Environnement

Oasis Réunion doute de l’avenir de la canne-énergie

La Chambre d’agriculture persiste à faire de la canne-énergie

Témoignages.re / 23 novembre 2020

A l’annonce de la Chambre d’agriculture de La Réunion de faire de la canne-énergie une perspective pour le secteur de la canne, le collectif Oasis Réunion a estimé que davantage de place doit être accordée aux cultures vivrières.

La canne-énergie est loin d’être une solution pour sauver un secteur en crise, Oasis Réunion est loin d’en être persuadé.

Le 5 novembre dernier, le ministre des Outre-mer, Sébastien Lecornu, et le ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation, Julien Denormandie, ont réuni le premier comité national de transformation agricole des outre-mer.

Ce comité "a pour vocation de mettre en place avec l’ensemble des parties prenantes une nouvelle politique agricole adaptée aux spécificités locales visant à tendre vers l’autonomie alimentaire des territoires ultramarins en 2030, tout en continuant à développer des filières d’exportation innovantes, de haute qualité et tenant compte des évolutions du marché."

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Le Département travaille avec la Chambre d’agriculture pour préparer la prochaine campagne sucrière. (photo d’archives)

Dans le cadre des échanges avec le gouvernement, la chambre d’agriculture de La Réunion souhaite augmenter la part de canne fibre destinée à être brûlées, afin de créer de l’énergie tout en conservant la production de cannes destinées à un usage plus classique.

Or le Collectif Oasis Réunion, qui réunit plus de 100 000 soutiens, veut "la conversion globale et rapide de l’Agriculture conventionnelle réunionnaise à des pratiques plus saines, respectueuses des traditions locales, des savoir-faire, des spécificités des terroirs et de leurs microclimats, de la santé humaine et de l’environnement".

Pour l’organisation, la proposition de la Chambre ne correspond pas aux objectifs de faire de La Réunion "la 1ère oasis agro-bio-socio-écologique de l’Océan Indien", et "le premier département Objectif zéro phyto - 100% bio * et local » de France".

De plus, la canne-énergie ne répond pas aux besoins réels de La Réunion. Oasis Réunion atteste qu’« après une étude sérieuse, nous avons estimé qu’il est nécessaire d’exploiter 50 000 hectares pour nourrir les Réunionnais, note Bernard Astruc, l’un des co-coordonnateurs d’Oasis Réunion. À l’heure actuelle, seules 5 500 hectares sont destinés à des cultures vivrières. Pour la canne, ce sont 23 000 hectares qui sont mobilisés. Dans une logique de sécurité alimentaire, il faudrait qu’une part considérable de ces terres à canne soit réorientée vers d’autres types de cultures ».

Lire aussi  : Canne-énergie : pas de matière première avant 2035 !

Pour l’association, si le gouvernement retient la solution de canne-énergie, il faura augmenter le tonnage de cannes à l’avenir. Interrogé par Le Quotidien, Thomas Metro, membre d’Oasis Réunion, et fondateur de l’association Transition 974 explique que « pour l’instant, nous sommes très dépendants des importations et je pense qu’on a besoin de changer notre système. On a le choix de passer à une agriculture plus raisonnée, solidaire et locale et il faut qu’on s’y engage plus clairement. Ce changement est inévitable, alors il vaut mieux l’accompagner que le subir car c’est notre avenir qui est en jeu et les personnes de ma génération devront subir les conséquences des décisions actuelles ».

D’autant plus que pour Oasis Réunion, si le changement se met en place, les agriculteurs devront être accompagnés, tant d’un point de vue financier que technique. Le but est d’assurer aux agriculteurs qu’ils auront des rendements grâce à l’agriculture biologique est désormais capable d’atteindre.

