Le sens des responsabilités
10 juin, parNote de la Rédaction au sujet d’une tribune intitulée « Nommer le privilège zorey pour construire l’égalité à La Réunion »
4 juin 2007

Tous les trois ans, la loi impose au Recteur d’organiser un large débat sur l’établissement du calendrier scolaire pour les trois ans à suivre. Avec une certaine mauvaise grâce, il consent à ce que le calendrier climatique fasse partie des options possibles.
C’est à chaque fois l’occasion pour un certain nombre de "départementalistes" un peu rancis d’agiter le spectre du largage, des "trotskystes autonomistes" (sic !) qui manipuleraient en misouk les organisations syndicales, pour d’autres de proposer un vaste "plan clim" pour protéger les élèves des trop fortes chaleurs ou d’invoquer les risques d’un bac cocotier...
Par contre, parler des réalités simples et concrètes... non. La Réunion reste marquée par le déni d’elle même, le déni de sa réalité géographique, de même d’ailleurs que persiste encore aujourd’hui le déni du créole dans le système éducatif.
Essayons d’aborder ces réalités.
L’année scolaire débute par une période longue de fin août au 18/19 décembre interrompue par un congé intermédiaire début novembre, trop bref pour que les élèves récupèrent vraiment. La plupart des enseignants conscients que c’est la seule période de l’année où ils peuvent travailler efficacement, en font un véritable "marathon pédagogique" où il s’agit d’aller le plus vite possible, d’engranger le maximum de connaissances pour avoir quelque chance de terminer leur programme.
Le second trimestre débute en général mi-novembre et dès la mi-décembre, l’effet de la proximité des fêtes de fin d’année se fait sentir et s’ajoute à la fatigue des élèves, d’où une fin de période marquée par un certain relâchement et une poussée de l’absentéisme. De nombreuses familles désireuses de voyager durant ces fêtes choisissent de partir avant la fin officielle des cours pour échapper aux scandaleux tarifs aériens de période rouge.
La reprise des cours fin janvier se fait dans les pires conditions, température élevée, forte probabilité de perturbations climatiques. Il faut malgré tout prendre le temps de "relancer les élèves", de reprendre le fil interrompu du second trimestre. Les enseignants le font, les enfants se plient bon gré mal gré à ces contingences. Les mois de février et mars sont pénibles particulièrement dans les écoles élémentaires et maternelles souvent en mauvais état et mal isolées. Cahin-caha, l’année se poursuit avec un congé de fin de second trimestre vécu par tous comme une délivrance après un long calvaire.
Le troisième trimestre est régulièrement coupé de ponts qu’il faut "franchir" en relançant la motivation des élèves qui s’éteint peu à peu dans les collèges et les lycées pour aboutir dans le second degré à un quasi-arrêt des cours dès début juin en lycée. Les mois de Juin et juillet ne sont utilisés que pour les examens (Bac, CAP, BEP, Brevet des collèges).
Cette désorganisation généralisée, ce calendrier bâtard, mène pour une grande partie des élèves à une perte au moins égale à trois semaines de cours (soit 10% de l’année).
Nous ne doutons pas qu’il soit néanmoins favorable à toutes les agences de voyages, toutes les compagnies aériennes qui ont ainsi deux périodes de vacances longues à se mettre sous la dent.
Nous ne doutons pas que ce calendrier bâtard permette à certains de sauter la mer, une fois pour aller au ski, une seconde fois pour aller sur la côte d’azur (ou à Malte ?).
Nous ne doutons pas que des politiciens locaux fassent de ce calendrier leur fonds de commerce électoral.
Mais nous ne doutons pas non plus que les 270.000 élèves réunionnais soient les premières victimes de choix imbéciles.
Il n’existe aucune justification pédagogique à ce qui constitue un immense gâchis humain, répété année après année, gâchis qui vient aggraver encore les difficultés liées à la négation de la langue maternelle et à celles liées aux difficultés sociales des familles.
1500 à 2000 partent il est vrai chaque année, suivre leurs études supérieures en France. Avoir "vissé" le passage du Bac sur le calendrier métropolitain leur permet "d’embrayer" sans perte de temps. Pour autant, est-il normal que TOUS les élèves de La Réunion soient contraints au calendrier bâtard pour ces 1500 à 2000 jeunes ? Par ailleurs, rien n’interdit de prévoir pour ces jeunes, dans l’hypothèse d’un bac passé en décembre, des dispositions particulières (classes post bac..) leur permettant d’assurer leurs connaissances. A noter également que les procédures d’inscription universitaire ou dans les CROUS (chambres universitaires ...) se feraient dans de bien meilleures conditions qu’aujourd’hui (moins d’encombrement, délais plus longs...).
Il est incontestable cependant qu’une période de latence de trois ou quatre mois ne peut être évitée. Elle est cependant à mettre en balance avec les pertes subies durant l’ensemble de la scolarité certainement bien plus dommageables.
Un Bac en décembre serait-il un Bac cocotier ? Drôle d’idée. Des sujets de bac sont disponibles nationalement dans toutes les séries, toutes les disciplines et les enseignants de La Réunion ont déjà en charge cet examen.
Le calendrier climatique est une option qui seule, paradoxalement est en accord avec la loi, elle même fondée sur les rythmes biologiques de l’enfant, loi qui considère l’alternance 7/2 (7 semaines de cours, 2 semaines de vacances) comme la meilleure possible.
Le calendrier climatique offre, bien entendu, la possibilité d’éviter une grande partie de la période chaude, mais surtout il permet d’optimiser au mieux la période fraîche et de construire une année scolaire cohérente.
Doit-on généraliser la climatisation ? Outre le fait que c’est vouloir lutter de façon un peu vaine contre la nature, outre l’impact négatif sur la consommation d’énergie et l’environnement, une utilisation massive de climatiseurs présenterait un risque réel de diffusion rapide de virus, de maladies : une salle de classe partagée par des centaines d’élèves s’y relayant n’est pas un bureau abritant quelques personnes stables.
Nous appelons les usagers, les personnels de l’Education à se saisir de ce débat, sans arrière-pensée et commencer à infléchir la situation des élèves dans un sens compatible avec notre réalité réunionnaise.
Il faut en finir avec le calendrier bâtard qui n’est qu’une monstruosité pédagogique.
Philippe Azema
Jacqueline Camatchy
Sébastien Enault
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