Le sens des responsabilités
10 juin, parNote de la Rédaction au sujet d’une tribune intitulée « Nommer le privilège zorey pour construire l’égalité à La Réunion »
Seuil de pauvreté à La Réunion
26 juillet 2008

Combien de Réunionnais vivent sous le seuil de pauvreté ? Et comment certains peuvent-ils s’étonner du fait que nous serions ici trois fois plus nombreux qu’en France à vivre au-dessous du “seuil de pauvreté” ?
Les statistiques les plus récentes - ce sont des chiffres de 2006, en attendant la prochaine révision - donnent 784.000 habitants à La Réunion, dont 323.200 - ou 41,2% - sont des ”actifs” au sens du Bureau international du travail (BIT).
Cela en laisse près de 461.000 qui sont hors de cette catégorie. Parmi eux, évidemment, les moins de 20 ans, qui constituent plus de 63% des non-actifs (et 37,2% de l’ensemble de la population), soit 292.000 jeunes, dont le niveau de vie est fonction des revenus de leur famille.
En laissant provisoirement de côté les très jeunes, les plus de 60 ans constituent grosso modo 11% de l’ensemble de la population, soit plus de 86.000 personnes. Et l’on sait que, parmi ces personnes âgées, la plupart vit avec le minimum vieillesse, en raison des conditions dans lesquelles elles ont travaillé autrefois, lorsqu’elles travaillaient.
Il faut leur ajouter ceux des actifs qui n’ont pas d’emploi (chômeurs) soit près de 94.000 personnes en 2006. Cela fait déjà 180.000 personnes, vivant avec des revenus minimaux - soit près de 23% de la population.
En essayant de recouper ces données par la répartition des plus de 15 ans (âge de l’apprentissage) selon la catégorie socioprofessionnelle (chiffres de 1999), on trouve à côté des 7% de plus de 15 ans qui n’auraient jamais travaillé et des 33,4% d’inactifs (autres que retraités) : 6,2% parmi les retraités qui sont d’anciens ouvriers et employés ; 14,8% d’ouvriers ; 2,7% d’employés de commerce et 4,7% qui sont employés aux services directs aux particuliers. Enfin, 1,5% sont des exploitants agricoles, dont on sait qu’à près de 90%, ce sont des petits et moyens exploitants percevant le SMIC ou moins que le SMIC. Le cumul des catégories de travailleurs et retraités modestes atteint presque 30% de la population des plus de 15 ans.
Bas salaires et inégalités
Si l’on s’intéresse maintenant aux revenus, qui à La Réunion proviennent aux trois-quarts des salaires, il faut rappeler que le salaire moyen dans le privé est de 14.800 euros/an et qu’il est inférieur de près de 2.000 euros/an au salaire moyen du privé en France. Et si les salaires des cadres et des professions intermédiaires sont plus élevés ici qu’en France, c’est l’inverse qu’on observe pour les salaires des ouvriers qualifiés réunionnais, en moyenne inférieurs de 2.000 euros/an au salaire de l’ouvrier qualifié de France.
Par rapport au salaire moyen annuel réunionnais de 14.800 euros, donné en référence, toutes les catégories socioprofessionnelles hors les cadres et les professions intermédiaires sont situées nettement en dessous : 11.595 euros de revenu annuel pour les employés, 12.304 euros/an pour les ouvriers qualifiés et 9.362 euros/an pour les ouvriers non qualifiés, soit des salaires mensuels situés grosso modo entre 780 et 1.000 euros selon les chiffres de 2003 livrés par l’INSEE.
Un autre indice est donné par les chiffres des revenus fiscaux. « La moitié des Réunionnais vit dans un ménage déclarant un revenu par unité de consommation inférieur à 7.838 euros. Ce revenu médian est inférieur de moitié à celui de l’ensemble des régions françaises (15.849 euros) » dit aussi l’INSEE. On note aussi à La Réunion un écart plus important (de 1 à plus de 4) entre les ménages les plus modestes et les ménages les plus aisés, quand cet écart n’est que de 1 à 2 en France. Cet élément est important parce que les inégalités sont un facteur d’appréciation des critères de pauvreté, lorsqu’on cherche à en déterminer le seuil.
