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par le Dr Raymond Vergès

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Unité syndicale contre la retraite à 64 ans

12 organisations appellent à la mobilisation pour le retrait du projet de loi du gouvernement

mardi 17 janvier 2023, par Manuel Marchal


12 organisations appellent à l’action jeudi 19 janvier. Deux points rassemblent une intersyndicale sans précédent depuis de nombreuses années à La Réunion : l’opposition au recul de l’âge légal de départ à la retraite, et le refus de l’allongement à 43 ans de la durée de cotisation pour bénéficier d’une retraite complète. La CGTR, la FSU, FO, l’UNSA, SOLIDAIRES, la CFDT, le SAIPER-UDAS, la CFTC, la CFE-CGC, la Fédération générale des retraités de la fonction publique, l’UNEF et ATTAC donnent rendez-vous ce 19 janvier au Petit Marché à Saint-Denis pour une grande manifestation unitaire.


12 organisations rassemblées pour une même cause, c’est du jamais vu depuis de nombreuses années. Cette Intersyndicale se compose de la CGTR, la FSU, FO, l’UNSA, SOLIDAIRES, la CFDT, le SAIPER-UDAS, la CFTC, la CFE-CGC, la Fédération générale des retraités de la fonction publique, l’UNEF et ATTAC. Cette Intersyndicale a pour objectif le retrait du projet de loi du gouvernement sur les retraites. Les 12 syndicats refusent les deux piliers du texte : le recul de l’âge minimal légal de départ à la retraite à 64 ans, ainsi que l’allongement à 43 ans dès 2027 de la durée de cotisation pour avoir droit à une retraite pleine dans le régime général. Lors d’une conférence de presse ce 16 janvier, l’Intersyndicale a appelé à la mobilisation la plus large le 19 janvier. Un défilé est prévu dans les rues de Saint-Denis, rendez-vous est donné à 9 heures au Petit-Marché.
Jacques Bhugon, secrétaire général de la CGTR rappelle quelques données. 114251 retraités à La Réunion pour 90633 cotisants. Les retraités ont une pension inférieure au seuil de pauvreté, et seulement un tiers d’entre eux a une carrière complète. Au moment de partir en retraite, « un quart des salariés sont en invalidité, un quart au chômage, un quart au RSA », constate Jean-Paul Paquiry de FO. « Tous les arguments du gouvernement sont faux », le déficit annoncé est dû « aux exonérations de cotisations sociales » que l’État n’a pas compensé contrairement à son engagement à payer à la place des entreprises, indique Jacques Bhugon. Ce sont ces mêmes exonérations qui favorisent des salaires trop bas afin de ne pas dépasser le seuil.

« Réforme idéologique »

« C’est une réforme idéologique », souligne-t-il, « on a trouvé 200 milliards pour la COVID-19, on ne peut pas trouver 17 milliards pour les retraites ? ». Sur ce point, Marie-Helène Dor de la FSU rappelle que 56 milliards d’euros ont été distribués aux actionnaires des sociétés du CAC40, mais c’est aux salariés que l’effort est demandé.
« L’augmentation du temps de travail est inacceptable alors que des alternatives existent », précise Didier Bourse d’ATTAC. Il pose le problème des recettes de l’État et de la Sécurité sociale que le gouvernement ne veut pas améliorer en taxant les superprofits. « On veut faire travailler de plus en plus en payant de moins en moins. De quelle société voulons-nous », indique Pascal Hoareau de Solidaires, qui voit dans cette lutte « un enjeu de société ».

Quel état de santé à 64 ans ?

Gladys Robert du SAIPER UDAS dénonce une « réforme qui amène à travailler jusqu’à 68 ans sans s’intéresser à l’état de santé. Que fait-on des enseignants de plus de 60 ans en maternelle ? ». Marie-Helène Dor relève que le projet du gouvernement va creuser les inégalités entre les cadres et les autres, entre les femmes et les hommes, et rappelle qu’à 65 ans, 23 % des plus pauvres sont déjà décédés contre 3 % des riches.
Monique Rissot, de la Fédération générale des retraités de la fonction publique, ajoute qu’à partir de 50 ans, les travailleurs à La Réunion ont un état de santé moins bon qu’en France. « Comment arriver jusqu’à 64 ans ? »

