SPÉCIAL COUPE DU MONDE

Coupe du Monde de football 2006

9 juin 2006

Témoignages

Ils (ou elles) vous parlent habituellement de développement durable, de luttes sociales ou de mondialisation et des relations Nord/Sud dans le grand chaos actuel. Mais quel regard portent-ils/elles sur le Mundial de football, et quels matchs vont-ils regarder ? Ont-ils une équipe préférée (hors chauvinisme) et jusqu’où pensent-ils voir arriver l’équipe de France dans ce nouveau grand challenge mondial ?
Il y a les pour et les contre. Les contre n’aiment pas moins le football que les autres. Mais, tels des amoureux déçus, ils déplorent ce qui étouffe la beauté ou la noblesse du sport. Il y a aussi les pratiquants occasionnels - comme ceux qui ne vont à la messe que le jour de Pâques.
Et puis il y a les mystiques, ceux et celles qui, comme Paul Vergès, sans rien ignorer des contingences, les relèguent hors catégorie pour admirer l’épure collective laissée par des stratèges de haut vol. Petit aperçu.

Ivan Hoareau, secrétaire général de la CGTR : La France en demi-finale, ce serait déjà très bien
Je ne suis pas un grand supporter, mais, en général, je fais un effort pour la Coupe du Monde. J’essaierai de suivre le maximum de matchs : je n’ai pas de préférence pour une équipe plutôt qu’une autre. J’aimerais que la France fasse un bon score, mais... que le meilleur gagne ! En demi-finale, ce serait déjà vraiment très bien.
Je vais bien sûr regarder Zidane, dont c’est la dernière Coupe du Monde. Sinon, Henry m’impressionne beaucoup et j’ai l’impression qu’il y a un jeune attaquant parmi les nouvelles recrues, Franck Ribéry, qui devrait faire du bon travail.

o Élie Hoarau, secrétaire général du PCR : Trop de dérives
Je ne regarderai pas la Coupe du Monde parce qu’il y a des dérives financières inconcevables, inadmissibles face à la misère du monde ; des dérives de chauvinisme ; et enfin, en Allemagne, des “activités parallèles” qui exaltent et font l’apologie de la prostitution de luxe massive.
Cela aurait pu être une grande manifestation, pour l’échange, l’amitié... Cela aurait pu être aussi, s’il n’y avait pas tant de chauvinisme, une occasion de souder les nations.
Mais les enjeux financiers sont tels que cela aboutit aux effets inverses.

o Simone Biedinger, secrétaire de l’association Trans’port vélo Ville (Port) : J’en profite pour lire !
Je ne vais pas regarder la Coupe du Monde de football. Justement parce que tout incite à la regarder et que, des opérations médiatiques poussées à ce point, je trouve cela agressif. Moi, en tout cas, cela m’agresse.
Et je ne suis surtout pas pour acheter une deuxième télé, pour que chacun suive son programme ! Je préfère me passer de télé et, en général, j’en profite pour lire. J’ai plein de lectures en retard...

o Paul Vergès, président de la Région Réunion : Esprit d’équipe et instantané de l’art

Dans la mesure du possible, selon mon emploi du temps, je regarderai les matchs. Cet événement m’inspire deux remarques. La première est que, dans ce siècle, pour des raisons économiques, le foot est un des sports le plus populaire au monde. Cela aussi représente une certaine forme de mondialisation. Ce n’est pas un hasard si les pays les plus puissants ont des équipes qui participent en tant que vedettes, avec une sélection faite par l’argent. Les sportifs sont “achetés” sur le marché. Mais qu’est-ce qui fait leur valeur ?... Et quelles que soient leurs qualités, il ne sont jamais les principaux bénéficiaires du système. Cela n’enlève rien à la beauté du sport d’équipe, mais tous ces éléments sont évidents : il faut les avoir en tête.
L’autre aspect est qu’il s’agit d’un sport d’équipe, dépassant les capacités individuelles des joueurs... Mais c’est aussi la capacité de conception intellectuelle et artistique susceptible de surgir en un instant.
Si l’on vante tant les capacités du numéro 10 de l’équipe de France, c’est parce qu’en quelques fractions de seconde, le temps de recevoir et de transmettre la balle, il a un regard sur le terrain et il construit un jeu collectif. Alors qu’ils sont tous en mouvement, il fait la transmission en anticipant sur les réactions de l’adversaire, et trouve la faille. Cette construction intellectuelle, qui précède le jeu physique, est la marque d’une “intelligence du jeu”. C’est ce qui vaut que ce spectacle mérite qu’on le regarde, à l’exclusion de tout chauvinisme. On l’a vu en 98 : c’est un des rares moments où l’opinion française communie dans les bienfaits de l’intégration. Mais imaginons qu’on ait expulsé le père de Zidane parce qu’il était sans papier !


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Témoignages - 82e année


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