tard, La Réunion soit dans cette situation. Tout paraissait normal. Comment expliquer que la ministre n’ait pas été suffisamment informée ?

M.M.