Luttes sociales

Sanctionner les chômeurs ne règlera pas le problème du chômage

Plus de 180.000 inscrits à Pôle emploi à La Réunion

Manuel Marchal / 27 mars 2018

Face au problème du chômage, le gouvernement veut renforcer le contrôle des chômeurs. C’est encore un exemple d’une mesure qui aggravera la situation à La Réunion, car la pénurie d’emploi est un phénomène qui existe depuis des décennies, et contre lequel aucun gouvernement n’a réussi à prendre des décisions efficaces. Une autre politique est nécessaire, elle suppose de donner au peuple le pouvoir de décider ce qui est bon pour lui.

JPEG - 59.1 ko

Plusieurs décisions prises en France ont des conséquences négatives sur l’emploi à La Réunion. C’est notamment le cas du désengagement de l’État dans les contrats-aidés. Ces emplois sont pour des dizaines de milliers de Réunionnais la seule possibilité d’échapper temporairement au chômage. Cet horizon se ferme.

Dans le BTP, c’est l’inquiétude après l’annonce de la suppression de l’APL-accession. Cette allocation-logement permettait à des familles d’être solvables auprès des banques pour contracter un prêt immobilier. Sans cela, ce sont des chantiers qui n’auront pas lieu. C’est un des facteurs de la grève à Bourbon-Bois, où les salariés sont inquiets pour leur avenir.

Progression du chômage

Les restrictions dans les dépenses publiques ont également des effets dans les institutions. C’est le plan de suppression d’emplois annoncé par la Chambre de commerce. C’est aussi l’alerte lancée par la CGTR à la Chambre d’agriculture. « Les préconisations de la direction de la Chambre et des élus pour « réformer en profondeur l’institution » et surtout « les solutions radicales » préconisées par l’État, notamment la réduction des emplois à la Chambre, ne sont pas pour rassurer les salariés de la Chambre », souligne le syndicat dans un communiqué en date du 24 mars dernier.

Dans le secteur privé, les nouvelles ne sont pas rassurantes. La quasi-totalité du groupe Apavou a été liquidée. Des dizaines de salariés sont au chômage du jour au lendemain. À Profilage, filiale d’Arcelor-Mittal à La Réunion, un plan de licenciements a été homologué par la DIECCTE. Il prévoit la mise au chômage de 36 travailleurs alors que la société compte une trésorerie de plus de 21 millions d’euros. Ce « plan social » a été rendu possible par la loi El-Khomri, qui permet à une entreprise de licencier en cas de difficultés passagères.

Ces différents faits apportent un éclairage sur les indicateurs mis en avant par les pouvoirs publics. Ils font état d’une reprise économique, et d’une diminution de la part du déficit public dans le PIB de la France, qui était l’an dernier à 2,7 %.

Le nombre de demandeurs d’emploi inscrit à Pôle emploi stagne en effet aux alentours de 180.000 personnes. C’est un nombre exceptionnellement élevé, du jamais vu à La Réunion.

Pour une autre politique

C’est dans ce contexte qu’interviennent les propositions du gouvernement au sujet de l’encadrement des chômeurs. Il s’agit d’un contrôle renforcé et de nouvelles sanctions pour priver un travailleur privé d’emploi de l’indemnité qui lui est due. Or à La Réunion, la pénurie d’emplois est largement démontrée. Mais pour le moment, Paris ne propose pas de réforme de fond pour régler ce problème.

Une autre politique est possible. C’est ce que prône le PCR depuis sa création en 1959. C’est de confier la responsabilité des affaires qui les concernent aux Réunionnais. Qui mieux que les Réunionnais sont les plus au courant de la situation, et sont les mieux placés pour proposer des solutions pour remédier aux problèmes, et les appliquer ?

L’aggravation du chômage, l’incapacité du système en place à y faire face depuis plusieurs décennies sont autant d’arguments plaidant pour un autre modèle. Il est temps d’agir avant que cette crise sociale ne finisse par menacer l’existence de la société réunionnaise.

M.M.