Luttes sociales

Un nouveau départ : pour l’accord de place et l’Observatoire des prix

2ème Congrès de la Fédération CGTR Ports & Docks

Témoignages.re / 19 septembre 2006

Quinze ans après le Congrès constitutif de la Fédération CGTR des Ports & Docks, créée en 1991, les syndicats portuaires ont tenu samedi leur deuxième Congrès : un nouveau départ revendicatif après une période bien mouvementée.

Plusieurs messages d’encouragements et de solidarité de dockers de France, d’Europe et de l’océan Indien sont venus saluer la tenue de ce 2ème Congrès de la Fédération CGTR Ports & Docks, qui a reconduit Michel Séraphine à la responsabilité de secrétaire général, en lui adjoignant un secrétaire général adjoint, en la personne de Danio Ricquebourg, appelé à prendre le relais dans la conduite de la vie syndicale. À 58 ans, Michel Séraphine, par ailleurs adjoint au maire du Port, pense surtout à laisser une pépinière de jeunes capables de prolonger les combats dont il a fait l’historique devant l’assemblée du Congrès.

Ce 2ème Congrès avait invité Ivan Hoareau, Secrétaire général de la Confédération (CGTR), des représentants de l’Union régionale Ouest (URSO), du syndicat de la Fonction publique territoriale. La Mairie était représentée par Virgile Rustan, Adjoint au maire. L’internationale des dockers (IDC), par la voix de son coordinateur général, Julian García, a salué à cette occasion le rôle stratégique joué par les dockers dans la préservation de l’outil portuaire. "Nous n’assisterons pas en spectateurs passifs aux réformes qui nous menacent. Nous l’avons démontré en Europe avec le rejet de deux directives qui voulaient déréglementer notre travail, et nous continuerons de le faire...", dit-il notamment. Le syndicat des dockers de Marseille et la Fédération nationale CGT des Ports et Docks ont également accompagné de leurs encouragements les orientations de la fédération de La Réunion. Rémi Solofo, Président pour la région de Toamasina du Syndicat pour le redressement économique de Madagascar (SEREMA), souligne quant à lui "la solidarité des dockers de l’océan Indien" et l’atout décisif qu’elle constitue "dans la lute anti-mondialisation que [nous menons] ensemble actuellement".

Plus qu’un Congrès d’apparat, c’est une relance en profondeur de l’action et des orientations syndicales que la CGTR s’est donnée pour but, après une période plutôt mouvementée. Michel Séraphine en a fait le rappel, en signalant les batailles menées depuis 89 autour de la Convention collective, la naissance de la fédération en 1991, dans la continuité du Syndicat des dockers présidé auparavant par Serge Bourhis. Il a longuement évoqué les difficultés des dockers à faire évoluer une organisation du travail portuaire historiquement fondée sur "la connivence entre l’Exécutif et le patronat portuaire, pour maintenir un régime d’exception". Ces luttes ont été jalonnées d’avancées ouvrières et de retour en arrière.
La création, en février 1992, de la Coopérative ouvrière de La Réunion (COR) a, à l’époque, fait baisser de moitié le coût de la manutention, resté depuis à son niveau le plus bas alors qu’il ne cessait d’augmenter auparavant. "L’apparition de la COR a permis de commencer à comprendre la formation des prix dans le port", a dit Michel Séraphine. L’action pour la transparence des prix reste une orientation prioritaire de la fédération portuaire, au présent comme pour l’avenir. La tragédie de Théo Hilarion s’inscrit, a rappelé Michel Séraphine, dans le contexte d’une "agressivité exacerbée des tenants du monopole portuaire" contre cette action pour faire la transparence sur les prix. Douze ans plus tard, la CGTR réclame toujours "justice pour Théo". "Aucun procès n’a fait apparaître la source des connivences honteuses qui a abouti à la tragédie d’un homme qui continue de souffrir dans sa chair", a dit Michel Séraphine, en donnant des nouvelles du docker désormais installé à Marseille.
Ce Congrès a vu l’arrivée de plusieurs jeunes au bureau de la Fédération. L’assemblée des congressistes a adopté 4 résolutions qui définissent ses orientations pour l’avenir : pour la signature d’un "accord de place" entre tous les partenaires et usagers du port ; une résolution sur la coopération syndicale ; une réaffirmant la nécessité d’un Comité portuaire d’hygiène et sécurité (CPHS) et une résolution pour l’installation d’un Observatoire des prix, au travers de la création de la "commission économique", décidée depuis l’accord du 22 juillet 1994 et jamais entrée en vigueur.
Ce 2ème Congrès est celui d’un nouveau départ pour les revendications des travailleurs des docks. Ils ne devraient pas tarder à le faire savoir.

P. David