Luttes sociales

Solidarité avec les lycéens et indignation

Courrier des lecteurs de Témoignages / 13 décembre 2018

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Nous cumulons à nous six plus de deux siècles de carrière d’enseignants du second degré et autant d’activités militantes.
Mais jamais durant notre longue carrière nous n’avons rencontré un tel degré de violence exercé par les forces de l’ordre contre des adolescents de 15 à 18 ans.
Dans la journée de jeudi 6 décembre, environ 700 jeunes lycéens ont été interpellés par les forces de l’ordre dont environ 150 contraints de s’agenouiller sous la menace à Mantes la Jolie.

Deux jeunes ont été gravement blessés au visage dans le Loiret par des tirs de flashballs. Un autre lycéen a été blessé dans les mêmes conditions à Garges les Gonesse. Une jeune fille de 16 ans à Grenoble.
La “bienveillance” et la “confiance”, mots fétiches de Jean-Michel Blanquer, ne sont plus au rendez vous à Orléans, Toulouse ou à Nice, où les forces de l’ordre se sont comportées de façon indigne usant de leur force de manière disproportionnée.
L’objectif est clairement de faire régner la terreur parmi les jeunes pour éviter à tout prix qu’ils se joignent aux gilets jaunes.

C’est dans l’affolement qu’une bête blessée se révèle la plus dangereuse. C’est bien le cas du gouvernement et du président de la République qui cherchent à étouffer la colère populaire sous des nuages de gaz lacrymogènes et de charges de CRS.
Les discours du ministre de l’intérieur Castaner ne sont pas simplement affligeants de bêtise, ils sont surtout extrêmement inquiétants quant à l’avenir de la démocratie dans notre pays.
Quand pas moins de deux ministres (de l’intérieur et de l’éducation) considèrent légitime que la violence s’exerce à l’encontre de la jeunesse de ce pays, on ne peut être qu’écœurés. Jusqu’alors, il fallait vivre sous une dictature pour être confronté à de tels événements.

Nous tenons à exprimer publiquement notre solidarité avec les lycéens et notre indignation : un pays dont les enfants sont frappés, pourchassés, humiliés, est un pays sans démocratie, un pays qui détruit son propre avenir.
Nous tenons à rappeler que les mouvements lycéens ont toujours été une part essentielle de la vie citoyenne. Que ces mouvements sont une forme d’apprentissage grandeur nature de ce qu’est la démocratie. Qu’ils doivent être pour le moins protégés.
Des mouvements de protestation contre Parcoursup et la réforme du baccalauréat commencent à se développer dans les établissements de La Réunion.
Après tant d’années passées auprès des jeunes dans le cadre de notre profession, nous ne pouvons qu’appeler nos collègues en activité à protéger leurs élèves des mesures d’intimidation de chefs d’établissement agissant sur ordre et des violences policières.

Katia Venco, Didier Bourse, Philippe Azema, Yves Thebault, Eric Ducroux, Cathy Helary
Enseignants à la retraite