Économie réunionnaise : le calme avant la tempête
6 juin, parIEDOM : « Un premier trimestre favorable avant l’impact de la crise au Moyen-Orient »
Culture - Bilan 2004 et perspectives
7 janvier 2005

Le monde du spectacle était particulièrement bousculé en 2003, en raison du projet de réforme du régime des intermittents du spectacle. La culture demeure le parent pauvre de la République. Les artistes craignent pour leur travail.
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Le collectif des intermittents réunionnais a pris le temps d’observer. Gladys Mnemonide, comédienne, porte-parole du collectif des intermittents réunionnais en 2003, indique que le groupe a souhaité rester en stand-by durant l’année 2004.
Pour l’heure, ils observent la portée de cette réforme sur leur vie de tous les jours. Ils ont décidé de continuer à travailler, et d’essayer tant bien que mal de trouver 43 cachets en 11 mois, selon les dispositions gouvernementales pour l’année 2004.
Si les techniciens du spectacle ont pu plus ou moins s’en sortir en travaillant par-ci par-là, passant des planches de théâtres et salles de spectacles au monde de l’audiovisuel, les artistes éprouvent quant à eux plus de mal. Les comédiens, particulièrement, sont mis à mal, en raison du manque de scènes et de compagnies à La Réunion. Après, que dire des jeunes auteurs-compositeurs-interprètes, jeunes poètes, jeunes écrivains qui se lancent dans une toute fraîche carrière ?
Les nouveaux entrants dans le régime d’intermittents du spectacle ont du mal à réaliser le quota de cachets exigé pour pouvoir prétendre à l’allocation chômage. Pour l’année 2004, le gouvernement donnait la possibilité d’effectuer le quota en 11 mois. Ce ne sera plus le cas pour l’année 2005. Les techniciens devront réaliser leurs 43 cachets en 10 mois et demi, tandis que les artistes devront l’effectuer en 10 mois.
Les organisations syndicales déplorent cependant que, pour 507 heures travaillées, seulement 8 mois soient indemnisés, soit 243 jours de chômage payés.
On incite l’intermittent à travailler plus, ce qui n’est pas une mauvaise affaire. Encore faut-il qu’il en ait la possibilité ! Gladys Mnemonide affirme qu’un rapport a été transmis au ministre de la Culture, pour adapter sa réforme selon les contraintes que rencontrent les intermittents.
Elle espère que cela permettra la réouverture des négociations. Si en 2004 les intermittents n’ont pas été inquiétés, ils devront davantage se préoccuper de leur cas durant cette année 2005, qui se veut décisive. Serge Idoumbin, du Syndicat du personnel artistique, technique et administratif de la culture à La Réunion (SPARTACR), indique que le monde de la Culture est tout entier concerné, de par les positions du gouvernement.
"La Culture n’est pas une priorité du gouvernement", déclare-t-il. Alors faut-il s’attendre à un soutien pour l’intermittent ? Technicien lumière à l’Office départemental de la culture (ODC), il dit assister à une précarisation de l’emploi dans l’entreprise. "Sur un poste vacant (qui devrait être pourvu par une embauche définitive, NDLR), l’entreprise persiste à employer des intermittents", déplore Serge Idoumdin. Non pas que leur emploi n’est pas utile à l’ODC, mais qu’il serait plus juste de leur fournir un emploi pérenne. Leur rôle est juste de suppléer, alors qu’ils font montre de réelles compétences.
D’autant que bon nombre d’intermittents, las de devoir courir après les cachets, souhaiteraient volontiers contribuer par leur professionnalisme à la bonne vie de la Culture à La Réunion. Le gouvernement devrait revoir sa copie, et mettre en place un véritable plan de sauvetage de la Culture avec les artistes.
Bbj
Pas de statut pour les plasticiens
Pour la plasticienne Michèle Giscloux, secrétaire de la CGTR-Artiste, il importait de dénoncer les attaques contre les intermittents (lire ci-contre). Son syndicat, solidaire du mouvement de protestation du collectif des intermittents de spectacle, a dénoncé vigoureusement la modification du régime des intermittents, et l’a fait savoir par voie de tracts.
Elle souligne par ailleurs le problème posé aux intermittentes enceintes, qui devraient voir une partie de leurs allocations maternité supprimées, parce qu’elles n’auront pas comptabilisé le nombre de cachets escomptés durant leur grossesse. Une lettre a été transmise à Jean-Jacques Aillagon, alors ministre de la Culture en 2003. Elle restera sans réponse.
Pour la secrétaire de la CGTR-Artiste, il importe que les intermittents prennent conscience de la situation. "À La Réunion, il est difficile de regrouper", déplore-t-elle.
Et pourtant, les intermittents, comme bon nombre d’artistes, vivent dans une situation précaire, certains en marge de la société. Michèle Giscloux note par ailleurs le manque de statut pour les plasticiens, dans une société réunionnaise qui ne reconnaît pas cette classe d’artistes.
Plusieurs plasticiens doivent opter pour un deuxième métier, leur permettant de vivre. D’autres se contentent du régime d’assistance pour survivre. Michèle Giscloux déplore le manque de transparence dans l’attribution des 1% du budget de la Culture pour les édifices publics qui ornent les établissements scolaires, bâtiments publics, ronds-points, etc. Si chaque artiste pouvait en bénéficier, cela lui permettrait de s’en sortir, du moins de voir plus clair dans ses objectifs professionnels et artistiques.
En outre, il reste le solide problème des droits d’auteurs. "Quand on se sert d’une œuvre d’un plasticien pour la couverture d’un magazine, en profite-t-il ?", questionne la plasticienne, qui souligne la situation précaire des artistes réunionnais. Aux côtés des autres artistes, le plasticien se demande quelle est la politique culturelle en faveur des artistes réunionnais. Décidera-t-on cette année de soutenir l’artiste réunionnais, ou de le laisser face aux invectives du gouvernement de la casse sociale ?
Bbj
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