Di sak na pou di

Le cancer de la betterave, des animaux et des hommes : l’énigme du cancer est-elle levée ?

Frédéric Paulus / 13 avril 2018

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Serions-nous, les trois catégories plantes, animaux et humains, considérés comme « espèces » différentes dans un même « bateau » ? Tous « manifestent », « expriment », « contractent » le cancer. Comme nous allons le voir, ces trois verbes annoncent des différences dans l’interprétation d’une réactivité cancéreuse à un stress produisant une blessure chez certaines plantes à bulbe ou à racine. La blessure constitue une voie d’entrée aux bactéries en générant un environnement favorable au processus de cancérisation. Chez l’humain, on retrouve un environnement cellulaire « biopathique » dirait le psychiatre Wilhelm Reich voilà 70 ans, réagissant, également et à la fois : - à un contexte métabolique particulier décrit par le Dr Laurent Schwartz poursuivant les travaux d’Otto Warburg ; - à une inhibition plus ou moins massive des potentialités actives et créatives de l’organisme inhibé par une carapace musculo-caractérielle générant un certain mal être difficile à être exprimé (symbolisé) verbalement.

Nous soutenons, dans la lignée de Reich, avec des arguments supplémentaires étant donné les cancers des plantes, voir plus bas, que c’est le micro environnement de la cellule qui déclencherait chez elle un sursaut de survie, une sorte de réactivité pouvant être génétiquement codée, qui se traduit par un cancer (puisque c’est ainsi qu’elle aura été appelée). Ce serait le contexte « biopathique » (terme utilisé par Reich) caractérisé par des rétractations physiologiques, d’inhibitions idéiques et comportementales (Henri Laborit) qui déclencherait une réaction de survie des cellules qui abandonnent leur caractéristique symbiotique. Se sentant menacées dans cet environnement délétère qu’Otto Warburg avait partiellement décrit, elles répondraient à un séquençage de leur génome avant qu’elles ne deviennent des cellules eucaryotes.

Pour interpréter (comprendre ?) le comportement de ces cellules, nous avons voulu demander conseil à Jean-Pascal Capp, docteur en cancérologie à l’INSA de Toulouse - dont nous avons présenté les travaux dans de précédents courriers. Il nous aura conseillé de nous reporter à une étude récente (2017 [1]). Pour lui, « ces cellules reprennent en effet des caractéristiques de cellules « ancestrales » et tendent à se soustraire à l’organisation tissulaire », renforçant ainsi nos hypothèses, voir : « Ebauche hypothétique du processus sous-jacent à l’apparition des cancers », réf : https://www.temoignages.re/chroniques/di-sak-na-pou-di/ebauche-hypothetique-du-processus-sous-jacent-a-l-apparition-des-cancers,92765

Pour nous persuader d’être sur la bonne voie, il nous a semblé opportun d’évoquer le souvenir d’une brillante conférence qu’aura donné Etienne Guillé (CNRS) à la Sorbonne avant qu’il ne tourne mal dans une secte supposée sauver le monde. Il y exposait la biologie du cancer des plantes et particulièrement, comme illustration, celle de la betterave sucrière présentant un cancer. La déchirure de la betterave lors d’un binage (d’où un stress) sera confrontée, dans la terre, à nos très arrières cousines, les bactéries, dont la logique existentielle pourrait bien être d’agrémenter leur quotidien avec du sucre de betterave. Nous savons qu’un cm3 de terre abrite un nombre incalculable de bactéries qui déploieront leur caractéristique bactériophage en mobilisant des activités enzymatiques leur permettant d’assimiler les sources nutritives de proximité. Les bactéries seraient friandes de sucre, investissant la betterave par la brèche occasionnée par l’entaille. La logique existentielle de la betterave, quant à elle, consiste-t-elle à devoir alimenter ces anciennes cousines ? Dans notre hypothèse, suite au stress de la déchirure, les betteraves ne pouvant fuir ou se protéger de l’assaut des bactéries développeraient, selon des modalités réactionnelles de préservation de l’intégrité de la betterave, une réponse qui extériorise les caractéristiques du cancer retrouvées chez les plantes (et fleurs à bulbe), les animaux et les humains.

Du fait de leur mise en terre et d’une blessure qui ouvre la porte aux bactéries du sol, comme d’autres plantes (ou fleurs) présentant des cancers, nous envisageons, du fait de cette similarité de réactivité de type cancer suite à un stress (d’origine environnementale), d’élargir une possible manifestation commune caractéristique du vivant de toutes cellules eucaryotes. Cette généralisation serait susceptible de lever l’énigme du cancer.

Désirant compenser notre ignorance sur le thème de la réactivité organique, il nous fallait trouver quelques points de repère fiables. C’est ainsi que nous dûmes consulter l’ouvrage du Professeur Reinhard Brückner de l’Institut de chimie organique de Freibourg : « Mécanismes réactionnels en chimie organique », Ed De Boeck – Université, (1999). Un soudain vertige nous saisit face aux 622 pages de cet ouvrage qui comme par temps de brouillard aurait pu nous faire tituber. De plus, idéalement, il nous fallait consulter des études comparatives de génétique des cellules procaryotes et eucaryotes. Dans nos déductions celles-ci se « réinitialiseraient » (terme moderne issu de l’informatique, pouvant être évocateur, mais sans doute inapproprié) selon une logique procaryote. Face à l’ampleur de la tâche, nous avons jugé qu’il serait plus économique et humble à la fois de solliciter des spécialistes. Et nous avons commencé par consulter Jean-Pascal Capp, (voir également [2]).

L’énigme du cancer est-elle levée ? Selon nos analyses et déductions, le cancer résulterait de la réémergence d’une codification génétique ancestrale remontant à l’épode où la cellule pré-eucaryote était pré-symbiotique. Les cellules confrontées à cette logique « tendraient à se soustraire à l’organisation tissulaire », J-P Capp. Suite à un ou plusieurs stress, les cellules dissidentes devenues « cancéreuses » envahiraient potentiellement un organe suivant des modalités expansives comme nous l’avons suggéré plus haut. En plus du facteur stress, d’autres conditions sont requises : 1) Le processus cancéreux toucherait particulièrement des organismes contraints par un habitus psycho-organique marqué par un rétrécissement physiologique et psychique (deux faces d’une même réalité, Reich). 2) L’organisme est affaibli par un métabolisme caractéristique dans lequel les mitochondries sont asphyxiées (Warburg et Schwartz). 3) Et ce, dans un contexte socioculturel où la fuite et la lutte sont impossibles ou inefficaces (Laborit). Alors surviendrait la maladie.

Frédéric Paulus, Directeur scientifique du CEVOI

[1Kimberly J. Bussey, Luis H. Cisneros, Charles H. Lineweaver and Paul C. W. Davies, « Ancestral gene regulatory networks drive cancer », PNAS June 13, 2017. 114 (24) 6160-6162 ; published ahead of print June 5, 2017. https://doi.org/10.1073/pnas.1706990114

[2Trigos AS, Pearson RB, Papenfuss AT, Goode DL (2017), « Altered interactions between unicellular and multicellular genes drive hallmarks of transformation in a diverse range of solid tumors ». Proc Natl Acad Sci USA 114 : 6406–6411.