Grève et manifestations

Retraites : Les raisons d’une colère

23 mai 2008, par Sophie Périabe

Les syndicats dénoncent un « blocage gouvernemental » sur le dossier des retraites et opposent au ministre du Travail, Xavier Bertrand, et au Premier ministre, François Fillon, des demandes de garanties sur « le niveau des retraites », le « maintien du droit à la retraite à 60 ans » ou encore la « reconnaissance de la pénibilité » de certains emplois avant tout éventuel allongement de la durée de cotisation.
Surtout, les syndicats estiment qu’on ne peut pas décider d’allonger à nouveau la durée de cotisation sans avoir auparavant amélioré le taux d’emploi des seniors qui n’est que de 38% en France.
Les syndicats entendent ne pas transformer cette journée en baroud d’honneur des mobilisations du mois de mai, et pourraient se revoir pour décider des suites, selon la CGT. « La question de la retraite ne s’arrête pas avec l’arrivée des beaux jours », prévient le secrétaire confédéral de la CGT, Jean-Christophe Le Duigou.

Manifestations à Saint-Pierre

Appel à la grève générale

Près de 1000 manifestants se sont rassemblés hier devant la Mairie de Saint-Pierre pour lancer un appel fort au gouvernement concernant la politique menée actuellement, notamment en matière de retraite. CGTR, FSU, FO, FCPE, SNES, SUD Education, PTT Sud, FGRFP et surtout des lycéens avaient fait le déplacement. Même si la manifestation n’a pas rassemblé autant que jeudi dernier, la motivation et l’ambiance étaient présentes dans les troupes, et notamment chez les jeunes.

Des manifestants motivés et déterminés à aller jusqu’au bout.
(Photo Toniox)

« Il ne faut pas se démobiliser », lançaient les organisateurs à la foule présente, « il faut tenir jusqu’à obtenir satisfaction », mais il est vrai que cette deuxième journée de grève n’a pas rassemblé les foules. Mais la motivation et détermination pour aller jusqu’au bout habitaient les personnes présentes hier.
« Nous lançons un appel à la grève générale dès demain, et lundi, tous les secteurs doivent être dans la rue. Nous devons organiser des assemblées générales », annonce la représente de FO. Selon cette dernière, il faut maintenant employer la manière forte, descendre dans la rue, entamer une grève générale jusqu’à l’aboutissement des revendications.
Il est aujourd’hui utopique de croire que nos jeunes, ceux qui vont commencer à travailler entre 25 et 30 ans, vont pouvoir cotiser 41 annuités, voire plus.
Pour le représentant du SNES, la politique de Laurence Parisot vise bien à baisser les pensions et à augmenter le nombre d’années de cotisation. « Pendant que les patrons partent à la retraite avec les millions non imposables, l’immense majorité de la population s’appauvrit ».

En plus de CGTR, FSU, FO, FCPE, SNES, SUD Education, PTT Sud, FGRFP, des centaines de lycéens avaient fait le déplacement.(Photo Toniox)

C’est toute la politique gouvernementale qui a été dénoncée lors de cette manifestation, la baisse des emplois dans le public, la baisse du pouvoir d’achat, et les organisateurs regrettent que les salariés du privé ne se soient mobilisés, car « c’est l’avenir de nos enfants qui est en danger », et les jeunes l’ont bien compris.
« Nous sommes proches des épreuves du Bac, c’est pour cela qu’il y a eu une grosse démobilisation, mais c’est important aussi ce qui se joue actuellement. Le Bac, c’est bien, mais il faut aussi penser à notre avenir après le diplôme, quels emplois nous attendent après ? », demande un représentant des lycéens.
Les manifestants ont ensuite pris la direction du centre-ville pour aller vers le lycée Saint-Charles où les grilles de l’établissement ont été forcées. Les jeunes ont fait un setting dans la cour de l’établissement pour expliquer leurs revendications, puis direction le lycée professionnel de Saint-Pierre.
Aucun débordement n’a été signalé, la marche s’est déroulée dans un climat serein.

