Environnement

L’adaptation aux changements climatiques s’accompagne "d’opportunités économiques"

Adapter pour "planifier et prospérer"

Témoignages.re / 11 septembre 2019

D’après le rapport d’une commission internationale en lien avec le climat, "le monde doit accélérer sa préparation aux conséquences inévitables du changement climatique", une l’adaptation aux modifications climatiques représente des opportunités économiques".

Une zone inondée par le cyclone Idai. (Photo HCR/Zinyange Auntony)

"S’adapter maintenant", plaide l’étude de la "Commission globale sur l’adaptation", créée en 2018 à l’initiative des Pays-Bas. Le pays est touché par les conséquences du changement climatique, car une partie du territoire se trouve en dessous du niveau de la mer. (Voir le site de la commission, en anglais)

"Remettre à plus tard et payer, ou planifier et prospérer"

Cette commission est composée de 20 pays, et est menée par l’ancien secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon, Bill Gates, fondateur de Microsoft et activiste pour le climat, et Kristalina Georgieva, pressentie pour devenir patronne du FMI.

"Nous sommes la dernière génération qui peut changer le cours du changement climatique, et la première qui doit vivre avec ses conséquences", a déclaré Ban Ki-moon lors de la présentation du rapport à Pékin (Chine).

"Remettre à plus tard et payer, ou planifier et prospérer", a résumé l’ex-secrétaire général de l’ONU quant au choix qui s’impose à l’humanité, reprenant le slogan de la commission.

"Les actions pour ralentir le changement climatique sont prometteuses, mais insuffisantes. Nous devons investir dans un effort massif pour nous adapter à des conditions désormais inévitables : hausse des températures, montée des océans, tempêtes plus fortes, pluviométrie plus imprévisible", ont expliqué les rapporteurs.

Un impératif économique

« S’adapter maintenant est dans notre propre intérêt économique », ont écrit les rapporteurs. La Commission a constaté que le taux de rendement global des investissements dans l’amélioration de la résilience est très élevé. D’après l’étude, investir 1800 milliards de dollars dans cinq régions du monde entre 2020 et 2030 pourrait générer des bénéfices nets totaux de 7100 milliards de dollars.

« En d’autres termes, le fait de ne pas saisir les avantages économiques de l’adaptation au climat avec des investissements à rendement élevé compromettrait des milliards de dollars de croissance et de prospérité potentielle », assurent les auteurs.

Les cinq domaines pris en compte pour cette estimation sont les systèmes d’alerte avancés, l’adaptation des infrastructures, les améliorations agricoles, la protection des mangroves, et la protection des ressources en eau.

Ainsi, "une adaptation bien menée peut apporter une meilleure croissance et du développement (...) sauver des vies, protéger la nature et créer des opportunités", avec un "triple dividende" : évite les pertes évitées, permet des retombées économiques (risques réduits, meilleure productivité, innovation) et apporte des bénéfices sociaux et environnementaux.

« De nombreuses actions d’adaptation génèrent des avantages économiques, sociaux et environnementaux supplémentaires non négligeables », écrivent les spécialistes. Ces derniers expliquent que les investissements réalisés ne dépendent pas de l’état futur du climat.

Les dégâts d’un cyclone peuvent rendre une région inhabitable, d’où la nécessité d’émigrer. (Photo : Eoghan Rice - Trócaire / Caritas)

L’adaptation, un enjeu humain

Les populations les plus affectées par les changements climatiques sont les plus pauvres, avertit le texte. Dès lors, sans adaptation la progression des rendements agricoles pourrait chuter de 30% d’ici 2050, affectant principalement les petits fermiers.

Le nombre de personnes manquant d’eau - au moins un mois dans l’année - pourrait passer de 3,6 milliards aujourd’hui à plus de 5 milliards en 2050. De plus, la montée du niveau des eaux coûter 1.000 milliards par an, et plus de 100 millions de personnes plonger sous le seuil de pauvreté dans les pays en développement d’ici 2030.

Concernant l’ouragan Dorian, qui a notamment détruit les Bahamas, Ban Ki-moon a relevé lors d’une conférence téléphonique avec l’agence de presse belge, Belga, que la multiplication de tels phénomènes pouvait donner "un sentiment d’inévitabilité et d’impuissance".

Mais "ce n’est tout simplement pas vrai" et renforcer l’adaptation "fait sens économiquement", Selon lui, l’adaptation peut "sauver des vies, protéger nos communautés (...) et bâtir un avenir meilleur".

"L’adaptation n’est pas une alternative aux efforts redoublés contre le changement climatique, mais un complément essentiel", plaide le rapport, assurant que sans mesures d’adaptation le monde s’expose à "un énorme bilan économique et humain".

"Même si nos ambitions sont atteintes (réchauffement limité à +2°C), ce que nous ne sommes pas en voie de faire, le réchauffement déjà acté va inévitablement avoir des impacts",
a déclaré à l’Agence France Presse Dominic Molloy, un des auteurs du rapport. Le monde a déjà atteint +1°C par rapport à l’ère pré-industrielle qui subit déjà tempêtes, canicules ou sécheresses.