Culture et identité

“À l’école des gramouns”, une odyssée dans le passé de notre île

Le premier film réunionnais diffusé au cinéma ce mois-ci

Témoignages.re / 6 octobre 2006

Le documentaire “A l’école des gramouns”, premier film réunionnais qui sera diffusé au cinéma ce mois-ci, est le résultat d’une coopération inédite, entre le Rectorat, une réalisatrice, Dominique Barouch, et d’autres partenaires comme Antenne Réunion, Mauréfilms... Et plus de 300 enfants de toute l’île, présents dans et autour du film.

Le documentaire “A l’école des gramouns” avait un autre titre provisoire : “l’Odyssée Réunion”. C’est bien d’une odyssée dont il s’agit. En 90 minutes, le film plonge le spectateur dans le passé de La Réunion, à travers les histoires de gramouns, aux quatre coins de l’île. Pour la réalisatrice Dominique Barouch, qui n’en est pas à son premier film, ce projet démesuré n’aurait pas vu le jour sans la participation des enfants et de leurs enseignants, soit 11 classes primaires, couvrant chaque région de l’île : l’Ouest depuis Saint-Paul, l’Est depuis Saint-André, le Sud depuis le Tampon, les Cirques représentés par Cilaos, et puis une classe de la Plaine-des-Cafres pour le volcan. Pour elle, “L’école des gramouns” est "une opération un peu dingue qui a pris 1 an pour être montée. Plus de 300 enfants de 7 à 12 ans de toute l’île, sauf peut-être Saint-Philippe, sans compter les gramouns, ont participé à ce documentaire. Les enfants se sont approprié le film et ont revécu l’histoire de La Réunion, la grande histoire, celle de l’esclavage, du sucre, du volcan, etc...".
Le film n’aurait pas vu le jour non plus sans d’autres “fous de cinéma”. C’est la première fois qu’un film documentaire est soutenu par un exploitant-distributeur de film, Mauréfilms, qui le diffuse dans son réseau de salles. Et c’est aussi la première fois qu’Antenne Réunion co-produit et que la chaîne s’affirme comme nouveau partenaire du documentaire réunionnais, puisque “A l’école des gramouns” sera diffusé dès 2007 sur l’antenne. Pour Antenne Réunion, "le film réunit les qualités que la chaîne cherche à mettre en avant : combiner un thème rassembleur (l’histoire et le patrimoine de l’île) et un traitement novateur, puisque c’est à travers une équipe de très jeunes cinéastes que le téléspectateur va revivre le passé de La Réunion". À noter aussi la participation de Canal+ Réunion, de Royal Bourbon, Air France, et bien évidemment du Rectorat.
L’idée du film est venue d’une institutrice réunionnaise. Pourquoi, s’est-elle demandé, ne pas capter la mémoire des gramouns grâce à un film ? Le Rectorat a donc réorienté cette institutrice vers Dominique Barouch, réalisatrice du documentaire, qui ensuite a eu l’idée de tourner sur toute La Réunion. En a découlé "une folle rencontre de passionnés fous de cinéma" : réalisatrice, productrice, enfants, instituteurs...
Ni docu-fiction, ni documentaire classique, le film n’a eu recours à aucun acteur. Et malgré "le concours logistique du Rectorat", “L’école des gramouns” ne se définit pas comme un film de commande ou un film scolaire, mais un film d’auteur.

E. P.


Qui est Dominique Barouch ?

Dominique Barouch, c’est la réalisatrice du documentaire. Elle n’en est pas à son premier film, et pourtant, c’est avec émotion qu’elle a présenté ce long-métrage tourné à La Réunion, "ce projet un peu dingue", en présence de marmailles venus de Saint-André.
La réalisatrice a commencé sa carrière au journal “Le Monde” avant de se tourner vers la télévision. En 1992, elle participe à la fondation d’Euronews et elle est responsable de la rubrique Europe. Elle a ensuite été journaliste-réalisatrice sur les chaînes nationales. En 2002, elle a quitté Paris "par amour pour La Réunion et un Réunionnais en particulier". Elle était alors journaliste à la Rédaction de France 2.
On la connaît surtout pour avoir réalisé le documentaire “Requin Business”, diffusé sur Antenne Réunion en 2004, pour lequel elle a reçu le Prix Fédération française de cinéma au Festival mondial de l’image sous-marine d’Antibes et le 3ème Prix catégorie Master au Festival de l’image sous-marine de Strasbourg.


Le CD des Pat’Jaune sort le 23 octobre

Une mention spéciale pour la musique originale du film, composée par les Pat’Jaune. "Non contents de réaliser des compositions originales pour le film, les Pat’Jaune se sont dépassés. “Où aller”, de François Gonthier, explore le maloya, tandis que “Noella” est une évocation nostalgique de Claudine Tarby", souligne Ciné Horizon, producteur du CD. La musique des Pat’Jaune accompagne en effet les enfants dans leurs aventures à travers l’île, de façon drôle et ludique. De leur côté, les Pat’Jaune ont considéré ce film comme "une très belle opportunité". "C’est toujours un plaisir de travailler avec les enfants, estime les Pat’Jaune. L’idée de raconter La Réunion par eux ne pouvait que nous interpeller ! Avoir eu en main une telle responsabilité fut pour nous un honneur et un privilège, nous souhaitons aux autres musiciens de vivre cette expérience très enrichissante : les moments de symbiose du son et de l’image. Les mots ne seront pas assez forts pour remercier Dominique Barouch de nous avoir fait participer à cette aventure et de nous avoir fait partager la splendeur de cet événement".
Ciné Horizon a donc décidé de produire le CD de la musique originale du film. “A l’école des gramouns”, enrichie des titres du répertoire du groupe. Le CD sortira le 23 octobre prochain.


Les enfants pour fil conducteur

Une caméra à la main, les enfants jouent les réalisateurs tout au long du film. Ils interpellent les gramouns avec leurs questions simples et parfois décalées ("est-ce qu’avant, on s’attachait les cheveux pour faire le moringue ?"), apportant, grâce à leur regard d’enfant attentif, interrogateur et émerveillé, une fraîcheur au film. On y aborde l’esclavage, le marronage, les pirates, les mariages à l’ancienne, le déplacement en chaise à porteur, l’arrivée des premiers habitants, tout cela à travers les témoignages et histoires de gramouns. Le plus émouvant dans ce documentaire, c’est ce rapprochement entre générations, sur le mode de la complicité, et le naturel des enfants, qui n’ont pas du tout l’air “pétrifiés” par la caméra.