Notre balance commerciale reste largement déficitaire

7 juillet 2008, par Risham Badroudine

L’INSEE vient de présenter son nouveau bilan économique de La Réunion pour l’année 2007. Les chiffres laissent apparaître un déficit important de notre balance commercial. Depuis la colonisation, le sucre (produit du secteur primaire) reste notre principal produit d’exportation au sein d’une économie aujourd’hui dominée par le secteur tertiaire.
Dans son étude, l’INSEE souligne que le déficit de la balance commerciale réunionnaise se stabilise. En effet, selon l’institut « le déficit commercial de La Réunion se creuse moins rapidement en 2007. Il n’augmente que de 2%, soit 72 millions d’euros (après 236 millions d’euros en 2006). Il se stabilise autour de 3,7 milliards d’euros ».

Nos exportations ne représentent que 6.8% de nos importations

Tout d’abord rappelons que le déficit de la balance commerciale représente la différence entre les importations (achat de La Réunion) et les exportations (vente de La Réunion). Or pour l’année 2007, notre île a importé 15 fois plus qu’elle n’a exporté. Les importations représentent 4 milliards d’euros contre seulement 271 millions d’euros d’exportations. Le taux de couverture (exportation/importation) est de l’ordre de 6.8% soit l’un des plus faibles des départements français.

De plus, dans le total des exportations de La Réunion (271 millions d’euros) sont inclus les ventes de voitures d’occasion, les téléphones mobiles, les engins de travaux publics, le moteur d’un avion destiné à être échangé... Tous ces articles n’ont pas été produits sur notre île et n’ont donc pas été créateurs de valeur ajoutée localement. Le total de ces réexportations représente environ 35 millions d’euros (inclus dans le total des exportations).

Le sucre principal produit d’exportation

Le principal produit d’exportation de l’île reste le sucre pour 102,7 millions d’euros. La production de sucre à La Réunion date de l’époque coloniale. Ce produit est resté depuis cette époque notre principale source d’exportation alors que la structure économique de l’île s’est totalement modifiée avec une tertiarisation de l’économie (84% de la valeur ajoutée).

Evolution de la part du sucre dans le total des exportations


Le sucre reste notre principal produit d’exportation depuis la période coloniale. En 2007, le sucre a représenté 37,9% du total des exportations. Si l’on retire les marchandises réexportées du total des exportations, le sucre représente 43,5% des exportations en 2007.

D’une économie de plantation vers une économie tertiaire

Le début de la grande industrie sucrière à La Réunion date de 1815. Cette année marque un tournant. Après avoir perdu Saint Domingue et l’île de France, la France manque de sucre, d’autant que la production betteravière encouragée par Napoléon au temps du blocus reste insignifiante. En 1815, cinq usines sucrières voient le jour à La Réunion. La colonie connaît une véritable frénésie pour la canne à sucre. Sa culture se développe de façon spectaculaire. On passe de 4.200 hectares cultivés en 1823 à 14.839 en 1837 et 23.442 en 1847. En 1932, la part du sucre dans le total des exportations représente près de 62%. Notre structure économique a évolué à partir de la départementalisation, passant d’une économie dominée par le secteur primaire vers une économie tertiaire. Mais le sucre est resté notre principal produit d’exportation jusqu’à aujourd’hui où il représente plus de 40% du total.

Le début de la grande industrie sucrière à La Réunion date de 1815. Le sucre devient ainsi le principal produit d’exportation jusqu’à aujourd’hui.

La structure économique ne correspond plus à la structure des exportations

Malgré donc le passage d’une économie de plantation vers une économie tertiaire, le sucre est resté notre principal produit d’exportation. D’où le déficit de notre balance commerciale qui s’est creusé avec une explosion de nos importations pour la couverture de nos besoins. La part du secteur tertiaire dans la population active passe de 8% en 1946 à 81,5% en 1982. Notre structure économique (tertiarisation de l’économie) n’est plus en corrélation avec la structure de nos exportations dominées par le secteur primaire (sucre).

Tertiarisation de l’économie (1)

Part dans la population active 1946 1961 1974 1982 2005
Tertiaire 8% 31,2% 65% 81,2% 83,5%
Primaire 53% 38% 23% 17% 1,6%

Notre économie passe d’une économie de plantation vers une économie tertiaire.

La réduction du déficit (par l’autonomie énergétique par exemple) et la diversification des exportations sont des nécessités pour notre île, d’autant plus que les pays voisins (pays de la Commission de l’Océan Indien) n’ont représenté que 1,74% du total de nos échanges en 2007.

Risham Badroudine

(1) La part du secteur secondaire passe de 20% en 1954, à 19,5% en 1982, à 14,7% aujourd’hui (de l’emploi salariés)


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