Luttes sociales

Quel droit au travail pour les Réunionnais à La Réunion ?

Le Rectorat préfère des contractuels plutôt que des inscrits sur listes complémentaires à un concours pour des postes de professeurs des écoles

Manuel Marchal / 27 juillet 2018

A l’approche de la rentrée scolaire se pose de nouveau la question de la place des enseignants réunionnais dans le système éducatif. Nou lé Kapab a ainsi souligné mardi que le Rectorat ne compte pas affecter les 44 inscrits reçus la liste complémentaire au concours de professeur des écoles sur les postes vacants. L’administration préfère recourir à des contractuels. Pourquoi donc vouloir contourner les règles dans la plus totale opacité ? Le problème de la transparence dans les recrutements est plus que jamais posée, dans la fonction publique et aussi dans le privé.

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Photo Toniox

Dans l’Éducation nationale, les postes de titulaire de catégorie A sont attribués au terme d’un stage réservé aux lauréats d’un concours. C’est le cas pour les professeurs des écoles. C’est un concours qui donne la garantie aux reçus d’être affectés dans l’Académie où ils le réussissent. Ainsi, une personne qui passe le concours à La Réunion est sûre d’être titularisée à La Réunion.
Comme dans tous les concours, le nombre de postes ouvert est fixé. Les premiers sont donc déclarés admis et sont affectés sur les postes prévus. Un certain nombre des suivants sont inscrits sur une liste complémentaire. Ils sont donc susceptibles d’être tout de même affectés sur un poste en cas de désistement d’un admis au concours, ou lorsque le nombre de postes finalement créés est supérieur à ceux ouverts initialement au concours.
C’est précisément ce cas de figure qui se pose à La Réunion, avec à la rentrée un nombre de postes disponibles supérieur à celui des admis au concours.

À quoi sert un concours ?

Mercredi, Nou lé Kapab, présidé par Gilles Leperlier, a tenu une conférence de presse pour souligner que 44 Réunionnais admis sur la liste complémentaire du concours de professeur des écoles ne seront pas affectés sur les postes vacants. Le Rectorat compte recourir à des contractuels.
Cette volonté de contourner les règles est scandaleuse. En effet, les contractuels sont des personnels recrutés en dehors des règles du concours. Rien ne prouve qu’elles aient le niveau démontré par les jeunes Réunionnais qui sont inscrits sur la liste complémentaire.
C’est un scandale analogue qu’avait déjà dénoncé des Réunionnais reçus à un concours de la fonction publique territoriale, et qui constataient qu’au lieu d’être recrutés par des collectivités, ces dernières préféraient embaucher des contractuels. Dans cette fonction publique, les reçus n’ont pas la garantie de l’emploi mais sont inscrits sur une liste d’aptitude. Les employeurs potentiels ont la possibilité de contourner cette liste d’aptitude pour recruter des personnes qui n’ont pas eu à passer de concours, ce qui interroge alors sur la pertinence d’organiser une telle épreuve.

Précaires plutôt que titulaires

Nou lé Kapab craint également que ce recours à des contractuels sur des postes de professeur des écoles corresponde à la volonté de remplacer des titulaires par des précaires dans la fonction publique.
Rappelons que ce gouvernement applique une promesse inscrite dans le programme d’Emmanuel Macron : la suppression de 120.000 postes de fonctionnaires d’ici 2022. Cette année, le gouvernement a lancé l’offensive contre le statut de la fonction publique en s’attaquant d’abord à celui des cheminots à la SNCF. La loi votée par le Parlement prévoit que les cheminots actuels garderont leur statut, mais que les futurs recrutés dépendront d’une convention collective, elle-même assujettie à la loi El-Khomri et aux « ordonnances Macron » qui favorisent les licenciements, affaiblissent les syndicats, et limite considérablement les indemnisations versées en cas de licenciement abusif.

Faire la transparence

Les chiffres du chômage à La Réunion publiés cette semaine par Pôle emploi indiquent que plus de 183.000 Réunionnais étaient à la recherche d’un emploi en juin dernier. Parmi eux, plus de 140.000 sont totalement privés de travail. Plus de la moitié des jeunes sortis de l’école sont au chômage, dont de nombreux diplômés. Sans doute parmi ces chômeurs se trouvent des personnes inscrites sur la liste complémentaire du concours de professeur des écoles, et qui voient un emploi leur échapper parce qu’une administration peut contourner le résultat d’un concours pour recruter qui bon lui semble.
Dans ces conditions, la question de l’emploi et en particulier dans la fonction publique doit être traitée différemment. Elle suppose d’abord la plus grande transparence. Tout d’abord, par l’affectation des inscrits sur la liste complémentaire sur tout poste vacant. Ensuite, par une gestion prévisionnelle des emplois et des compétences qui permette de rendre publique une programmation pluriannuelle des recrutements. Ainsi, si des personnes sont intéressées à travailler dans la fonction publique, alors elles peuvent s’y préparer en suivant sur plusieurs années une formation adaptée
De la même manière vient la proposition d’obliger la publication de toutes les offres d’emploi à Pôle emploi, afin que tous les Réunionnais inscrits dans cet organisme puissent être informés de l’existence d’une possibilité d’embauche.
Face à la crise sociale, ce sont des mesures qui permettraient de tenter de restaurer une certaine confiance. Dans le cas contraire, se posera toujours la question du droit au travail des Réunionnais à La Réunion.

M.M.