Luttes sociales

Une situation sociale alarmante

Diminution du nombre des contrats aidés et diminution de leur prise en charge par l’État

Témoignages.re / 8 août 2005

La diminution du nombre des emplois aidés par des financements publics, ajoutée au désengagement progressif de l’État au niveau de leur financement, crée dans notre île une situation sociale extrêmement préoccupante. Tant pour les ’bénéficiaires’ de ces emplois aidés encore en activité et pour les personnes privées d’emploi, que pour les collectivités et les associations déjà confrontées à de lourdes difficultés financières. Et tout cela se fait au détriment des services publics rendus par ces emplois à la population.

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La situation sociale dans notre île continue à être marquée par une exacerbation du problème du chômage, dont le taux est trois fois supérieur à celui de la France. Et les prises de position de nombreux observateurs issus d’horizons divers (syndicaux, politiques, associatifs ...) laissent à penser que l’avenir risque d’être encore plus préoccupant. En raison notamment de la diminution programmée du nombre des emplois aidés.
C’était par exemple le sens du communiqué publié récemment par le président du Collectif Agir Pour Nout Tout. Ou encore la teneur de l’édito que signe le maire de Sainte-Suzanne dans le dernier numéro du magazine “Vanille”, le magazine d’information de la commune de Sainte-Suzanne :
"(...) La situation réunionnaise, où le taux de chômage est trois fois supérieur à la Métropole, où les problèmes sociaux s’aggravent (suppression des CES, CEC, CIA...), appelle à une action plus vigoureuse et plus volontaire (...)", estime Maurice Gironcel.
Un tour d’horizon sur la situation des emplois sur la commune de Sainte-Suzanne laisse en effet clairement constater une diminution progressive de ces types de contrats (voir tableaux ci-après) .
Par ailleurs, depuis le 1er octobre 2002, de nouveaux taux de prise en charge des CES par catégorie de public éligible par l’État ont diminué considérablement. Dans certains cas, le taux de prise en charge de ces contrats par l’État est passé de 95% à 65%. Ce qui engendre un taux supplémentaire important pour la collectivité.

Vingt mesures d’urgence

Cette situation évoquée par Maurice Gironcel n’est pas propre à Sainte-Suzanne, étant donné qu’elle illustre en fait les difficultés de la plupart des communes. Comme en témoigne un élu d’une commune de l’Ouest : "Les restrictions en matière de dotation de l’État vont entraîner de lourdes conséquences sur notre budget, qui est déjà fortement pénalisé par une masse salariale importante. Cela aura également des répercussions sur la formation, la promotion du personnel... Comment allons-nous faire face à une telle situation, qui provoquera le mécontentement de la population ?".
Une question à laquelle le Parti communiste réunionnais a tenté de répondre en élaborant vingt mesures d’urgence susceptibles d’ouvrir des perspectives d’avenir. Car la situation est préoccupante. Et cela d’autant plus que les mesures préconisées par le gouvernement (Contrat d’Avenir ou Contrat d’Accompagnement à l’Emploi - CAE) sont loin de susciter l’unanimité ou d’apaiser les esprits.
Et pour cause : le volet formation du premier cité doit être pris en charge par l’employeur (c’est-à-dire la collectivité publique). Or, quand on sait que cette dernière ne cesse de mettre en avant une situation fragilisée par un désengagement de l’État, on prend pleinement conscience de la nécessité d’un renforcement de la lutte revendicative pour imposer de réelles solutions d’avenir.

Correspondant


Entretien avec le maire de Sainte-Suzanne

Maurice Gironcel : "L’État aide l’emploi de façon dégressive : 75%, 50%, 25% ; après, c’est fini !"

o Quelle est la situation de l’emploi sur la commune de Sainte-Suzanne ?

- Comme beaucoup de communes de La Réunion, Sainte-Suzanne connaît un fort taux de chômage. Plus de 40% de la population en âge de travailler sont au chômage. Soit près de 4.000 personnes concernées, dont une majorité de jeunes qui galèrent. Tous les secteurs de notre économie subissent une grave crise sociale, crise politique avec le contexte européen morose. Chacun d’entre nous doit en prendre conscience, car cette crise va encore s’aggraver et durer longtemps et bien sûr notre commune n’y échappe pas.

o L’édito que vous signez dans le dernier numéro de “Vanille” parle carrément de "suppression des CES, CEC, CIA". Pouvez-vous illustrer vos propos ?

- C’est malheureusement la situation. Au 1er janvier 2006, les contrats aidés CES, CIA et CEC sont supprimés. Le gouvernement avait déjà supprimé les CEJ pour les jeunes en 2002.
Avec les nouveaux dispositifs annoncés, les “Contrats d’Avenir”, les CAE “Contrats Accompagnement à l’Emploi”, la situation des précaires, des travailleurs privés d’emploi sera encore plus grave en 2006 par rapport à 2005.
Je rappelle que depuis 2002, des milliers d’emplois ont été supprimés, avec les conséquences dramatiques que connaissent de nombreux jeunes, de nombreuses familles.
Avant, les CEC, les CEC, les contrats duraient cinq ans - financés jusqu’à 85% par les pouvoirs publics. Aujourd’hui, on nous parle de deux ans, exceptionnellement de trois ans pour les “Contrats d’Avenir” et l’État aide de manière dégressive les communes : 75%, 50% et 25%. Après, c’est fini !

o Quelle est la marge d’une commune comme Sainte-Suzanne face à ce désengagement de l’État et l’augmentation de la demande sociale ?

