Luttes sociales

Union sur l’essentiel : sauver 40 emplois à ArcelorMittal Réunion

Les travailleurs de Profilage reçus hier à la Région

Manuel Marchal / 12 décembre 2017

Depuis le 9 novembre, les travailleurs de Profilage, filiale d’ArcelorMittal à La Réunion, sont en lutte contre un plan de licenciements visant 40 personnes. Après avoir rencontré la semaine dernière des représentants du préfet, ils avaient rendez-vous hier à la Région pour rencontrer son président Didier Robert. La délégation était accompagnée par la députée Huguette Bello. À la sortie de la rencontre, la délégation unique du personnel était satisfaite de voir des responsables politiques de tendances différentes mettre de côté leurs divergences pour s’unir sur l’essentiel : sauver 40 emplois.

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Cela fait maintenant plus d’un mois que les travailleurs d’ArcelorMittal à La Réunion sont dans la lutte. Ils combattent en effet un plan de licenciements de 40 personnes à Profilage, filiale du géant mondial de l’acier à La Réunion. Le plan vise notamment la fermeture de l’atelier huisserie. Ce dernier réalise un produit unique à La Réunion et indispensable à la réhabilitation des logements sociaux. Il s’agit d’un adaptateur permettant de monter une porte à serrure trois points sans avoir à casser le béton. La demande est donc forte, le marché assuré. Mais la volonté d’ArcelorMittal est de délocaliser cette production de valeur ajoutée.

Depuis le début de leur combat, les travailleurs de Profilage ont reçu plusieurs soutiens. La semaine dernière, ils étaient aux côtés de la députée Huguette Bello à la préfecture pour rencontrer des représentants de l’État. Hier, ils avaient rendez-vous avec Didier Robert, président de la Région Réunion. Cette collectivité est responsable de la planification économique et a également la compétence pour attribuer les fonds européens.

Rencontre positive

8 travailleurs de Profilage accompagné par deux membres du syndicat FO et la députée Huguette Bello ont été reçus hier après-midi. Cela a permis de plaider leur cause, et de rappeler notamment que la filiale d’ArcelorMittal était assise sur une trésorerie de 23 millions d’euros. Rien ne peut donc justifier des licenciements qui ont uniquement pour but d’augmenter les profits des actionnaires. Au terme d’une rencontre qui a duré plus d’une heure, les représentants des travailleurs ont fait un bilan positif de la rencontre. Didier Robert a pris deux engagements devant eux. La Région précise que lors de la Commission permanente de ce matin, la subvention de 475.000 euros versée à la filiale d’ArcelorMittal sera suspendue : « cette aide au fret, d’un montant de 475 000 euros, a été accordée par la collectivité sur la base du dossier de demande de l’entreprise, dans lequel celle-ci s’engageait à maintenir les emplois existants ». D’autre part, si le plan de licenciements allait jusqu’au bout, alors la Région promet de soutenir les salariés qui envisageraient de reprendre l’atelier huisserie sous forme de SCOP. L’aide promise s’élève à 1,5 million d’euros.

Pour la délégation unique du personnel, « les choses avancent médiatiquement. Le directeur pensait que tout se passerait comme sur des roulettes ». Ce n’est pas le cas, et « tout ce qui prévu risque d’être remis en cause ». En effet, « ArcelorMittal risque de perdre des clients », car la Région pourrait recommander aux bailleurs sociaux de ne plus travailler avec ArcelorMittal en cas de fermeture de l’atelier huisserie. Plusieurs dizaines de milliers de logements sociaux doivent être réhabilités. C’est ce marché qui échapperait au géant mondial de l’acier si jamais il allait au bout de son intention de jeter 40 travailleurs au chômage.

« ArcelorMittal risque de perdre des clients »

« Nous serons peut-être sauvés par la SCOP », précise la délégation unique du personnel, « une quinzaine de travailleurs pourrait être repris dans cette structure. Avec une aide de 1,5 million d’euros, nous pourrons acheter des machines et avoir un petit prévisionnel ».

Et de rappeler qu’ « un syndicaliste de Florange avait dit qu’ArcelorMittal préfère les travailleurs « morts » chez lui plutôt que « vivants » chez les autres. Nous montrons à ArcelorMittal que nous pouvons être vivants sans lui ».

« Etiquettes politiques de côté »

Les représentants des travailleurs de Profilage soulignent également que « Huguette Bello et Didier Robert ont été d’accord sur un point : sauver des emplois à La Réunion. Ils ont mis leur étiquette politique de côté pour défendre La Réunion ».

« Soit ArcelorMittal retire son plan, soit la Région nous aidera. Quand on voit deux politiciens opposés se mettre ensemble, cela remonte le moral », ajoutent les syndicalistes qui remercient la députée qui leur a permis d’obtenir ce rendez-vous à la Région.

La rencontre d’hier a également permis de poursuivre la campagne d’explication menée auprès de la population. Au moins 500 tracts ont été diffusés près de la Région avant l’ouverture des discussions.

Auparavant dans la matinée, une rencontre entre les délégués du personnel et la direction avait eu lieu à Profilage. Les représentants des travailleurs a refusé de valider un projet prévoyant l’arrivée d’une machine à 1,8 million d’euros dans l’atelier de tôles. En effet, cet équipement n’a pas été présenté dans les règles à la délégation unique du personnel qui siège au CHSCT.

Au terme de cette journée d’action, les travailleurs ont « marqué des points ». Plus que jamais motivés, ils continuent le combat pour sauver 40 emplois à La Réunion.

M.M.



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Messages






  • 475 000 euros votés par la Région d’aide au fret. Une aide des pouvoirs publics qui s’ajoute à toutes les exonérations de cotisations sociales patronales, au CICE survitaminé pour les patrons exerçant dans les DOM, à la baisse de l’impôt sur les sociétés, à la défiscalisation et on en passe, que toute la classe politique nous présentent comme des mesures indispensables au maintien de l’emploi !
    Avec le résultat que l’on connaît dans les usines du Port avec la fermeture de l’usine Colgate-Palmolive et aujourd’hui la menace qui pèse sur 40 ouvriers d’Arcelor Mittal.
    Les 28 millions de subventions complémentaires de l’Etat français à la "filière canne" (en fait à Tereos) pour soi-disant sauvegarder les emplois et donc les salaires, revendications patronale soutenue par toute la classe politique réunionnaise n’’a pas empêché la direction de Tereos de menacer les ouvriers de Bois Rouge de diminuer sous un faux prétexte leur prime d’intéressement de plusieurs centaines d’euros... décision heureusement battue en brèche par la grève de ces derniers !

    Tout cet argent public distribué à fonds perdus au patronat, c’est autant d’argent manquant pour les services publics tels le CHU où la direction annonce 150 suppressions de postes ou dans les communes où des milliers de travailleurs en contrats précaires vont perdre leurs emplois, précaires, du fait cette fois de la décision du gouvernement de fermer le robinet des subventions aux contrats aidés.

    Cette politique d’aide au grand patronat est donc,preuves à l’appui, une catastrophe pour les travailleurs.
    Il faut y mettre un terme. L’argent public pour les services publics, pas pour le patronat !
    Et pour développer l’emploi, eh bien il reste toujours la possibilité de prendre sur les profits patronaux qui s’envolent d’année en année !

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