Di sak na pou di

De« poussière de vie » voici plusieurs milliards d’années à cellule, comment et pourquoi deviendrait-elle dissidente en se transformant en cancer ?

Frédéric Paulus / 16 mai 2018

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Notre approche de « l’énigme cancer » eut comme point de départ la synthèse érudite de l’ouvrage de Christian de Duve « Poussière de vie » (1996). Le biochimiste fut récompensé par le Prix Nobel pour ses travaux sur « l’évolution et l’organisation structurelle et fonctionnelle de la cellule vivante ». Plusieurs périodes caractérisent cette évolution : les âges de la chimie, de l’information, de la Protocellule, des Unicellulaires et Pluricellulaires ; puis la pensée, etc. Avec ces apports nous avons imaginé et suggéré comment l’évolution d’une bactérie - en se transformant en cellule procaryote puis eucaryote après avoir intégré des organites suivant une période d’au moins 1,5 milliard d’années - peut au sein de cette cellule devenue eucaryote avec un noyau et une membrane, se transformer et devenir entropique-cancéreuse. Selon notre hypothèse, dans ce scénario, l’idée de se désolidariser nous semble plausible. Les organites qui constituent la cellule que nous connaissons de nos jours, sélectionnés par l’évolution et la solidarité des différents composants cellulaires, auront été progressivement phagocytés puis intégrés comme des invités qui « s’incrustent » dans la cellule. L’expression est de Christian de Duve. Cette intégration-incrustation aura permis de plus grandes adaptabilité et sélection cellulaires. La solidarité et la division des tâches (des fonctions) des composants (ou organites intra-cellulaires) auront donc été sélectionnées en fonction de conditions qui assurent leur vie. A contrario, lorsque ces conditions s’avèrent non satisfaisantes sur le plan vital, la logique de leur ensemble peut rechercher un fonctionnement différent, considéré comme « anarchique » par rapport à la configuration initiale. Le comportement solidaire des composants serait vécu comme un carcan. Dès lors la solidarité est compromise, un ensemble de cellules « dissidentes » chercheraient une autre logique de fonctionnement, toujours guidé par la survie. En termes biologiques, les caractéristiques endosymbiontes des composants cellulaires perdent leurs fonctions complémentaires au profit d’un comportement similaire à « chacun pour soi ». L’organisme bascule dans la maladie.

Nos analyses viennent d’être confortées avec la publication du N° Hors série de la Revue « Pour la science » (sur l’île à partir du 21/05) intitulé « Cancer – L’arsenal des nouvelles thérapies ». Nous relevons particulièrement l’article « Le cancer selon DARWIN » signé par Frédéric THOMAS et Benjamin ROCHE chercheur au CNRS. Nos intuitions semblent partagées par des chercheurs professionnels issus du CNRS qui auront dû créer un centre de recherche liant les données de l’évolution avec « cette maladie ancestrale que serait le cancer ».
Selon ces auteurs,,,, « Le cancer survient chez la plupart des espèces multicellulaires, des hydres aux baleines. C’est une maladie ancestrale dont l’origine remonte à la naissance des métazoaires, c’est-à-dire les animaux multicellulaires, il y a plus d’un demi-milliard d’années. Là, les cellules constitutives des nouveaux organismes multicellulaires abandonnent leurs propres intérêts reproductifs pour mieux propager leur matériel génétique partagé. L’unité de sélection darwinienne devient alors l’organisme entier, et non plus les cellules individuelles.
Cette transition apporte de nombreux bénéfices, notamment une meilleure efficacité dans le fonctionnement grâce à la division des tâches, une meilleure résistance aux prédateurs, une plus grande capacité de dispersion… La sélection a ainsi favorisé les mutations renforçant la collaboration des cellules pour fabriquer des organismes multicellulaires de plus en plus complexes et performants.
Toutefois, il y eut un prix à payer pour cette innovation, la gestion des problèmes cancéreux. Le cancer se produit lorsque des cellules perdent leur comportement coopératif et rebasculent dans l’égoïsme unicellulaire ancestral. Elles se mettent alors à proliférer à des taux plus élevés que les cellules saines, pillent les ressources locales, envahissent d’autres tissus et deviennent donc malignes. Ainsi, le cancer est avant tout un problème de conflit entre l’intérêt collectif et l’intérêt individuel. Les cellules cancéreuses n’ont plus le sens du bien commun ! », in N° 99, Hors série « Pour la science », in N° 99, Hors série, p. 22. On peut consulter : https://www.pourlascience.fr/sd/medecine/le-cancer-selon-darwin-13169.php
Un nouveau regard pourrait (devrait) se porter individuellement sur le malade dans sa singularité si l’on présuppose que c’est l’environnement proche de la cellule qui génère une réaction cancéreuse que nous qualifions de dissidente.
Du latin dissidere, s’écarter, sans attribuer à la cellule une « âme » (mais peut-être une conscience selon Patrick Tort (2016), sa logique de s’extraire de la physiologie solidaire qui lui aura été assignée par l’évolution aura pris le terme d’endosymbiose. Il a été question précédemment d’un mouvement ancestral inscrit dans le phylum de la cellule d’un fonctionnement qui se suffisait à lui-même qu’on pourrait qualifier « d’égoïste ». Sa dissidence serait un retour à ce fonctionnement « égoiste » codé génétiquement avant qu’émerge le processus endosymbionte. Compte-tenu de l’environnement, la cellule dissidente ne serait plus en possibilité d’assumer sa façon d’être en symbiose avec les autres cellules du tissus où elle est incluse. Chercherait-elle à s’en extraire en faisant dissidence ? On peut se reporter à : Avec le cancer la phylogénèse ancestrale rappelle à l’ontogénèse son bon souvenir. https://www.temoignages.re/chroniques/di-sak-na-pou-di/avec-le-cancer-la-phylogenese-ancestrale-rappelle-a-l-ontogenese-son-bon-souvenir,92784

Sans exclure une incidence génétique ou (et) épigénétique qui se surajouterait, notre démarche clinique consisterait à rechercher les domaines psychologiques et comportementaux qui préexistent comme pouvant mobiliser les forces et l’instinct de vie toujours disponibles ; qui auraient une influence sur le tissu au plus près des cellules « dissidentes ». Par exemple, les cellules souches multipotentes ou les capacités autopoïétiques des cellules peuvent-elles spontanément régénérer des tissus endommagés si l’environnement devient « sollicitant » naturellement ? Cette question a été, semble-t-il testée empiriquement par la Professeure de psychologie Anne Ancelin Schützenberger atteinte d’un cancer dans les années 1980. Voir : Accompagner psychologiquement les malades atteints d’un cancer : de Otto Warburg, Wilhelm Reich, Henri Laborit, Francisco Varela, Boris Cyrulnik à Carl G. Jung…
http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2016/176/CANCER%20ONCORUN.pdf

Anne Ancelin Schützenberger (1919–2018) vient de décéder ce 23 mars 2018 à 98 ans. L’ouvrage qui la fit connaître dans le champ de la cancérologie, qui mériterait à lui seul un nouveau courrier, fut : « Vouloir guérir, l’aide au malade atteint d’un cancer », Erès, 1985.

Frédéric Paulus, directeur scientifique du CEVOI