Di sak na pou di

Les 1000 premiers jours de la petite enfance

Frédéric Paulus / 11 octobre 2019

En occultant d’être évolutionniste la psychologie clinique se serait fourvoyée

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C’est ce qui arriva également à la médecine, bien que dans une configuration moindre en apparence, tel est le plaidoyer du Docteur Luc Périno dans « Pour une médecine évolutionniste », (2017). Celle-ci aura bénéficié de moyens considérables du fait de l’exploration et de la connaissance aux niveaux moléculaire et physiologique et de l’apport des technologies. Des moyens équivalents auront fait défaut à la science psychologique, qui elle est enseignée en faculté des lettres et sciences humaines, dissociée de la biologie (il va sans dire). Cette dissociation se retrouve, ici ou là, également entre les autres sciences humaines et sociales. Le Professeur en neurobiologie Jean-Pierre Changeux a cependant récemment rendu hommage au sociologue Pierre Bourdieu (1930-2002) d’avoir intégré le fait psychique à la sociologie par le concept hybride transdisciplinaire « d’habitus » qui pour nous revient au psychiatre Wilhelm Reich (1897-1957) et indirectement au médecin et sociologue Norbert Elias, (1897-1990) dans « La dynamique cde l’Occident » (1975).

Pour prendre conscience de ce « fourvoiement » pour la psychologie clinique (qui aura tout de même apporté son lot de connaissances) dissociée du reste du vivant, évoquons un exemple.

Lorsque le bébé ouvre ses yeux, il lui faudra peu de temps pour ressentir et comprendre que dans son entourage certaines personnes peuvent être « rangées » du côté de la sécurité, du réconfort, bref de la vie ; d’autres du côté de la menace, du désordre et de la non vie (peut-être même in utéro). Son équipement sensoriel et neurologique (même immature) lui permet ce type de discrimination. Et, selon une vision darwinienne (évolutionniste), le bébé devrait fuir ce qui lui est nocif ou lutter, renouant avec ses comportements de mammifère, pour préserver sa structure, pour se maintenir en vie en cas de menace. Ne le pouvant, il s’inhibe, allant parfois jusqu’à aimer son agresseur, ou à le détester (agresseur qualifié de « castrateur » par Freud) ; ou à faire preuve de résilience. Ultérieurement, la médecine ou la psychologie clinique auront des difficultés à rattacher de nombreuses pathologies liées à l’inhibition de cette réactivité vitale animale initiale primitivement épigénétiquement soumise et inhibée. Cette vitalité aura muté insidieusement en physiopathologies ou en culpabilité, entrainant névroses, psychoses ou comportements additifs (voir le neuroscientifique et psychiatre Pier Vincenzo Piazza, 2019), et peut-être même en cancer, mettant en échec de nombreux mécanismes de défense.

La thèse de l’attachement deviendrait pertinente à condition, encore, de ne pas occulter le détachement, disposition minimale pour s’individuer.

Auteur d’un essai très remarqué sur l’attachement, John Bowlby reconnait, en 2013, dans les colonnes de la revue « Sciences humaines », que sa théorie lui était venue d’avoir été mal aimé durant son enfance. Voir « Grands Dossiers N° 32 - sept-oct-nov 2013, L’amour, un besoin vital ». Ce sujet mériterait un autre courrier qui ferait percevoir l’attachement dit « œdipien », selon Freud, sous un jour nouveau. Il s’agirait de savoir si cet attachement (normalisé ou pathologisé) résulterait d’un besoin de l’enfant de se protéger de menaces ou d’hostilité et non nécessairement d’une attirance sexuelle du bébé à l’égard d’un parent, la mère. En attendant, on peut se référer à ce lien :
https://www.temoignages.re/chroniques/di-sak-na-pou-di/avec-ses-neurones-miroirs-le-cerveau-discrimine-associe-categorise-des-le-plus-jeune-age,90345

Tout l’édifice théorique, qu’il soit piagétien ou freudien, serait à déconstruire pour ré-envisager le développement de l’enfant dès sa conception en invitant les chercheurs fondamentalistes à devenir quelque peu cliniciens. Voir en attendant les travaux de la Professeure Isabelle Mansuy (Université de médecine de Zurich) qui n’hésite pas à venir à la rencontre du public lors de ses conférences (ainsi à La Réunion début 2019). Voir le lien :
https://www.zinfos974.com/%E2 %80 %8BTravaux-Revolutionnaires-de-la-neuroepigeneticienne-Isabelle-Mansuy_a143336.html

Le neuropsychiatre Boris Cyrulnik a été chargé par des instances à un haut niveau de l’Etat de présider un comité sur « Les 1000 premiers jours de la petite enfance ». Ce comité sera conduit à s’interroger sur la scientificité de ces théories piagétienne, freudienne ou bowlbienne qui ont imprégné nos imaginaires et structuré les institutions autour des enfants et nos perceptions de leurs besoins. De ce vaste chantier tant en recherche fondamentale qu’en recherche appliquée, les parents seront-ils bénéficiaires ?

Frédéric Paulus, CEVOI, La Réunion – Paris



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Messages






  • Un peu compliqué ! Mon ami psychiatre m’a dit "très intéressant, très riche,dommage que ce soit un peu compliqué pour le commun des mortels".
    Une supplique : :"Monsieur l’auteur, pourriez-vous s’il vous plait traduire votre riche texte en un texte à la porté de tout un chacun ?". Merci. Nous saurons combien les 1 000 premiers jours d’un enfant sont importants.
    Je suis même convaincu que les candidates, candidats communistes aux prochaines élections municipales en feront leur programme.
    Imaginons ensemble, Monsieur, ce slogan" Nous candidates, candidats nous nous engageons à faire des 1 000 premiers jours de nos enfants des jours heureux , des jours d’épanouissement, des jours pour une enfance heureuse". Je suis sûr que vous signerez ce slogan comme moi , moi qui suis papa et grand père .
    Pourquoi n’ai-je pas appris AVANT ce que représentent ces 1 000 premiers jours d’un enfant ? "Il n’est jamais trop tard me souffle mon ange gardien, jamais trop tard pour les enfants de ton voisinage". C’est vrai alors je vais être candidat à côté des communistes Réunionnais.Et VIVE les 1000 premiers jours.de l’enfant.
    Promis je ferai des propositions , propositions nées des rencontres avec les Mamans et aussi les Papas. Je reviendrai demain avec leurs propositions.
    A demain .
    Et en attendant si ensemble nous créons la fête des bébés.La fête des "Grand Mère," la fête des" Mère"la fête des" Père" et enfin la fête des BÉBÉS. Chiche !
    Vous lectrice, vous lecteur n’oubliez pas d’embrasser votre enfant.
    A demain si vous voulez bien.!

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