Travailler plus pour gagner plus !

Solution ou slogan qui prépare les consciences au pire ?

25 août 2008

1300 euros nets, c’est le salaire moyen d’un ouvrier P2 ou d’un employé, sur la base de 35 heures par semaine. Voilà une réalité bien concrète du malaise dans ce pays. 8500 frs pour un ouvrier ou un employé qualifié, compétent et travailleur, ce n’est vraiment pas cher payé le litre de sueur. 7 euros nets de l’heure, 46 frs nets, soit 5 litres de gasoil, 8 baguettes de pain ou 5kg de pommes de terre, voilà une réalité concrète dans la sixième puissance économique du monde.
1300 euros nets mensuels pour des milliers de salariés(ées) face à des milliards arrogants et démesurés de plus values, empoché par quelques actionnaires de haut niveau. Ces milliards représentent des millions d’heures de travail, et pourtant, cela n’est pas encore assez puisque le nombre de ces heures supplémentaires est de plus en plus important. Avec ces milliards, on pourrait augmenter les salariés 300 euros mensuel pendant 5 ans, c’est-à-dire de 21% de suite. Avec ces milliards, on pourrait embaucher plus de 3.000.000 de salariés payés pendant 5 ans.
Medef-gouvernement-syndicats... vont dire "halte à la démagogie" ... C’est la réalité du capitalisme qui se mord la queue : des profits faramineux, des chômeurs montrés comme des parias, des salariés mal payés en perte constante de pouvoir d’achats, et des heures supplémentaires qui mettent ce pays, Médaille d’Or des pays du G8, sur le podium du nombre d’heures effectuées chaque semaine par les travailleurs de France.
31 heures aux USA, 34 en Grande-Bretagne, dans des pays qui ont le droit de faire travailler 12 heures par jour et 64 heures par semaine, et 38 heures en France où la semaine est légalisée à 35 heures, 10 heures par jour et 48 heures semaine...
Mais ce n’est pas encore assez, puisque le 8 juillet, le Parlement a adopté la révision de la durée du temps de travail, en s’attaquant dans un premier temps, à sa branche, historiquement parlant, la plus fidèle politiquement, l’encadrement. Un encadrement qui prochainement va se voir supprimer des RTT, et devoir effectuer des heures au-delà des 10 légales, même si cela est déjà dans les faits. Tout cela, sera à négocier entreprise par entreprise, et même si nous ne sommes pas d’accord avec ce principe qui met les salariés de diverses entreprises en concurrence, nous y serons contraints par cette Loi.
De nombreux ouvriers font des heures supplémentaires, certains en font à outrance, non pas parce qu’ils s’ennuient chez eux, ou qu’ils ont le travail dans le sang, mais pour acheter du « pain et améliorer l’ordinaire » d’une vie de plus en plus dure et chaque jour le prouve car l’argent manque cruellement au point de faire des choix inhabituels.
Patronat et gouvernements successifs et maintenant directions syndicales, nous ont amenés à tolérer l’intolérable et à ne plus réfléchir comme une classe sociale mais comme des millions d’individus dont les intérêts ne seraient plus collectifs.
Ainsi, au fur et à mesure des années, la chasse aux heures supplémentaires à supplanter la lutte collective pour des augmentations de salaires. Pris à la gorge par des loyers qui ne sont plus modérés, par des crédits à taux variables, par des caddies de plus en plus chers... les salariés cherchent des solutions individuels à leurs problèmes. Ces solutions de survie, certes nobles, peuvent être contestables mais sont néanmoins et concrètement indispensables, ont un revers à la médaille. Ce revers, c’est l’accélération des dérégulations du temps de travail et des droits collectifs pour faire place à des horaires et des droits individualisés inscrits sur les nouveaux contrats de travail, c’est-à-dire un contrat signé dans un bureau fermé entre un chef du personnel et un candidat à l’embauche, c’est-à-dire dans un rapport exploiteur/exploité ou le premier a l’ascendant sur le deuxième.
Le but final est bien de formater les esprits pour les préparer à la casse des Conventions Collectives Nationales, des accords de branches professionnelles, et à la remise en cause d’un Code du Travail déjà bien allégé le 1er mai 2008.
Voilà pourquoi, dans les médias, on nous fait des comparaisons avec les autres pays européens, comme si les luttes pour les droits et les acquis avaient été pareilles partout, comme si 36/45/68 avaient eu lieu partout.
Comme si un salarié letton ou roumain avait encore aujourd’hui les mêmes droits du travail et qu’au nom de la "concurrence libre et non faussée", il avait la possibilité de faire dans notre pays des 70h00 par semaine, 12 heures par jour, pour 950 euros mensuels en vivant dans des taudis ou des campements de fortune. Tout cela crée la haine, la xénophobie et le racisme, tout cela fait le lit et le terreau des extrémistes ultralibéraux et des fascistes, alimentés par une bourgeoisie et ses laquais qui se servent de leurs armes pour encore plus diviser les travailleurs entre eux.
Face à ce fléau des bas salaires et des heures supplémentaires, la seule solution, c’est la reconquête de la lutte collective et unitaire pour l’augmentation générale des salaires de 300 euros, pour la préservation des droits et conventions collectives, pour l’interdiction des licenciements, pour que les aides d’état soient basées sur des embauches réelles en CDI et à temps plein.


Declasse, Agoravox


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