SP


• Christian Dérand, secrétaire départemental de la FGRFP (Fédération Générale des Retraités de la Fonction Publique)

« Nous sommes inquiets pour l’avenir de nos jeunes. 41 années de cotisation, augmentation de la précarité, à quel âge vont-ils pouvoir partir à la retraite ? Surtout qu’aujourd’hui, les jeunes entrent dans la vie active pas avant 25 ans. Nous ne voulons pas d’une retraite de misère à 60 ans, nous ne voulons pas de retraités érémistes, alors que pendant des années, ces personnes ont fait tourner la machine économique de la France.
Avec le chômage qu’il y a ici, des nombreux retraités aident leurs enfants et petits-enfants. Il faut être solidaires. Nous demandons que les pensions soient revalorisées immédiatement, pas au mois de juillet, août ou septembre, mais immédiatement ».

• Elodie, lycéenne à Vincendo

« Moi, je suis en Seconde, donc pas d’examens à la fin de l’année. Je suis venue aujourd’hui pour défendre un meilleur avenir pour moi mais aussi pour ceux qui viendront après. Je comprends que les lycéens, qui passent le Bac, préfèrent aller en cours, mais en même temps, le Bac, ça sert à quoi si on n’a pas d’emploi. Moi, par exemple, j’ai envie d’être prof ; avec tous les non-remplacements des départs à la retraite et la baisse des places offertes dans les concours, je ne sais pas si je pourrais faire le métier dont j’ai envie ».

• Ludovic, fonctionnaire

« Dommage que le privé ne se mobilise pas, c’est important d’être solidaire lorsqu’on entreprend ce type d’action. On ne se bat pas que pour les retraites des fonctionnaires, mais aussi contre la casse sociale qu’a entrepris le gouvernement. Contre la baisse du pouvoir d’achat, par exemple, et cela concerne tout le monde. Jusqu’à quand va-t-on subir les choses ? Il faut que ça cesse ! ».

• Marina et Sabrina, fonctionnaires

« C’est important que toutes les générations se mobilisent, nous nous battons pour avoir une vie meilleure aujourd’hui, mais aussi pour nos enfants et petits-enfants. Nous avons aujourd’hui la responsabilité de ne pas laisser les politiques faire n’importe quoi ».

Propos recueillis par SP


• Jean-Michel, 47 ans

« On nous attaque de tous les côtés »

« Comment ne pas être ici ? On nous attaque de tous les côtés, nos retraites, le temps de travail, le salaire, le pouvoir d’achat. Il y a 1 an, 53% des Français faisaient une belle connerie. Aujourd’hui, nous payons les pots cassés, la colle et le séchage. Je suis père de famille, j’ai 4 enfants. Je travaille depuis 20 ans dans la même boîte, je suis assidu à mes horaires de travail, je fais des heures supplémentaires, et je ne m’en sors plus. A la moitié du mois, mon compte est vidé. Et ma femme touche à peine la moitié de mon salaire, soit 650 euros. Elle est assistante maternelle agréée. Je serais obligé de trouver un deuxième emploi pour pouvoir joindre les deux bouts. Là, on nous demande de travailler plus, et on gagne moins ».

• Alain, 55 ans

« Banna i vë mi travay ziska kan ankor ? »

« Domaz nou lé pa plis zordi. Dizon demoun i regard anou komsi nou sé mové zélèv, ravazèr. Oté, isi nana demoun na zot joli plass travay, profésèr, fonksionèr ou sat i asiz dérièr biro, soman azot osi i gingn pï. Moin, moin lé mason. Kan mi sava travay, solèy i dor ankor. Kan mi rant mon kaz, solèy la fine alé dormi. Soman, kan mi regard mon kont, dizon in krim. Mi préfèr mèm pa mazine kosa mi sar toushé kom retrèt. Banna i vë mi travay ziska kan ankor ? Moin la po ïz amoin kom in bourik po in pèy i resanm pa rien. Asé in kou ! Mé i fodré demoun i pran konsians, i vien done la min, i vien défann in kou zot droi, revandik in salèr. Selon moin, plis va alé, plis i fodra n’i anpar le kou. Afors, demoun va sort dann shemin, non ? Dawar mèm, zistoir-là i fini an révolïsion, Sarkozy i pran son shemin, li foulkan. Parske, si nou lé dann in kol jak, ali li lé kamarad èk demoun na gro larzan. Li batay po zot. I fodra ni amont ali, nou léla osi nou. Antouka si li èm la krèm de la grann sosiété, i fodré pa li kont anou po debèr ».

