Luttes sociales

Toujours plus de 180.000 Réunionnais inscrits à Pôle Emploi

Chômage : l’heure du bilan entre les deux tours de la présidentielle

Manuel Marchal / 27 avril 2017

Les chiffres du chômage de mars 2017 sont ceux de l’échec d’une politique. Il ne pouvait en être autrement compte tenu du cadre dans lequel se situe La Réunion. Cette crise sociale est un nouveau procès de l’intégration. Seules des mesures radicales pourront inverser la tendance. Cela passe par la responsabilité pour les Réunionnais, car ils sont capables d’imaginer et d’appliquer des propositions adaptées à une situation qui est bien différente de celle de la France.

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Pôle Emploi et la DIECCTE ont publié hier soir les derniers chiffres du chômage à La Réunion. Le nombre de travailleurs totalement privés d’emploi est en augmentation tandis que celui des inscrits à Pôle Emploi reste au-dessus de 180.000 personnes. Ces chiffres sont le bilan de 5 années de politique qui sont loin des promesses annoncées. Malgré les plus de 200 millions d’euros dépensés par l’État dans le traitement social du chômage, malgré le CICE et ces dizaines de millions d’euros donnés aux entreprises, la crise s’est aggravée.

En février 2012, le nombre total d’inscrit à Pôle Emploi s’élevait à 151.690. C’est donc une croissance de 20 % en 5 ans. Pourtant à La Réunion, les collectivités peuvent embaucher des travailleurs en recevant une subvention de l’État pouvant s’élever à 90 % du SMIC. En début de mandat, le gouvernement mettait l’accent sur les emplois-jeunes. Chaque visite ministérielle était alors le prétexte à la signature de contrats par le ministre en visite devant les caméras, entourée d’un ou plusieurs députés. En août 2014, François Hollande avait annoncé la création de 40.000 emplois d’avenir subventionnés à 90 % du SMIC par l’État, avec effet rétroactif sur les embauches faites depuis 2012.

Autrement dit, le gouvernement faisait de la lutte pour l’emploi son premier chantier. Le résultat n’a pas été à la hauteur. Depuis l’année dernière, les licenciements de jeunes en emplois d’avenir se succèdent et cela sans que le gouvernement ne propose de solution pour que ces jeunes puissent garder un travail. En visite à La Réunion l’année dernière, Ericka Bareigts, ministre des Outre-mer, avait indiqué que l’on se situait dans une logique de fin de contrat.

L’échec d’un système

Ce quinquennat se termine donc sur un nouvel échec dans la lutte contre le chômage. Ce n’est pas étonnant, c’est un effet du cadre actuel. Ce ne sont pas un petit peu plus d’emplois aidés ou de défiscalisation qui peuvent régler le problème numéro un de la population. Le chômage de masse ne date pas d’aujourd’hui, c’est une des conséquences de l’intégration. Le choix n’a pas été de développer le pays mais de pérenniser un système néocolonial avec des transferts publics transformés en profits privés qui gonflent les bénéfices d’entreprises extérieures. Au lieu d’utiliser la richesse de la jeunesse pour assurer le progrès du pays, les gouvernements qui se sont succédé ont préféré organiser son exil à l’époque du BUMIDOM. Aujourd’hui encore, des publicités continuent de vanter l’émigration en France comme une solution au problème du chômage des jeunes.

Avant son élection, François Hollande avait promis de nouveaux rapports avec les outre-mer. Mais les propositions du PCR sont restées lettre morte. Le gouvernement s’est enferré dans un système qui ne peut pas régler les problèmes.

La sanction tombée dimanche

La sanction de cet échec est tombé dimanche dernier. À La Réunion, plus de 40 % des électeurs ont boudé les urnes, et ceux qui sont allés voter ont placé en tête des suffrages deux candidats qui rejettent le système.

Le mérite des communistes a été de se mobiliser pour permettre à leur candidat, Jean-Luc Mélenchon, d’arriver en tête. Ce dernier a fait campagne sur des thèmes du PCR, en particulier avec son projet de 6e République. Le projet d’une nouvelle Constitution est en effet un moyen pour que les Réunionnais obtiennent la responsabilité. Cette revendication du PCR se traduit par la création d’une assemblée territoriale dotée de larges compétences dont celle de voter des lois. Cela peut permettre de créer les conditions de la rupture avec le système actuel, afin d’aller enfin vers la résorption du chômage qui ronge la société réunionnaise depuis des décennies.

M.M.