Près de 8 millions de pauvres en France

26 juillet 2008

7,9 millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté, soit 13,2% de la population, selon l’enquête de l’INSEE. Les chômeurs ont un niveau de vie inférieur de 35% à celui des actifs.
Alors que l’on attend les chiffres de l’INSEE-Réunion, l’économiste Philippe Jean-Pierre estiment que 300.000 Réunionnais vivent sous le seuil de pauvreté, soit près de 40% des habitants de l’île !

Depuis 2002, la pauvreté ne recule plus en France, selon la dernière livraison de l’enquête INSEE sur les revenus, portant sur 2006. Cette année-là, 7,9 millions de personnes, soit 13,2% de la population, vivaient en France métropolitaine sous un seuil de pauvreté correspondant à 880 euros par mois. Selon la norme européenne, le seuil de pauvreté est fixé à 60% du niveau de vie médian de la population (1.470 euros par mois) (1). Ce taux est resté globalement stable depuis 2002, après une décrue - modeste - d’un point entre 1996 et 2002. L’INSEE note même une « intensification » de la pauvreté : le niveau de vie médian de la population pauvre (720 euros par mois en 2006) s’écarte depuis 2002 du seuil de pauvreté. En d’autres termes, les pauvres ne sont pas plus nombreux, mais ils sont de plus en plus pauvres.

Les familles monoparentales les plus touchées

Sans analyser les causes de la pauvreté, l’INSEE note qu’elle touche plus les familles monoparentales. En 2006, « 30,3% des personnes vivant au sein d’une famille monoparentale sont confrontées à la pauvreté, soit 2,3 fois plus que dans l’ensemble de la population », souligne l’étude. Cette situation concerne 1,6 million de personnes, et dans 91% des cas, il s’agit d’une mère seule avec ses enfants. Ces femmes sont 35% seulement à avoir un emploi. Le taux de pauvreté est également élevé (20%) dans les familles comptant trois enfants ou plus. Du point de vue géographique, la pauvreté est plus prégnante dans les villes de plus de 20.000 habitants, avec un taux de 15%, contre 12% dans les communes rurales. Paris est une exception, avec un taux de 10% de pauvres.
L’INSEE n’explore pas le lien entre chômage et pauvreté, mais il apparaît clairement dans les données sur les niveaux de vie. Ainsi, « le niveau de vie moyen d’un chômeur est inférieur de 35% à celui d’un actif qui a un emploi », notent les auteurs de l’étude. En moyenne, les chômeurs vivent avec 1.220 euros par mois, contre 1.869 pour un actif en emploi. En revanche, les retraités ont un niveau de vie comparable à celui des actifs, les revenus du patrimoine venant compenser l’écart des retraites avec les salaires. Les jeunes de moins de 25 ans, plus touchés par la pauvreté, ont un niveau de vie plus faible que le reste de la population. « S’ils vivent seuls, ces jeunes forment des ménages à faibles revenus en raison de difficultés d’insertion sur le marché du travail ou de salaires moins élevés perçus en début de carrière ; s’ils vivent chez leurs parents, ils réduisent le niveau de vie du ménage car ils n’apportent que peu, voire pas du tout de revenus en représentant 0,3 ou 0,5 unité de consommation », détaille l’INSEE.

Les familles plus riches se sont enrichies

À l’autre bout de l’échelle, les plus riches se sont enrichis. Alors que le niveau de vie médian de la population a progressé de 1,7% par rapport à 2005, le niveau de vie des 10% de la population les plus aisés, qui ont un revenu supérieur à 2.765 euros par mois, a augmenté de 2,9%. Ces personnes ont bénéficié notamment de la baisse de l’impôt sur le revenu, puisque les impôts ont représenté, en 2006, 18,8% de leur revenu disponible, contre 20,3% en 2005.
Les 20% les plus riches de la population disposent de près de 40% des revenus totaux en France, tandis que les 20% les plus pauvres s’en partagent 9%.

(1) Le niveau de vie médian n’est pas une moyenne, mais le niveau qui sépare en deux la population : la moitié des Français vivent au-dessus, l’autre en dessous.

Fanny Doumayrou


« Le RSA ne pourra que nourrir la pauvreté salariale »

Le point de vue de Pierre Concialdi, économiste et chercheur à l’IRES.

Le gouvernement se vante d’une baisse historique du chômage, mais la pauvreté ne recule pas. Comment expliquer ce paradoxe ?

Pierre Concialdi : Il n’y a pas de paradoxe, puisqu’en réalité, le chômage n’a pas baissé depuis 2002. En moyenne, le taux de chômage a été de 8,3% en 2007 comme en 2002. La vraie baisse historique du chômage a eu lieu entre 1997 et 2001, de 11,2% à 8,3%. Le taux de chômage a ensuite recommencé à augmenter pour atteindre 9,3% en 2006. Et ce n’est qu’à partir de la mi-2006 qu’il a amorcé sa décrue. Il n’est donc pas étonnant de constater que la pauvreté n’a pas reculé cette année-là. D’autant que, sur cette même période 2002-2007, le taux de sous-emploi (temps partiel contraint) a augmenté sur la même période de 4,9% à 5,5%, soit 200.000 personnes de plus. Bref, le chômage n’a pas baissé, mais la précarité s’est étendue.

L’INSEE souligne que les pauvres sont de plus en plus pauvres...

- Depuis une trentaine d’années, ce qui tire la croissance des revenus, ce sont les revenus de la propriété. En 2007, leur part dans le revenu des ménages a atteint son niveau le plus élevé depuis cinquante ans. Ils représentent aujourd’hui l’équivalent de plus de 50% des salaires nets perçus par l’ensemble des salariés (contre 25% il y a 30 ans). Or, ces revenus se concentrent fortement sur les catégories les plus aisées. Le revenu moyen augmente, mais les ménages les plus modestes, qui ont peu de patrimoine, décrochent.

Une des seules réponses du gouvernement à la pauvreté est la création du Revenu de Solidarité Active (RSA), qui consiste à verser un complément aux salariés à faible salaire. Qu’en pensez-vous ?

- Il est difficile de se prononcer sur un dispositif aux contours encore flous. La seule chose certaine, c’est que le financement du RSA se réduit de mois en mois, ce qui jette le doute sur son efficacité... Le RSA consistera en un redéploiement de la prime pour l’emploi : on prendra aux moins pauvres pour donner aux plus pauvres. Mais ce dispositif laissera de côté les plus fragiles et les plus éloignés de l’emploi, comme les handicapés et les personnes âgées, dont le revenu est largement en dessous du seuil de pauvreté. Enfin, avec le RSA, on encourage le développement de temps partiels très courts à très bas salaires. Ce qui ne pourra que nourrir la pauvreté salariale.

Propos recueillis par Fanny Doumayrou


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