• Cindy, 22 ans

« On accepte tout et tout nous attaque »

« Arrêtez cette casse sociale, arrêtez la remise en cause de nos acquis sociaux, augmentez les salaires, améliorez les conditions de travail, et là, je pourrais vous dire que notre gouvernement travaille en faveur des petits salariés. Je suis encore étudiante, et le monde du travail me fait peur, la société dans laquelle je vis me fait peur. On voit que les gens ne s’en sortent plus, même s’ils travaillent. Je ne suis pas de ceux qui encouragent au RMI, mais je comprends ceux qui disent qu’il vaut mieux être érémiste que se tuer à l’ouvrage pour trois sous et mille galères. La vie est chère. Le gouvernement défavorise le travailleur, avec des mesures qui touchent directement le porte-monnaie. Aujourd’hui, on entend parler de restrictions budgétaires, d’allongement du temps de travail et de la durée de cotisation, de suppression de postes, de casse du service public. La lutte se mène donc dans la rue. Il faut que les Réunionnais s’engagent et disent NON. On accepte tout, et tout nous attaque ».

• Luc, 57 ans

« Bientôt, il faudra être riche pour travailler »

« Je suis à deux doigts de la retraite, et je n’ai pas peur pour moi. J’ai été prévoyant. J’ai peur pour tous ceux qui arrivent, qui devront travailler jusqu’à pas d’heures, et pendant de longues années pour, au final, profiter d’une retraite cauchemardesque. Je suis professeur. On me fera croire que je suis à l’abri, et pourtant, on a la vie dure. Je paie des impôts, les études universitaires de mes enfants, le crédit immobilier, l’entretien de ma voiture, et l’essence. Parce que bientôt, il faudra être inconscient pour prendre sa voiture, ou vraiment riche. L’action, ou plutôt contre-action, n’est plus sur le terrain politique, elle est sur le terrain syndical. Il faudra que les Réunionnais descendent dans les rues, parce que fatigués par tout l’acharnement sur le pouvoir d’achat. Bientôt, il faudra être riche pour travailler. Et on sait bien que les riches n’ont pas le temps de prendre leur retraite ».

• Michèle, 36 ans

« Done pa nou in gro salèr doktèr... »

« Moin lé kantinièr dépi nëv an mintnan, avan moin navé le RMI. Zordi, mi travay, mi pë èt fièr, soman moin nana in salèr la mizèr, é dë zanfan si mon bra. Po in fanm sël, sé in problèm. Nana inpë i di moitié le moi, fin d-moi, zot na pï rien si zot kont. Amoin, dann premié débi le moi mèm, larzan na pi. Rèzman, nana zalokasion i konb inpë, po fé mon komision, pèy tèl faktïr la rantré. Mi voudré gouvèrnman-là i pran an pitié demoun lé atèr kom moin. Si mi di pa, li antann arpa. Sé po sa moin lé dann shemin, po dir nou lé ésouflé èk tousala. Si i fo mi travay ziska soisant-sèt an, po gingn in pansion la mizèr, ashèv manj lasistanss mèm, asiz èk in RMI. Moin mi vë banna i okip anou. Done pa nou in gro salèr doktèr. Done anou in salèr i respèk nout travay, i respèk anou ».

• Patrick, 24 ans

« Je suis un travailleur pauvre indigné »

« Je suis un jeune travailleur dans la métallurgie. J’ai eu la chance de trouver un emploi assez facilement. J’ai une petite vie simple, marié depuis peu, et père d’une petite fille. On va dire que c’est une situation stable, d’autres cherchent du travail. Moi, je n’ai pas honte de dire que je suis un travailleur pauvre. Je suis même un travailleur pauvre indigné. J’ai l’impression que je le resterais longtemps. On parle de plan de carrière, peut-être un jour arriver à devenir chef de production, peut-être même gérant, ou patron. Je pense que c’est difficile. Tout augmente, et tout se paie. Et les salaires restent au même niveau. Je trouve que c’était une belle bêtise l’euro. On s’en sortait mieux avec le franc. Avec le SMIC, mon compte est constamment en alerte rouge. Comment voulez-vous que je ne fasse pas quelques petits travaux comme ça, le samedi, des fois le dimanche, au noir, pour combler les fins de mois ? Quant à la retraite, j’avoue que je n’y pense pas. Je n’ai pas envie d’être déprimé ».



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