Di sak na pou di

Trois « fécondations » pour advenir Humain réhabilitant le vitalisme

Frédéric Paulus / 31 mars 2020

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« Advenir » au lieu de « devenir » qui transmet une idée de progressivité, advenir évoque un saut évolutif. Avec la fin du « tout génétique », Henri Atlan, Jean-Jacques Kupiec, Richard Lewontin, etc., un espace de liberté dans les esprits les stimule en imaginant des processus vitaux entre biologie et environnement. Déjà Claude Bernard (1813-1878) disait : « Il faut donc bien savoir que si l’on décompose l’organisme vivant en isolant ses divers parties, ce n’est que pour la facilité de l’analyse expérimentale et non point pour les concevoir séparément », Introduction à l’analyse de la médecine expérimentales, 1865, cité par Charles T. Wolfe, (1). De nouvelles perceptions dans l’unité corps-esprit voient le jour…
Pour les besoins de l’exposé, ces trois réalités imaginées ne feraient qu’une et même fécondation hybride intégrée dans une vision interactive du vivant organique. Elles conduisent en fin d’exposé, dans la dimension symbolique et imaginaire, à un au-delà entre génétique et environnement en transformation constante darwinienne du corps-psychisme ; à la conquête de l’environnement pour le meilleur comme pour le pire. Le pire justifiera les lois sociales, bien qu’elles puissent s’exercer in-égalitairement selon une logique culturelle et non biologique.
Se faisant, comme nous allons le voir, ces « fécondations », avec notre regard transdisciplinaire du vivant, rencontrent une idée, le « vitalisme », combattue par les biologistes ou occultée ; mais qui réapparaît comme un invité inattendu de dernière heure. La cause de cette occultation est le vivant étudié de façon désincarnée, comme nous le verrons, avec les rêves qui semblent auto-créer des archétypes sous la forme de mandalas. Ou encore le phénomène de crises dites « de possession », (2), fréquentes à La Réunion dans certains milieux culturels, durant lesquelles il faut tenir la personne en crise, considérée possédée par des « esprits », pendant plusieurs heures. Ces manifestations, (ce langage corporel) ont tendance à être dissimulées, dévalorisées par la psychiatrie « moderne » qui suggère une pharmacopée qui inhibe chimiquement ce vitalisme, expression de l’instinct de vie.

1) L’image fécondation reproductive, à la fois réelle, on le voit avec les spermatozoïdes se déplaçant avec leurs flagelles, allant féconder l’ovule ; mais aussi présentationnelle, selon (Francisco Varela), symboliquement. Cette image ne pourra faire l’économie du terme « pulsion », expression adoucie de l’instinct de vie qui cherche à féconder l’ovule et pérenniser la vie. Le vitalisme se perçoit directement avec les nouvelles technologies qui explorent le vivant in vivo. A tous les niveaux du vivant, de la molécule jusqu’aux organites intracellulaires, se retrouverait, liée au vitalisme, une conscience (dont nous n’avons aucune conscience cognitive) qui se mesure, à notre insu, dans le différentiel entre un état et un autre état selon Faustino Cordon (1909-1999).
https://www.zinfos974.com/Les-travaux-du-grand-bio-chimiste-et-evolutionniste-Faustino-Cordon-vont-t-ils-contribuer-a-lever-l-enigme-du-phenomene_a146460.html
Le vivant serait guidé par son instinct de vie à rechercher le vivant, initialement en recherche active de nourriture et secondairement en recherche de plaisir. Ceci nous fait suggérer la question : l’embryon ressent-il s’il est désiré ?, voir :
https://www.temoignages.re/chroniques/di-sak-na-pou-di/l-embryon-ressent-il-s-il-est-desire,91973

