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Entretien avec Françoise Mbango, championne du triple saut à Athènes
13 septembre 2004

Championne olympique du triple saut à Athènes, la Camerounaise Françoise Mbango, 28 ans, est devenue une icône sur son continent. Elle confie à “Courrier international” sa vision du sport africain.
“Le Courrier international” : Quel sera le retentissement de votre titre olympique du triple saut ?
- Françoise Mbango : Cette médaille prouve que tous les sports sont égaux. Ce n’est pas un tort de prendre au sérieux les disciplines individuelles. La dimension de cette victoire est plus grande que ce qu’on imaginait, y compris moi-même. Je pense que le Cameroun n’avait pas encore pris conscience de la valeur et de l’importance des sports individuels. Ces Jeux olympiques ont démontré cette valeur et cette importance. L’Afrique a un très grand potentiel.
Encore faut-il qu’il reste des athlètes africains ! La tendance est en effet aux changements de nationalité...
- Les athlètes africains changent de nationalité pour améliorer leurs conditions de travail et aussi pour mieux préparer leur après-sport. Aujourd’hui, le sportif de haut niveau est mieux considéré en Europe qu’en Afrique. Mais, si tout le monde part, qui va faire comprendre à notre continent qu’il donne ses trésors aux autres ? La pépinière est pourtant très grande. Donc il faut qu’une ou deux personnes se sacrifient pour cela.
C’est l’une des principales choses qui m’animent dans ce que je fais. L’Afrique part d’Athènes avec peu de médailles, mais, si l’on compte les Africains qui ont obtenu des médailles sous d’autres couleurs, on voit que notre continent n’est pas si mal loti. Personnellement, je n’ai pas eu l’intention de changer de nationalité, même si une rumeur tenace me l’a prêtée.
En restant camerounaise, ne preniez-vous pas un risque quant à la qualité de votre préparation ?
- Mon réflexe a toujours été d’être présent dans mon pays et de m’entraîner parmi les miens. Me voir m’entraîner avec eux, à deux mois des Jeux olympiques, leur a beaucoup fait plaisir. En même temps, ils étaient inquiets car les stages de préparation se passent d’habitude hors des frontières du pays. En Afrique, le problème demeure celui des infrastructures. Si jamais il est résolu, on peut envisager que toute la communauté des sportifs profitera des largesses du climat africain. Ainsi, les compétitions seront plus équilibrées. Et les performances en seront rehaussées.
De toute façon, pour moi, que l’on soit au Cameroun, en France, en Chine, au Mexique ou aux États-Unis, les distances ne changent pas : si je saute 15 mètres 30 [son record personnel, à 20 cm du record du monde], cela fait 15 mètres 30 partout dans le monde. On peut donc travailler partout. Il suffit d’avoir de la confiance en soi et d’utiliser au maximum le peu dont on dispose.
Préserver le sport africain, c’est aussi s’intéresser aux jeunes...
- C’est exact. Forte de ma médaille, je compte d’ailleurs me battre pour trouver une solution afin de regrouper les jeunes dans des stages et aussi de tenter de former leurs formateurs. Je vais également essayer d’obtenir de mon équipementier qu’il soutienne cet effort afin de motiver les enfants, pour qui le matériel sportif est très onéreux. Aujourd’hui, j’ai un nom et j’aimerais que ce nom puisse me permettre d’aider un petit peu ceux qui n’attendent qu’un petit coup de pouce.
Pensez-vous que votre médaille va faire avancer la cause des femmes ?
- Pour moi, il y a égalité entre l’homme et la femme dans le sens du respect mutuel. Il est vrai que, dans certaines parties du monde, dont l’Afrique, les traditions confinent la femme à être "soumise à l’homme". Or le monde évolue. Et même les traditions doivent évoluer. Je pense que la femme devrait davantage s’éduquer, s’informer, se moderniser. J’ai travaillé pour cette médaille et je l’ai offerte à la femme, au monde du sport, au continent africain, au monde entier. On ne peut rien faire sans le regard de l’autre.
Propos recueillis par Télesphore Ngonga Tchatchou (publiés sur le web de "Courrier International").
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