- Face au désengagement de l’État et à l’aggravation de la crise économique et sociale que nous vivons, les communes rencontrent de plus en plus de difficultés.
Avec la crise de l’emploi, c’est aussi la crise du logement. À Sainte-Suzanne, plus de 2.000 personnes attendent un logement. Une véritable catastrophe ! De nombreuses familles - des milliers de jeunes et moins jeunes - seront encore plus dans le désespoir demain. En France, au vu de la situation du chômage (+10%) - à La Réunion, 3 fois plus - le gouvernement s’est donné 100 jours pour redonner confiance.
À La Réunion, la situation est plus grave encore. Il y a donc urgence de faire des propositions. Que chacun dans son parti politique, dans son syndicat, dans son association, bref, à son niveau, se réunisse et propose à Paris une contribution à un plan global de développement pour notre pays.
Car personne ne le fera à notre place. C’est à nous, Réunionnaises et Réunionnais, de prendre notre destin en main et parler d’une seule et même voix aux décideurs parisiens.
Ainsi que le disait notre camarade Paul Vergès, indépendamment de nos affinités politiques, syndicales, religieuses, philosophiques ou autre, nous devons nous entendre pour nous rassembler sur l’essentiel, tant il y a plus de choses capitales telle la bataille pour l’emploi, le logement, l’éducation, qui nous réunissent que de détails qui nous divisent.


Daniel Sautron, du Collectif Emplois en Danger

"Ensemble, allons nous battre
et lutter pour changer la donne"

Daniel Sautron est âgé de 32 ans. Il est écrivain public à la mairie de Sainte-Suzanne. Depuis le 1er mars 1999, il est le porte-parole du Collectif Emplois en Danger. Il a bien voulu répondre à nos questions.

o La disparition des contrats aidés (CES, CIA, CEC) vous interpelle-t-elle ?

- Cette situation m’interpelle comme tous les Réunionnais. Comment vont vivre les familles qui ne dépendaient que de ces types d’emploi dont la disparition est programmée pour les mois à venir ?.

o Que pensez-vous des nouveaux contrats proposés ?

- Les nouveaux contrats mis en place par le gouvernement à savoir CAE, CI-RMA et Contrat d’Avenir coûtent plus cher que les contrats actuels. Nous tenons à signaler que sur ce sujet, le Collectif avait déjà attiré l’attention sur cet aspect des choses et souligné surtout qu’ils ne sont pas adaptés à La Réunion.
Il n’y a qu’à voir le nombre de personnes recrutées en Contrat d’Avenir actuellement. Encore une fois, on s’acharne sur les plus démunis, les plus faibles en supprimant ces contrats aidés qui ont rendu d’énormes services à la population et aux plus démunis en particulier.

o Quels risques une telle situation fait-elle peser sur le climat social ?

- La disparition de ces contrats entraînera une montée de la violence dans notre île. Pourquoi s’acharner sur le peuple d’en-bas ? La base répondra, à n’en pas douter, à ces attaques du gouvernement.

o Revenons aux emplois-jeunes : quelle est leur situation actuellement ?

- Les Emplois Jeunes pour la plupart d’entre nous, ont signé une Convention pluriannuelle pour une durée supplémentaire de trois ans. Ils sont donc toujours dans une situation précaire. L’avenir de ces jeunes, parlons-en : on n’en a plus car aucune solution n’a été trouvée de la part du gouvernement pour pérenniser nos postes dont l’utilité n’est plus à prouver. Après avoir fondé une famille et fourni un travail très apprécié de la population, on nous jette comme un kleenex. On a encore en mémoire les belles paroles de Girardin : “personne au bord du chemin”. Aujourd’hui, on n’est plus au bord du chemin mais dans le caniveau. On est dépité, mais pas abattu car tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir.
Qui va pâtir de cette situation une fois encore ? : les plus démunis !
La mort de tous ces contrats est très dommageable pour le peuple réunionnais et entraînera une catastrophe sociale sans précédent pour les précaires.

o Puisque vous semblez lier le combat de tous les travailleurs précaires et privés d’emploi, des perspectives de lutte unitaire peuvent-elles être envisagées ?

- Effectivement, tous ces combats sont liés car il s’agit de la bataille générale pour un emploi pour tous. À ce titre, le peuple réunionnais doit réagir ensemble. Car se cantonner au plan individuel ou corporatiste reviendrait à pisser dans un violon.
Toutes les forces vives de notre pays doivent s’unir et parler d’une même voix car la situation l’exige. L’avenir de nos jeunes et de notre pays est menacé.
Le message que nous souhaiterions faire passer au niveau du Collectif est le suivant : Allons-nous rester sans rien faire ou réagir ? Ensemble, allons nous battre et lutter pour changer la donne. Dans ce combat, nos élus doivent se battre à nos côtés pour défendre les emplois des Réunionnais et l’avenir de notre pays. Car il n’y a pas de fatalité, mais des choix plus justes à imposer. Tié pa lèspwar é larg pa lo kor.