3 milliards d’euros de l’ Agirc-Arrco investis dans trois marchands de canon

Retraites : l’argent des cotisations des travailleurs doit-il financer l’industrie de la guerre ?

29 août, par Manuel Marchal

Alors que les pensions complémentaires Agirc-Arrco n’ont pas été revalorisées au 1er novembre 2025, le régime dispose de réserves considérables. La CGT dénonce le choix d’investir plusieurs milliards dans l’industrie de défense plutôt que d’améliorer le pouvoir d’achat des retraités. Une controverse qui pose une question essentielle : à qui doivent servir les cotisations des salariés ?

Photo : arme fabriquée par Airbus, bénéficiaire de l’argent des cotisations des travailleurs pour les retraites (Photo Dmitrij Rodionov, DR, CC BY-SA 3.0 <https://creativecommons.org/license...> , via Wikimedia Commons)

Pas un centime pour les retraités, des milliards pour l’armement ? Le 17 octobre 2025, les représentants des syndicats et du patronat réunis au conseil d’administration de l’Agirc-Arrco ne sont pas parvenus à s’accorder sur une revalorisation des pensions complémentaires. Résultat : au 1er novembre, aucune hausse n’a été appliquée. Le point est resté fixé à 1,4386 euro.
Cette décision intervient alors que le régime dispose d’un important matelas financier. Les comptes publiés pour 2025 font apparaître 91,2 milliards d’euros de réserves à la fin de l’année. Le chiffre de 116 milliards avancé dans certains documents syndicaux ne correspond donc pas au montant officiel le plus récent.

3 milliards pour Airbus, Safran et Thales

C’est dans ce contexte que la CGT dénonce la création d’un fonds de plusieurs milliards destiné à soutenir l’industrie de défense. Selon les organisations syndicales, 3 milliards d’euros ont été orientés vers des investissements concernant notamment Airbus, Safran et Thales, trois groupes majeurs de l’industrie aéronautique et militaire.
Pour les travailleurs, le symbole est particulièrement fort. D’un côté, on explique aux retraités que les comptes imposent la rigueur et que chaque euro doit être économisé. De l’autre, les réserves issues des cotisations salariales peuvent être mobilisées pour accompagner le développement d’entreprises dont une part importante de l’activité concerne la guerre.
Il faut cependant préciser qu’il ne s’agit pas d’un prélèvement des pensions pour acheter directement des armes. Les réserves de l’Agirc-Arrco sont placées afin de produire des revenus et de garantir la pérennité du régime. La question posée par la CGT est donc avant tout politique : quels investissements doivent être privilégiés avec l’argent accumulé grâce aux cotisations des salariés ?

Le choix intervient dans un contexte de réarmement accéléré. En 2025, le gouvernement français a lui-même annoncé vouloir mobiliser plusieurs milliards d’euros supplémentaires pour renforcer le financement de l’industrie de guerre.
Pendant ce temps, le pouvoir d’achat des retraités demeure sous pression. Le gel de 2025 constitue une perte réelle pour celles et ceux dont les pensions doivent déjà absorber la hausse de l’alimentation, de l’énergie, du logement et des soins.
L’argent des travailleurs doit-il servir à financer la retraite ou la course aux armements ? Pour la CGT, le choix ne fait pas débat : les cotisations doivent d’abord garantir les droits sociaux de ceux qui les ont versées. Derrière les milliards et les placements financiers, c’est donc une bataille de société qui se joue : quelle utilisation de la richesse produite par le travail ?

M.M.

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