Les sports

Une interview de Raymond Lauret

Bilan des 6e Jeux des Jeunes de l’Océan Indien

Témoignages.re / 5 août 2008

... « Pour une justification éclatante de la coopération régionale dans un monde où il n’y a plus de place pour l’action en solitaire » déclare Monsieur Vincent Meriton, nouveau Président Seychellois de la C.J.S.O.I.

Dans son édito d’hier lundi 4 août, notre camarade Lucien Biedinger évoque ce qui, « Au-delà des Jeux », mérite d’être retenu à l’heure du bilan qu’il convient de faire après les 6èmes jeux de la C.J.S.O.I.

« Au-delà de l’aspect compétitif de ces jeux », écrivait alors Lulu, « ce qui compte le plus, c’est le renforcement des liens entre les jeunes et les institutions des pays de la zone ».

Propos classiques inspirés de tout regroupement de jeunes ? Analyse qui se veut volontairement prospective ?

Nous avons posé la question à Raymond Lauret. En sa qualité de Conseiller Régional, ce dernier, en même temps que le Conseiller Général Bruno Mamindy-Pajany, avait été invité par le Directeur Régional de la Jeunesse et des Sports à être à ses côtés sur le banc réservé à la France à une manifestation où les Ministres des Sports des pays de la zone étaient tous présents.


Témoignages : Tu étais à Victoria, aux Seychelles. Partages-tu l’opinion exprimée ici même par notre éditorialiste L.B.?
R. Lauret : J’en avais discuté avec Lulu dès mon retour sur l’île vendredi. C’est vrai : il y a, dans de tels Jeux, un aspect de compétitions qu’il ne faut surtout pas minimiser. Sur le terrain, face à des adversaires, toute équipe entend donner le meilleur d’elle-même et, pourquoi pas, viser la victoire. La pratique raisonnée du sport nous a appris à tous et à chacun qu’il faut savoir saluer ceux face auxquels on a gagné. C’est, je le crois, un sentiment qui est bien ancré dans le comportement de la quasi-totalité des sportifs. Et ces gestes de réconfort, on les a vus à de très nombreuses occasions.

Tu disais que tu avais vécu cela au tennis de table féminin...

- Ecoutez... Imaginons l’ultime match de toute une après-midi de ping-pong féminin entre l’île Maurice et La Réunion.
Sous les yeux de sa coéquipière en double (une jeune fille de 14 ans et de confession musulmane, vêtue selon les règles de sa religion), l’autre mauricienne affronte une réunionnaise. La victoire de l’une ou l’autre va apporter à toute l’équipe la médaille d’or. La partie est équilibrée. Nous sommes à 2 jeux partout d’un tennis de table de haut niveau. Le cinquième set est donc déterminant. Sur son banc, derrière son voile et ses amples vêtements, celle qui ne joue pas passe des sentiments d’espoir à ceux d’une grosse inquiétude. Et quand La Réunionnaise l’emporte, elle s’effondre en larmes.
C’est là qu’a lieu cette seconde magique, faite de grandeur d’âme et de respect de l’autre : notre premier geste, passé le ouf de joie, c’est d’aller consoler notre jeune camarade de Jeux. J’emploie ici la première personne du pluriel parce que dans la démarche de notre jeune compatriote réunionnaise, il y a celle de bien d’autres d’entre nous.
C’est cela la vraie beauté du sport...

C’est toute la grandeur du sport. Lulu évoque aussi la prise de conscience que notre planète a besoin de sa Jeunesse pour être sauvée.

- Régis Bertogli, le D.R.J.S., a bien raison quand il souligne que les compétitions et les médailles remportées ne sont pas l’essentiel de ces Jeux. Et quand le Gouvernement Seychellois invite tous les jeunes à planter un arbre dans la ville de Victoria, c’est tout ce qui s’est dit lors des rencontres que nous avons eues entre responsables de nos îles de Maurice, de Madagascar, de Mayotte, des Seychelles, de La Réunion ainsi que de Djibouti qui s’exprime dans ce qui est, je le crois et je l’espère, le premier acte d’une grande démarche.

C’est-à-dire ?

- J’y viens. Le mardi 29, une importante rencontre de la C.J.S.O.I. s’est tenue dans un Hôtel de Victoria. Par acclamation, le Ministre Seychellois Vincent Mériton a été élu président du Conseil, suite à la fin du mandat que détenait le Ministre Mauricien Sylvio Tang Wah Hing.
Dans son propos, ce dernier avait insisté sur la nécessité pour « notre C.J.S.O.I. de prendre une orientation nouvelle après 20 ans d’excellent travail ». Ces paroles se faisaient l’écho de celles qu’avait peu de temps auparavant tenues Vincent Mériton qui, notant que la C.J.S.O.I. a su donner toutes ses lettres de noblesse à la Solidarité fondée sur l’échange et l’enrichissement mutuel, disait qu’il voyait « là une justification éclatante de la coopération régionale dans un monde où il n’y a plus de place pour l’action en solitaire, où l’union fait la force et l’émergence d’entité régionale constitue un rempart entre la Mondialisation et l’indifférence... ».
Vous ne serez pas surpris que nous avons alors, et pas en une seule occasion, évoqué la nécessité de faire des rencontres de la C.J.S.O.I. des moments de réflexion et d’action pour que chacune et chacun s’emparent des conclusions de la semaine sur la biodiversité et les changements climatiques qui s’est tenue sur notre île.

Vous avez eu des échanges importants avec le Président du Conseil Général de Mayotte.

- M. Attoumani Douchina m’a effectivement entretenu d’une grosse réalité mahoraise : les bouchons de circulation qui peuvent atteindre à certaines heures de la journée, jusqu’à 7 kilomètres. Et sa question est simple : comment faire pour éviter d’avoir demain à devoir obligatoirement doubler - voire tripler - la largeur des voies de circulation ? Sachant que plus il élargira, plus il y aura de voitures et plus il faudra encore élargir et allonger, avec ce que cela veut dire en dépenses publiques ! Sans oublier le poids dans les budgets des familles mahoraises du prix du carburant !
Pour le Président du Conseil Général de Mayotte, seule la jeunesse de son île peut inverser la tendance et préparer les états d’esprit à une révolution salutaire et moderne.

C’est du vélo dont il a été question ?

- M. Attoumani se propose de développer sur trois ou quatre bourgs de Mayotte des expérimentations denses de la bicyclette comme moyen de déplacement des populations. Il nous a effectivement sollicité pour l’aider dans cette démarche.

Cette réflexion est-elle limitée à Mayotte ?

- Il n’est pas impossible que la C.J.S.O.I. en fasse l’axe principal de "l’orientation nouvelle" à laquelle faisait état M. Tang. Mais permettez-moi de ne pas en dire plus.