Les sports

Pas de Jeux des îles aux Comores : où est la solidarité ?

3e refus d’attribuer pour la 1ere fois les Jeux aux Comores

Manuel Marchal / 29 juillet 2019

Refuser pour la 3e fois l’organisation des Jeux des îles aux Comores, c’est aller à l’encontre de la raison d’être des Jeux des îles, les valeurs de solidarité et de fraternité. Les Comores restent à ce jour le seul membre fondateur des Jeux à ne les avoir jamais organisés. Faut-il voir derrière cette décision la main de Paris qui sanctionne un pays qui demande la fin de l’administration française à Mayotte, conformément au droit international ? Des Réunionnais seront-ils complices de cette opération et soutiendront-ils la division des peuples de l’océan Indien ?

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Les 10e Jeux des îles de l’océan Indien devaient se tenir cette année aux Comores. Mais l’organisation des jeux a été retirée à nos voisins et attribuée à Maurice. Cela faisait la 2e fois que des jeux devant avoir lieu aux Comores se déroulent dans un autre pays.
Les Comoriens ne se sont pas découragés, ils ont continué à construire les infrastructures et ont de nouveau été candidats à l’organisation des 11e JIOI prévus en 2023.
Le Conseil international des jeux (CIJ) devait se réunir jeudi pour annoncer à quel pays sera remis le drapeau des JIOI au terme de la cérémonie de clôture. Ce jeudi, Nourdine Ben Ahmed, le ministre comorien des Sports, avait fait un état des lieux de l’avancée de la candidature de son pays : « nous avons des stades de football et de la piste d’athlétisme qu’il faut. Les sites devant abriter des sports comme le tennis de table, l’haltérophilie, le judo, le beach-volley, le cyclisme, entre autres, existent déjà. Ce que nous allons défendre devant le CIJ, ce sont surtout les projets de construction du village des jeux, du gymnase et de la piscine olympique, le budget estimatif des jeux et les garanties des partenaires ».

« Le sentiment d’une injustice »

Et d’ajouter que « la position des Comores aux JIOI sera décidée par le peuple comorien. Nous avons le sentiment d’une injustice et de non-respect des principes de la charte des jeux. Si ces jeux sont créés, c’est dans le but de renforcer la solidarité, la fraternité et les valeurs culturelles de nos îles ».
Car l’Union des Comores n’était plus le seul pays à se porter candidat pour organiser la prochaine édition des JIOI. Les Maldives ont fait acte de candidature, ainsi que Madagascar. Vendredi, Maurice, les Seychelles et La Réunion ont voté pour les Maldives. C’est donc là que se dérouleront les prochains jeux, et le drapeau des JIOI sera remis à un membre de la délégation maldivienne.
Cette décision a fait réagir les responsables comoriens : « le CIJ ne nous a pas attribué les jeux de 2023. C’est dommage après tous les travaux que nous avons entrepris pour notre candidature, à l’image du stade de Maluzini », a déclaré samedi à « Al Watwan » le vice-président du Comité national olympique, Ahamed Mohamed Saïd Ali Chahalane. « Nous sommes le seul pays, parmi les îles fondatrices de ces jeux, qui ne les ont jamais accueillis. Pourtant Maurice et La Réunion les ont organisés chacune trois fois, et deux fois pour les Seychelles et Madagascar », a précisé Nourdine Ben Ahmed. C’est la troisième fois que le CIJ rejette une candidature des Comores.

Solidarité et fraternité ?

Ces refus successifs que les Jeux des îles se tiennent aux Comores interrogent. Depuis 2015, les principales infrastructures, notamment le stade, ont été livrées, et ne manquent que le gymnase, la piscine olympique et le village des sportifs. Une des raisons d’être des Jeux des îles, c’est de développer la solidarité entre les participants. Si cette valeur était vraiment respectée, alors il aurait fallu que chaque pays apporte sa pierre pour que l’Union des Comores puisse accueillir pour la première fois les Jeux des îles. Mais ce n’est pas le cas.
Il semble évident que le différend franco-comorien sur l’île de Mayotte a dû peser dans cette décision. En effet, la France reste un important bailleur de fonds chez les pays participants aux Jeux des îles. Lors de la précédente édition à La Réunion, le gouvernement français a voulu politiser les jeux en justifiant le défilé de la délégation mahoraise derrière un drapeau français sous la bannière « France océan Indien ». La Charte des jeux a été piétinée par Paris, qui avait dépêché sur place son ministre des Sports pour soutenir l’opération. Une telle décision ne pouvait qu’entraîner le retrait des Comores de cette édition.

La question de Mayotte

Malgré tout, les Comoriens sont restés membres du Conseil international des jeux et l’édition 2019 leur a été attribuée. Ils sont encore restés dans les JIOI après que le CIJ soit revenu sur sa décision et ait confié à Maurice l’organisation de 2019. Ils ont donc joué le jeu honnêtement. Ce troisième refus est donc une grande injustice. Est-ce le prix que la France fait payer aux Comores parce que les Comores demandent que cesse l’administration française sur l’île de Mayotte, conformément au respect du droit international constamment bafoué par Paris depuis 1975 ?
Le refus d’organiser les prochains Jeux des îles aux Comores porte atteinte aux valeurs de solidarité et de fraternité que doivent justement défendre les Jeux des îles de l’océan Indien. Cette décision contribue à accentuer les divisions au lieu de rapprocher les peuples. Des Réunionnais seront-ils complices de cette opération et soutiendront-ils la division des peuples de l’océan Indien ?

M.M.