Après l’augmentation scélérate des carburants, les consommateurs réunionnais risquent de payer aussi l’augmentation du gaz !

9 décembre 2006

Le net redressement du prix du baril de pétrole à 75,3 dollars n’a pas accru la tension sur les marchés de taux en dépit des répercussions incontestables sur les prix à la production... mais malheureusement, le coût des carburants est exorbitant à la pompe... A La Réunion, le bidon de gaz coûte aujourd’hui aux alentours de 20 euros ; La différence de prix selon les pays de l’Union européenne est variable. Les coûts d’un service de proximité ne sont pas les mêmes selon les pays et sont fonction de la superficie du territoire à couvrir. Ainsi, les bouteilles de gaz commercialisées par exemple en Belgique (qui équivaut en taille à environ 3 départements français), se retrouvent logiquement avec un niveau de prix inférieur au niveau de prix pratiqué en France. Nous savons qu’une situation historique et économique peut amener des États à réguler le prix des bouteilles de gaz. Ainsi, en Espagne, bien que le marché soit détenu par un seul distributeur de gaz, la bouteille est considérée comme un produit de 1ère nécessité et donc maintenue artificiellement par l’État à un prix compétitif. Enfin, en France et contrairement à certains pays, les prix du gaz en bouteille ne sont pas fixés par l’État mais sont libres et recommandés actuellement à 23,50 euros. Alors qu’en Belgique ou en Espagne par exemple, les prix des bouteilles de gaz sont fixés par l’Etat. La Réunion et la France sont sous l’effet de la mondialisation, de l’Europe boréale, de Brest à Wladiwostok, et n’est pas sans raison que Vladimir Poutine avait inscrit la sécurité énergétique comme thème central du G8. Avec le développement de la Chine comme de l’Inde et le décollage de la Russie, la répartition des ressources naturelles figure parmi les préoccupations des dirigeants d’aujourd’hui et de demain.

L’approvisionnement en gaz sera au cœur des décisions que l’Europe politique devra prendre, notamment sous les présidences allemandes, puis françaises, qui interviendront dans les prochains semestres, et qui toucheront de plein fouet La Réunion. Or, on sait bien que le gouvernement russe joue un rôle crucial en ce domaine, principalement par le truchement de Gazprom, premier producteur mondial de gaz, ayant à sa disposition 28% des réserves de la planète. (L’année dernière, Gazprom a extrait 548 milliards de mètres cubes de gaz, assuré 26% des besoins de l’UE et réalisé un chiffre d’affaires de 51,3 milliards de dollars, l’Europe représentant 70% des recettes du consortium.) Mais si nous, Réunionnais, Français et Européens, bénéficions du statut d’acheteurs solvables, nous sommes tributaires des pays de transit, Gazprom acheminant à travers l’Ukraine 90% de ses livraisons européennes, Kiev dispose donc d’une carte essentielle en termes géostratégiques. Il y a tout juste 1 an, tirant les conséquences de la “révolution orange” en Ukraine et se retranchant derrière le “droit du producteur”, Gazprom annonçait son intention de « réviser les tarifs gaziers privilégiés dont le gouvernement de Kiev bénéficiait jusqu’alors ». Le mois suivant, la principale société de gaz ukrainienne, Naftogaz, ripostait en annonçant que, dans ce cas, elle diminuerait les exportations de gaz russe vers l’Europe. Le limogeage par le Président ukrainien Iouchtchenko de son Premier ministre Ioulia Timochenko, l’ardente égérie de la “révolution orange”, n’y changea rien : le 1er janvier dernier, Gazprom interrompait ses livraisons de gaz à l’Ukraine qui se mit alors à prélever pour sa consommation intérieure une partie du gaz destiné aux Européens. Finalement, un accord est intervenu fixant le prix du gaz russe livré à l’Ukraine à 230 dollars les 1.000 mètres cubes - soit au cours mondial -, mais en accordant toutefois à ce pays la possibilité de les payer 95 dollars s’ils étaient mélangés à du gaz d’Asie centrale transitant par la Russie.

L’instabilité politique actuelle de l’Ukraine brouille à nouveau les cartes et fait peser une nouvelle menace sur les approvisionnements de l’Union européenne. Alors que Vladimir Poutine ne cesse de répéter que l’Europe « n’a rien à craindre » (de fait, même pendant la Guerre froide, le gaz russe n’a jamais fait défaut aux Occidentaux), l’Ukraine ne cache pas son intention de tout faire pour réviser les accords liant Kiev et Moscou. Ainsi, la situation politique intérieure du pays, la volonté de Moscou d’obtenir le respect des engagements contractuels et l’accroissement des besoins en saison hivernale risquent de conduire le gouvernement de Kiev à des actes engendrant, comme le déclarait en juin dernier le Président de Gazprom, Alexeï Miller, « une nouvelle et sérieuse crise gazière » - plus sérieuse même que la précédente. Cette nouvelle crise interviendrait alors que l’Europe, faute d’avoir mis concrètement en place une politique commune de l’énergie, notamment nucléaire, serait désarmée. La coopération internationale et les accords à long terme en matière énergétique seront donc inscrits au programme des présidences futures de l’Union. L’augmentation des prix, même non administrés, peut, “à l’insu de notre plein gré” nous être imposés. Les 772.000 Réunionnais, parmi les 62,4 millions de Français, les 360 millions d’Européens sont plus que jamais tributaires de la mise en œuvre d’une politique énergétique à long terme, notamment avec le producteur extérieur le plus proche de nous par la géographie, l’histoire et la culture. Ceci passe par l’accomplissement d’efforts de compréhension entre Russes et Européens. La France aura à proposer et à promouvoir la mise en œuvre de cette politique de l’énergie qui rendra à l’Europe son rôle d’acteur volontaire, indépendant et réaliste dans le concert des nations, y compris au bénéfice des Réunionnais. Du travail en perspective pour nos députés européens !

Noor-Olivier Bassand,
Président de l’ORGECO


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