« C’est un enjeu majeur. Il faut que l’Etat joue son rôle et forme davantage de conseillers techniques en agroécologie. Les agriculteurs ne sont pas tous à l’aise dans ce domaine, alors il faut leur montrer que c’est possible tout en revalorisant financièrement leur métier. Nous devons regarder la réalité en face : la canne énergie n’est qu’un pis-aller ponctuel qui masque les vraies solutions d’avenir », a expliqué au Quotiden de La Réunion, Bernard Astruc, de l’association Oasis Réunion.



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  • Il faudrait aussi étudier la possibilité de faire les deux choses : augmenter la surface agricole utile dédiée aux cultures vivrières et continuer à produire la quantité de canne-énergie utile à notre transition énergétique. La canne est la culture, au monde, la plus rentable à l’hectare et le travail fait à La Réunion sur les différentes variétés peut s’avérer très utile pour sélectionner la ou les variétés les plus intéressantes en terme de production de fibres.
    Dans tous les pays de montagnes, les cultivateurs savent faire des cultures en terrasses. Il existe encore des terres en friche à valoriser, si nous arrêtions (nous ? les autorités plutôt…ceux qui sont aux commandes) de tirer des balles dans les pieds des Réunionnais pour que, surtout, rien ne bouge, rien ne change. Mais les changements, ce serait bien aussi de les organiser en cessant d’opposer les solutions les unes aux autres (canne vs cultures vivrières), les gens les uns contre les autres.
    Le territoire est petit, je sais, mais il est surtout très mal aménagé, avec des "responsables" qui perdent leur temps en palabres et qui n’agissent pas… pas assez, pas assez vite !

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  • Petit complément : Est-ce que M. Bernard Astruc (et Oasis Réunion avec lui) intègre dans sa réflexion la solution des centrales électriques orbitales ? Cela pose très différemment la question des besoins en énergie et aussi celle de l’utilisation des terres.
    Aujourd’hui, les constructeurs de satellites peuvent faire des mini-installations en chaîne (dans l’espace), ne requérant que de petits espaces pour les zones de réception (300-500 m). Finies les mégastructures spatiales des années ’90 qui demandaient 10 km de terrain pour réceptionner les ondes.

    Aujourd’hui, ces centres de réception de l’énergie solaire autoriseraient simultanément une utilisation agricole de terres qui, pour le moment sont inexploitées parce que trop isolées et non raccordées au réseau électrique.
    Pardonnez-moi… mais dans un pays où on se permet de faire une route en mer de 2 à 3 milliards d’€ (si elle est finie un jour !), on peut faire les quelques routes de désenclavement (en tunnel s’il le faut) encore nécessaires et installer des agriculteurs dans des zones encore non valorisées.

    Les Réunionnais ont toujours su être pionniers, au cours de leur Histoire.

    Plutôt que de cultiver la mentalité « Pousse-toi de là que je m’y mette », essayons de voir comment envisager l’avenir avec le même esprit pionnier qu’avaient nos prédécesseurs.

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  • Sucre=diabète, il faut le souligner, pas l’ignorer, et sur l’île de la Réunion, on est pas mal concernant cette maladie. Elle entraîne des problèmes graves, comme des amputations, et oblige à vivre à vie avec, sous contrôle. Entre les sodas, gâteaux, glaces, punchs etc, là aussi, il y a de quoi faire, en terme de prévention-risque que l’on encourt. A croire que le système capitaliste nous encourage à oublier cela mais bien évidemment de ne pas oublier de consommer, consommer pour finalement oublier les anciennes tendances, modes qui se démodent, quitte à saccager la planète comme jamais l’humanité ne l’a fait à ce jour ! Il n’y a qu’à voir les conséquences là sur le climat que cela engendre et ce n’est que le début, la suite, si rien n’est fait sera une catastrophe, tout simplement, voir à ce sujet sur " www.franceinter.fr" l’émission d’hier dimanche, "CO2 mon amour" avec comme invité, Nicolas Hulot qui dénonce, tire la sonnette d’alarme, les décideurs ne pourront ainsi plus dire, c’est trop facile, devenu as been désormais, la fameuse formule :" on ne savait pas", quelle époque, quelle ambition pour demain, ici ? Arthur.

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