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Réforme portuaire et directives européennes
24 novembre 2004

Les dirigeants de la fédération CGTR Ports et Docks ont tenu hier une conférence de presse ’pour informer et alerter tout le monde’. Ils craignent de voir imposée une réforme européenne, qui autoriserait l’emploi de main d’œuvre à bon marché pour remplacer les dockers.
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Cette réforme européenne, ils n’en veulent vraiment pas. Hier matin, après une assemblée générale qui a rassemblé "plus de 400 travailleurs de l’enceinte portuaire", malgré l’absence de bateau à décharger, les dirigeants de la fédération CGTR Ports et Docks ont tenu une conférence de presse "pour informer et alerter tout le monde", a dit Michel Séraphine, secrétaire général de la Fédération : ceux qui pensent qu’ils vont pouvoir profiter des fêtes de fin d’année pour faire voter par le Parlement de Strasbourg les nouvelles directives européennes vont trouver des travailleurs de docks mobilisés "localement, nationalement et au niveau européen".
En novembre 2003, un premier projet de réforme des services portuaires a été repoussé à vingt voix près. La commissaire européenne au transport, Loyola de Palacio, avait alors prévenu : la réforme reviendrait dans les prochains mois. La commissaire a remixé son projet, avant de céder la place à Jacques Barrot.
Et aujourd’hui, les travailleurs des ports européens pensent que les instances européennes renouvelées pourraient être tentées de faire passer le projet en profitant de la période de fin d’année.
Pour la Fédération CGTR Ports et Docks, nouvellement affiliée à l’International Dockworkers Council - une internationale des dockers constituée il y a quatre ans - ce serait une déclaration de guerre caractérisée.
D’abord parce que les organisations ouvrières et grands syndicats nationaux, européens voire internationaux - comme l’IDC ou l’ITF (International transport federation) n’auraient pas été consultés. Le texte soumis une nouvelle fois au Parlement serait en fait sensiblement le même que l’année dernière, à de maigres retouches près.
Dans l’esprit de la “réforme” européenne, les mesures proposées découlent d’orientations libérales. Elles comportent la possibilité de faire exécuter, par exemple, le travail des dockers par d’autres travailleurs payés à très bas prix, taillables et corvéables à merci par les compagnies maritimes qui les embauchent à la fois comme marins et main d’œuvre à quai, explique en substance Michel Séraphine.
La remise en cause des services porterait sur tous les bouts de la chaîne, selon ses explications : remorquage, pilotage, lamanage, déchargement, etc... "C’est une remise en cause de la loi de 1947... Aujourd’hui, c’est “l’auto-assistance” qui prévaut...". En anglais dans le texte, ça passe mieux !
Pour les dockers, ça ne passe pas du tout. Le secrétaire de la Fédération Ports et Docks de La Réunion revient de Paris, où il a rencontré la fédération nationale et l’IDC, dont sont membres les organisations de travailleurs des ports, tous métiers confondus.
Les directives de libéralisation introduisent à leurs yeux une déréglementation, une désarticulation de la protection légale des travailleurs, qui se sont déjà opposés vivement à la “mensualisation” des dockers en 1994.
À La Réunion, les travailleurs du port savent ce qu’il en a coûté, à Théo Hilarion notamment, le docker grièvement mutilé lors des violents heurts du 7 mars 1994, au Port, toujours en soins intensifs dans la région de Paris.
"On a suffisamment subi. Le moment est venu de dire à l’opinion que les travailleurs du port défendent les intérêts du pays et pas seulement ceux d’une minorité de nantis", a poursuivi Michel Séraphine, qui dénonce dans les visées de la Commission européenne "plus d’intérêts pour des opportunités commerciales que pour le développement durable des pays de la zone de l’océan Indien".
Le message envoyé hier depuis le port est sans équivoque : c’est un "rejet catégorique de ces pratiques" et de tout ce qui viendrait "créer une brèche dans le statut des dockers", a ajouté Danio Ricquebourg, président de l’Union des travailleurs et usagers du port, constituée dans l’année pour riposter à toute remise en cause du statut des travailleurs de l’enceinte portuaire.
Ces derniers préparent aussi un regroupement régional, entre travailleurs mauriciens, malgaches, réunionnais et sud-africains - entre autres - pour opposer une riposte concertée et dure, s’il le faut, à tout dispositif de déréglementation.
P. David
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