Les mensonges du gouvernement

La dirigeante de la FSU note un mensonge du gouvernement : il n’y a pas urgence à « sauver les retraites », c’est ce que dit le Conseil d’orientation des retraites (COR).
Les syndicats mettent en garde contre l’annonce « pas un seul retraité en dessous de 1200 euros ». Ceci nécessite une carrière complète, soit 43 années de cotisation, constate Jean-Paul Paquiry. De plus, il faut avoir été employé à temps complet durant cette période, ajoute Joël Dalleau de la CFDT. Cela exclut donc les travailleurs à temps partiel. Avec des telles conditions, comment les jeunes qui font des études pourront-ils partir en retraite avec une carrière complète, interroge-t-il.
« C’est le casse du siècle », estime Patrice Jacotet de la CGE-CGC. « Il n’y a pas de problème de financement, l’espérance de vie n’augmente plus et à partir se 55 ans on est poussé à partir de son travail. Il note également qu’en quelques années, la part des richesses créées par le travail destinée aux salaires est passée de 59,3 % à 54,9 % tandis que la part des actionnaires à triplé passant de 5 % à 15 %. En redistribuant plus équitablement le fruit du travail, les salaires et le nombre d’emplois augmenteront, ce qui accroîtra mécaniquement les recettes finançant le système des retraites.

Les étudiants appelés à se mobiliser

Eric Chavriacouty de l’UNSA dénonce une « réforme injuste, brutale et sans contrepartie patronale ». L’absence de prise en compte des propositions des syndicats a en effet été rappelée. « Beaucoup de propositions ont été faites, aucune n’est retenue », constate Jean-Hugues Hoarau de la CFTC. Par exemple, les congés parentaux ne sont pas pris en compte dans le calcul de la retraite, c’est la même chose pour les aidants familiaux qui décident de suspendre leur activité pour s’occuper d’un proche en situation de dépendance.
La conférence de presse est conclue par l’UNEF. Son représentant, Florent Nassiau, rappelle l’ampleur de la pauvreté chez les étudiants, dont un certain nombre doit aller à la Banque alimentaire pour se nourrir. Les jeunes devront travailler plus tôt, consacrer du temps à des jobs étudiants plutôt qu’à étudier, précise-t-il. Contre le projet de « travailler plus pour vivre moins », l’UNEF appelle tous les étudiants à se mobiliser le 19 janvier.

M.M.


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Messages

  • Au début du 20eme siècle on travaillait plus de 48h par semaine et ceux qui étaient encore vivants à l’âge de 60 ans étaient peu nombreux . Aujourd’hui le progrès technique et scientifique a permis de remplacer les hommes par des machines , et de réduire à 35h le temps de travail obligatoire tandis que l’espérance de vie a augmenté considérablement passant de 50 ans à environ 80 ans actuellement (en moyenne pour les hommes et les femmes ) . Et si cette augmentation de l’espérance de vie continue alors que la croissance démographique est quasiment nulle , notre société comptera bientôt plus de retraités que d’actifs . Mais comme ce sont ceux qui travaillent qui financent les retraites , si nous voulons donner à nos retraités une pension suffisante pour vivre dignement il nous faut trouver d’autres moyens de financer nos caisses de retraite sans passer forcément par l’augmentation obligatoire du temps de travail et de l’âge de la retraite .

    certes, il nous faut sans doute réformer nos régimes de retraite qui sont trop nombreux et trop inégalitaires , mais l’augmentation du temps de travail et de l’âge de la retraite va à l’encontre de l’évolution de la société qui remplace de plus en plus les hommes par des machines et modifie de manière constante les conditions de travail .L’utilisation de machines de plus en plus performantes permet d’augmenter la rentabilité des entreprises et l’épidémie de Covid nous a montré que nous ne sommes pas forcément obligés d’aller à l’usine ou au bureau pour travailler .Mais si ces modifications de l’organisation du travail permettent aux entreprises de continuer de faire des bénéfices fabuleux , ceux ci ne participent pas au financement des retraites .

    L’augmentation de l’espérance de vie exige de nouveaux modes de financement des caisses de retraite , et augmenter pour cela le temps du travail et l’âge de la retraite c’est marcher à reculons. Les progrès techniques doivent d’abord contribuer au bonheur de ceux qui travaillent et au lieu d’augmenter le temps de travail et supporter le coût financier de millions de chômeurs , il vaut mieux réduire le temps de travail et l’âge de la retraite pour permettre à tout le monde de travailler mais augmenter la contributions des entreprises au budget des caisses de retraites , créer une taxe spéciale sur les revenus des capitaux et placements financiers .
    L’augmentation de l’âge de la retraite sera sans doute nécessaire lorsque le temps de travail obligatoire sera ramené à 24H par semaine, car la qualité de vie sera améliorée et les travailleurs pourront rester actifs plis longtemps , mais il est encore trop tôt pour le faire . Ce qui est urgent actuellement c’est de prendre l’argent pour les retraites à ceux qui en gagnent le plus sans forcément travailler beaucoup .

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