“Coup de gueule” du Collectif de Lutte contre l’Exclusion

« Quand cessera-t-on de mentir et de tromper l’opinion ? »

13 novembre 2007

Militants associatifs bien connus pour leur franc-parler, Jean-Pierre Técher et Georges Arhiman du Collectif de Lutte contre l’Exclusion (CLE) alertent l’opinion publique. Face à une situation sociale qui ne cesse de s’aggraver, ils dénoncent l’instrumentalisation politique des chômeurs et des plus démunis à des fins économiques, au mépris de la justice sociale.

Voilà plus de 1 an que le CLE avait pris ses distances avec les médias. Un temps consacré à l’observation, selon Georges Arhiman qui, en tant que membre du Conseil d’administration de l’ADI et militant de terrain, estime que les discours idéologiques ne doivent pas masquer la réalité.

Chômeurs stigmatisés comme “karapat su tété bèf”

Le CLE veut lancer un « coup de gueule pour une prise de conscience réelle de la situation ». « Nous souhaitons alerter l’opinion publique sur la situation sociale qui se détériore, s’aggrave dans l’indifférence quasi générale », constate Jean-Pierre Técher.
Alors que de plus en plus de gens éprouvent des difficultés pour boucler leurs fins de mois, il estime que l’Etat, plutôt que d’agir pour que cette précarité ne génère pas l’exclusion, rend au contraire l’individu responsable de sa situation. « Au lieu de l’aider, on le stigmatise, le considère comme un "karapat su tété bèf" suçant le sang de la société, qui se complait dans l’assistanat... », dénonce Jean-Pierre Técher. Une opération médiatiquement orchestrée de culpabilisation qui traduit un véritable mépris à l’égard des plus démunis, remet en cause les valeurs de partage et de justice sociale, porte atteinte à la cohésion sociale. « Le chômage a bon dos, lance le militant du CLE. Il a servi et sert encore de prétexte pour aller toujours plus loin dans la remise en cause des salaires, de l’emploi et de la protection sociale ».
Le CLE conteste avec force les statistiques qui annoncent une baisse quasi continue du taux de chômage en France. « Ces chiffres font hérisser notre poil de militants associatifs », entonne Jean-Pierre Técher. Le calcul du chômage au sens du BIT (Bureau International du Travail), les critères de définition d’un chômeur, mais aussi les conditions auxquelles il doit répondre pour être classé en Catégorie 1 - la seule comptabilisée - (ne pas avoir travaillé dans le mois, être disponible immédiatement et chercher activement un emploi) exclut de facto du comptage « les allocataires du RMI, de l’ASS, de l’API, les jeunes qui n’ont pas encore travaillé, tout ceux qui ne perçoivent pas ou plus les ASSEDICS, les dispensés de recherche d’emploi, les allocataires du RSO, tous ceux qu’on pousse vers les voies de garage ».
Alors que la relance de la croissance est au point mort en France, comment se peut-il que le chômage diminue ? Étonnant, pour Jean-Pierre Técher, que personne ne relève ce paradoxe qui, finalement, ne fait que cautionner l’idée que l’on incite les chômeurs à quitter les fichiers de l’ANPE, quand ils ne sont pas purement et simplement radiés. « Ce n’est pas parce qu’on ignore un problème qu’il n’existe pas. Quand mettra-t-on un terme à cette mascarade ? Quand cessera-t-on de mentir et de tromper l’opinion ? ».

« Politique de chloroformisation de la population »