2) : La "fécondation" sensualiste, voir John Locke (1632-1704) et Condillac (1714-1780) : La cellule et ensuite l’enfant ressentiraient avant de comprendre. Ce dernier, dès la naissance et même in utéro, discrimine (les plantes également discriminent ce qui leur est favorable) et dès la naissance, scrute qualitativement avec ses yeux (notamment !), la gestuelle et les messages sensoriels, plus généralement, émanant des personnes qui animent son environnement. Il en décrypte les intentions. Elles génèrent des émotions et déclenchent (ou devraient déclencher) des patterns comportementaux de fuite, de lutte ou de demande de reproduction. Noétique, le bébé d’Homme ne pouvant ni fuir ni lutter, il s’inhibe (Henri Laborit, 1915-1995), voir : https://www.temoignages.re/chroniques/di-sak-na-pou-di/la-seule-raison-d-etre-d-un-etre-c-est-d-etre-c-est-de-maintenir-sa-structure-selon-le-professeur-henri-laborit-et-l-enigme-du-cancer,96604
La biologie mimétique dans sa dimension perceptive et sémantique influence l’enfant par effet de miroir avec les personnes de son environnement selon une gestuelle interactive, voir Marcel Jousse (1886-1961) et Edgard Sienaert ; émotionnelle interhumaine, voir Joseph Ledoux et Antonio Damasio. L’accordage des émotions entre le bébé et sa mère, voir Daniel Stern, s’il est sécure, favorise son épanouissement et sollicite épigénétiquement son épigénome pour le meilleur, voir Claudine Junien et Isabelle Mansuy. Voir : https://www.temoignages.re/chroniques/di-sak-na-pou-di/dans-un-contexte-de-joie-de-vivre-le-developpement-de-l-enfant-entraine-son-developpement,92958

3) La « fécondation" qui sollicite l’imaginaire dès l’ouverture des yeux de l’animal bébé d’Homme, voir « L’Institution imaginaire de la société » 1975, de Cornélius Castoriadis (1922-1997). La biologie cognitive « présentationnelle » ou énactive devient représentationnelle et symbolique, voir Carl Gustav Jung (1875-1961) ; et langagière avec ses phases antérieures à l’émergence du langage parlé et articulé, voir Dereck Bickerton (1926-2018), Noam Chomsky (1928) et Steve Pinker. Le sommeil et les rêves qui se mettent au diapason des rythmes nuit et jour n’occupent pas une place à part. Ils réguleraient le cops-psychisme en fonction de son habitus qui pourrait limiter la physiologie en réactivant des patterns comportementaux, notamment ; du fait également de ses complexes épigénétiques et psychologiques et de ses inhibitions comportementales selon des fonctions de désinhibition, de compensation et de transformation actualisant (semble-t-il) des donnés génétiques primitives inscrites au sein du phylum, (ces gènes non codants ?).
https://www.temoignages.re/chroniques/di-sak-na-pou-di/une-vieille-idee-neuve-le-vitalisme-ou-quand-mi-tombe-mi-leve,93705
Dans la sphère de la vie onirique, on relèvera l’observation maintes fois répétée, souvent passée à la trappe, de l’occultation sémiologique des productions imagées - nommées rêves - de « mandalas ». Ces derniers extériorisent des images géométriques interprétées chez les psychologues se réclamant de la psychologie analytique comme des phénomènes de centration et de régulation des composants (ou modules neuronaux) du psychisme. Ces images sont assimilées à des figures archétypiques, voir :
https://www.temoignages.re/chroniques/di-sak-na-pou-di/reforme-de-l-hopital-oui-pour-soigner-le-symptome-ou-le-malade,97518

Et si l’enfant était perçu différemment ? (3)