Seuil de pauvreté et revenu médian
Il faut aussi s’interroger sur le “seuil de pauvreté” qui nous est donné en référence. L’INSEE définit un seuil de pauvreté relative, par la comparaison du revenu des pauvres avec le revenu des autres catégories sociales, égal à 50% du revenu médian. De son côté, Eurostat utilise, pour des comparaisons entre les pays européens, un seuil de pauvreté relative situé à 60% du revenu médian.
A partir de là, on peut raisonner de deux façons. Soit on se dit qu’étant Département français, il faut garder pour base les mêmes chiffres, avec un seuil de pauvreté équivalent (700 à 800 euros) et on va observer comment se distribuent les revenus de La Réunion et comment opèrent ici les disparités sociales en fonction de ce seuil.
Soit on intègre en amont les particularités sociales de La Réunion pour redéfinir, sur la base des mêmes critères mais avec d’autres données, un autre seuil.
En effet, la définition d’un “revenu médian” à La Réunion doit tenir compte du fait que les salaires des fonctions publiques bénéficient d’un indice de correction et d’autre part, qu’un cadre du privé gagne ici trois fois plus qu’un ouvrier qualifié, quand pour le reste de la France ce rapport n’est que de 2,5.
Si l’on retient comme “revenu médian” le salaire moyen annuel réunionnais de 14.800 euros, on aboutit à un seuil de pauvreté à La Réunion inférieur à ce qu’il est en France.
Mais laissons les chiffres un moment. Quel que soit en effet le seuil que l’on retiendra, ce qui importe ce sont les vies des gens et les facteurs au regard desquels s’apprécie la pauvreté. Certains la définissent au regard de six critères qui sont : emploi et travail, revenus, santé, éducation, logement et justice.
Faiblesse de l’emploi et minima sociaux
On nous dit que le chômage a reculé à La Réunion, mais il touche encore 25% de la population active, alors qu’il est passé sous la barre des 10% en France. On comptait en 2006 près de 300.000 personnes relevant des minima sociaux, pour près de 150.000 allocataires, dont la moitié perçoivent le RMI, situé bien en dessous du seuil de pauvreté.
Du point de vue des salaires, outre qu’ils sont dans le privé inférieurs à ce qu’ils sont en France, il faut tenir compte du fait que les bas salaires (le SMIC et moins que le SMIC) sont ici le lot de la majorité des salariés (plus de 60%) alors qu’ils ne concernent en France qu’une minorité de travailleurs. Du point de vue du logement social, ils sont encore 26.000 demandeurs à attendre ici une attribution qui leur permettrait soit de quitter un bidonville, soit de décohabiter.
Il reste sans doute des efforts à faire pour affiner chiffres et critères, mais il ne fait aucun doute que les près de 300.000 Réunionnais relevant des minima sociaux constituent, pour le moins, un contingent de pauvres approchant les 40% de la population réunionnaise. Laissons aux métaphysiciens le soin de définir si « la misère est moins pénible au soleil » et constatons que c’est trois fois plus que la proportion des pauvres dans la société française. Et aussi que ces près de 40% de pauvres sont confrontés à des inégalités sociales plus insolentes ici qu’ailleurs. Telle est la dure réalité de la pauvreté à La Réunion.
P. David
Note de la Rédaction au sujet d’une tribune intitulée « Nommer le privilège zorey pour construire l’égalité à La Réunion »
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Messages
26 juillet 2008, 20:15, par Paulo
Le Cumul Emploi Retraite ça marche
www.les-retraites-travaillent.fr : un site Internet pour aider les seniors/les retraités à trouver des petits boulots ou vrai emploi.
De plus en plus d’études indiquent qu’un nombre croissant de retraités vivant dans la précarité seraient prêts à continuer à travailler d’une manière ou d’une autre… C’est dans ce contexte qu’est né le site Internet www.les-retraites-travaillent.fr, qui vise à fournir aux seniors des jobs d’appoint, des petits boulots ou de vrais emplois.
Petits travaux d’électricité, de plomberie, repassage, cuisine, cours de musique, etc.
De nombreuses tâches peu fatigantes, peu contraignantes, peu pénibles peuvent permettre aux retraités d’arrondir leurs fins de mois tout en continuant à être en contact avec l’extérieur et avec le milieu du travail.
Voir en ligne : les retraites travaillent.fr