Le CLE constate qu’il est plus facile de stigmatiser que de « dresser le bilan des extravagantes et criminelles erreurs politiques et économiques ». Georges Arhiman constate, bien sûr, l’inefficacité des exonérations massives de charges sociales aux employeurs, censées relancer l’emploi. Il dénonce un effet d’aubaine pour les entreprises qui payent leurs salariés en dessous du SMIC et qui, dans le même temps, « empochent à la place des allocataires qu’ils recrutent leurs minima sociaux ».
Pour lui, justifier le chômage de masse par son caractère endémique, les difficultés des chômeurs à s’insérer professionnellement par leur manque de formation ; qualifier le recrutement massif de contrats aidés de créations d’emplois ; parler de travailler plus quand tant de personnes recherchent un emploi... tout cela tient de la démagogie. « Il faut mettre un terme à cette politique de chloroformisation de la population et de stigmatisation des chômeurs » qui ne servirait, selon lui, qu’à tronquer le débat. Un débat, des réflexions politiques et économiques desquelles la population est écartée, alors qu’elles les concernent directement.
Georges Arhiman (certainement pour avoir été lui aussi exclu de certains débats en raison, peut-être, de la véhémence de ses propos) considère que cette façon de procéder n’est pas digne d’une démocratie et a pour effet de déresponsabiliser les citoyens qui, du coup, ne se sentent pas concernés par des questions cruciales qui engagent leur avenir, le développement même de La Réunion. Les médias ont leur part de responsabilité.

« Refuser cette fatalité du pire »

Si le CLE dénonce sans détour « une connivence politique et économique locale » qui tend à maintenir les précaires dans la précarité et à servir les mieux lotis, il remet aussi en cause les médias qui occultent la misère locale au profit de celle de nos voisins, qui ne couvrent que trop l’actualité du président de la République et de sa politique, à côté des faits-divers. « Il faut refuser cette fatalité du pire », soutient encore Jean-Pierre Técher.
Il faut aider les citoyens les plus faibles à devenir autonomes au lieu de renforcer les avantages et privilèges d’une minorité bien portante. Pour cela, arrêter de démanteler nos institutions qui sont remplacées par « des politiques suicidaires », véritables menaces pour le peuple. « Nous dénonçons les fossoyeurs de l’emploi, les pourfendeurs de la protection sociale, les encenseurs de la précarité généralisée, les destructeurs de l’Etat-Providence, les exploiteurs, ces suceurs de sang des salariés qui s’enrichissent sur le dos des pauvres comme les proxénètes s’enrichissent sur le ventre des femmes ». Le ton est donné.
Pour Georges Arhiman encore, s’adressant aux responsables politiques, ce n’est pas une guerre contre les chômeurs qu’il faut mener, mais bien contre le chômage. Le CLE ne désespère pas de voir un jour les chômeurs, les précaires, les victimes de l’exclusion descendre dans la rue pour défendre leurs droits, pour réclamer la dignité, la justice et l’égalité auxquels aspire et à droit chaque citoyen.

Stéphanie Longeras


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Messages

  • bonjour
    Il semble humain que devant une réalité auquel on se trouve impuisant on la dénie.
    Le chomage ne diminue pas mais les chiffres eux si. Mais à mon humble avis cette orchestration du gouvernement
    pour nous rassurer à un but bien précis. Faire accepter à la population une économie de plus en plus libéral. En angletterre
    sous Margareth Tacher cette politique a été parfaitement orchestrer. En 1980 des gréves très longue non pas permis de sauver les mineurs
    Anglais, mais on surtout permis d’affaiblir les syndicat Anglais. Ensuite la coupe sombre c’est opérer dans toute l’industrie. Construction
    automobile , navale anéanti. On n’est passé de 30 pourcent à 11 pourcent de travailleur dans l’industrie.
    Au passage des fortunes énormes se font faite sur le dépecage de ces usines et ont permis une nouvelle organisation du travail
    Plus de flexibilité amoindrissement du secteur publique.
    La meme chose commence à débuter en france grace au carisme indéniable de Sarkosi
    Le but n’est pas que l’économie fonctionne mieux mais plutot qu’une plus grosses partie de la richesse parte vers une élite économique
    L’angle d’attaque se trouve aujourd’hui sur les fonctionnaires et les régimes spéciaux .Si le gourvement gagne aprés surement d’autres secteurs.
    En faite le train du libéralisme est en marche . Va t’il aller jusqu’au bout ? peut etre que les francais vont surprendre encore l’Europe
    Aprés la findu traiter l’annonce de la fin du libéralismle "excessif" .Qui vivra verra


Témoignages - 82e année


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