Le développement de l’enfant a été généralement étudié indépendamment de l’attraction terrestre, cette force gravitationnelle qui nous plaque au sol. Et si l’on transpose par empathie ce que peut ressentir le bébé, celui-ci subit cette force sans que nous en ayons pleinement conscience. C’est le pédiatre Alfred Grenier, en 1983, alors qu’il présentait ses observations lors du deuxième congrès mondial de psychiatrie du nourrisson à Cannes, qui déstabilisa mes perceptions fortement influencées par ma formation de psychologue ; et particulièrement par ce qui nous a été enseigné dans le cadre du développement génétique de l’enfant ; où les théories du psychologue Jean Piaget étaient la référence canonique. On peut se reporter pour se familiariser avec ses travaux à plusieurs vidéos sur YouTube (https://www.youtube.com/watch?v=VwWT08uT1_E). On voit le praticien tenir la tête d’un bébé de quinze jours assis sur ses genoux. Le poids de la tête ainsi réduit, minimisant la force de l’attraction terrestre, la motricité du bébé s’en trouve « libérée ». Celui-ci s’empare alors d’un objet placé devant lui avec élan et précision. Ce geste coordonné visuellement était considéré par Piaget comme possible uniquement vers 4 mois… C’est ainsi que ce pédiatre, en toute humilité, exposa une erreur d’appréciation dans les observations du grand psychologue. Grenier tente toujours de nos jours de convaincre la corporation des psychologues qui se seront référés de manière dogmatique à de telles observations erronées. Le fourvoiement de ces travaux était inévitable, les capacités perceptives du bébé étant influencées par une vision « adultomorphique » indépendamment des influences cosmiques. Or nous savons maintenant que l’intelligence de l’enfant est grandement visuelle (globalement sensorielle) et donc organique, qu’elle s’établit à l’insu du bébé (et de notre propre conscience !). C’est le fruit de la très longue sélection naturelle sur laquelle nous reviendrons ultérieurement, où la physique (des particules et cosmique) devrait trouver toute sa place.
Une autre approche, pour se rendre compte des conséquences de la force liée à l’attraction terrestre, mobilisant le vitalisme intrinsèque de l’organisme fut de constater le changement opéré au niveau de la physiologie des cosmonautes qui séjournèrent plusieurs semaines dans un environnement d’apesanteur par exemple par l’apparition de méga-œsophage lié au fonctionnement exagéré du péristaltisme poussant le bol alimentaire vers l’estomac.
Parfois, encore, ne faut-il pas entrevoir d’autres chemins pour atteindre le même but : renouveler nos regards sur le phénomène cancer. Ce chemin serait le vitalisme dont ferait preuve la cellule cancéreuse en se désolidarisant de l’organe où elle était incluse, générant avec elle d’autres cellules « transfuges », pouvant se solder par une immortalité en boîte de culture ! Ce mouvement pourrait être interprété comme un vitalisme « horizontal », à défaut d’être vertical comme celui des plantes qui propulsent la sève jusqu’aux cimes des arbres. Voir pour un renouvellement de nos représentations « Pour une nouvelle biologie », voir l’ouvrage de Francis Hallé, Eloge de la plante, (1999).
La Professeure de biologie Marie-Christine Maurel se demandait : « SI « on n’interroge plus la vie dans les laboratoires », n’est-ce pas un défaut de pensée plutôt qu’une qualité de méthode ? N’est-ce pas avaliser le fait que le biologiste manipule sans s’en rendre compte différents concepts de vie sans pour autant les comparer et les articuler les uns avec les autres ? », (4). De notre point de vue : La biologie Humaine en laboratoire s’étudie de façon désincarnée, le médecin devra y remédier en intégrant les dimensions subjective et unitaire de l’organisme.

Réf :
1) Charles T. Wolfe, « L’organisme : un concept hybride et polémique », pp 267-286, sous le dir de Jean-Jacques Kupiec, La VIE, et ALORS ?, Belin France, 2013.
2) Paulus Frédéric, « Crise de « possession » ou sursaut chaotique de vie de Robert le Réunionnais, in Regards sur la dissociation adolescente, de Georges Lapassade, Ed. Anthropos, (2000).
3) Frédéric Paulus, Doctorat de troisième cycle de Sociologie. Option : Sociologie clinique. Titre de la thèse : Et si l’enfant était perçu différemment ? "Interactions et médiations Parents-Enfants-Professionnels de l’enfance et société ", l’expérimentation "MAISON DES PARENTS", E.H.E.S.S, le 8/12/84, à Paris.
4) Séminaire de recherche : « Matérialisme, vitalisme et émergence », animé de 2003-2004 par Marie-Christine Maurel, Biologiste, Professeur à l’Université Paris VI et Paul-Antoine Miquel, Philosophe, Maître de Conférences à l’Université Nice Sophia-Antipolis.

Frédéric Paulus, CEVOI (Centre d’Etudes du Vivant de l’Océan Indien)