Di sak na pou di

Professeur de neurosciences, de neurologie, de psychologie, de philosophie : Antonio Damasio

Frédéric Paulus / 17 octobre 2018

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Ainsi est présenté le grand Professeur qui aura donné « tord à Descartes », (1994), et « raison à Spinoza », (2003), en dernière page de la jaquette (4e de couverture) de son dernier livre : « L’Ordre étrange des choses. La vie, les sentiments et la fabrique de la culture », éditions Odile Jacob, (la fille de François), 2017. Ce livre a été publié initialement en français. Ceci fait dire à l’éditrice qu’« il bousculera nos habitudes de pensée et nous fait voir sous un jour inédit notre place dans la longue chaîne de la vie ». Damasio cherche à un haut niveau de véracité le fil logique de la vie.

Ce faisant, il rend hommage à Lynn Margulis qui « a défendu l’idée d’une symbiose inhérente à la constitution des organismes complexes ». Derrière cette symbiose coopérante entre tous les constituants du vivant se cache, selon Damasio, « la rigidité de l’impératif homéostatique », p. 84. Il évoque la transition d’un être monocellulaire à la cellule eucaryote qui se retrouve dans les organismes, plantes, animaux et humains ; dont ces composants auront suivi, par émergence, hasard et nécessité le « chemin » de la vie, sans carte ni plan préétablis, pour accomplir les prouesses du vivant.
Lesquelles devraient se poursuivre par la création de cultures favorables à la vie. Il y eut un point de départ, celui de l’alimentation pour nourrir l’assemblage des composants cellulaires, les cellules et organes. L’estomac fut sans doute l’un des premiers organes à émerger, le cerveau un des derniers pour coordonner le tout, le chef d’orchestre garant de l’homéostasie. Et ceci selon un principe de coopération au service de l’ensemble. « Nous avons souvent tendance à traiter le corps avec beaucoup plus de désinvolture, voire de mépris, que nous n’en témoignons à l’auguste et noble esprit. Le corps appartient pourtant à un organisme éminemment complexe composé de cellules coopérantes, elles-mêmes composées de molécules coopératives faites d’atomes coopératifs formés à partir de particules coopératives. », p. 100. Il décrit ainsi le primat du corps sur l’esprit, ce qui est nouveau, vue la tendance dominante des neuroscientifiques d’avoir glorifié le cerveau, de facto au détriment du corps. Ce qui lui fait dire que « l’estomac devrait être considéré comme le premier cerveau ».

Damasio réalise l’exploit de réunir diverses champs du vivant traditionnellement disjoints par des chercheurs isolés dans leur spécialité. Avec le recul on se demande comment ces chercheurs ont pu se satisfaire de croyance(s) qui isolaient le savoir et les connaissances dans des approches aussi réductrices. Et comment l’on pouvait se fier à ces spécialistes qui affirmaient détenir des parcelles de vérité alors que le savoir sur la vie et l’humain est à rassembler selon une logique de décloisonnement, ce que Damasio expose (enfin !) « Sous un jour inédit ». Il nous fait part de son émerveillement face à l’intelligence des bactéries qui sous-tendent la vie et des êtres unicellulaires qui perçoivent et ressentent leur environnement en agissant en conséquence pour s’en protéger en cas de rupture homéostatique. Et ce, toujours selon le principe incoercible de l’homéostasie qui recherche ce qui est bon et fuit ce qui est mauvais ou nocif.

Nous avons cru en une bonne fée que serait la médecine occidentale pour nous protéger des maladies sans notre implication et vigilance. Malgré ses immenses progrès associés aux sciences et aux techniques, la médecine aura induit une dépossession culturelle de nos propres rapports à nous-mêmes et à nos enfants pour leur faire choisir une vie sans trop d’encombre dans un environnement qui inscrit la maladie comme indice du P.I.B. (Produit Intérieur Brut). On comprend dès lors le réquisitoire de François Maugis qui nous fait part de sa méfiance, tout en nuance, dans la médecine occidentale.
https://www.temoignages.re/chroniques/di-sak-na-pou-di/lettre-ouverte-a-la-medecine-occidentale,94133
On peut penser que la réaction de celui-ci puisse entraîner d’autres analyses, témoignages, questionnements, etc. Par exemple pourquoi la recherche médicale ne s’interroge-t-elle pas à propos des « guérisons miraculeuses » qui défient les pronostics pessimistes avancés ? Pourquoi, après avoir dépensé des milliards de milliards de part le monde durant plusieurs décennies, sommes-nous toujours dans le brouillard à propos du cancer ? Faut-il énumérer toutes les pathologies qui demeurent des énigmes avec leurs étiologies non confirmées ?

Nous tentons dans la perspective de création de culture(s) favorable(s) à la vie, très modestement, une confrontation, pour sonder la recevabilité populaire de la définition de la santé : « désir, plaisir, rapport actif à l’environnement, créativité » et ce dès la naissance de l’enfant par la création de réseaux de parents citoyens dont nous reparlerons ultérieurement.

Frédéric Paulus, Directeur du CEVOI