La concentration de richesses révèle l’ampleur des inégalités dans les anciennes colonies intégrées à la République française comme La Réunion
5 juin, parRapport sur les riches publié par l’Observatoire des inégalités
23 janvier 2007

« Nous sommes une île, nous avons besoin de contacts avec le monde », déclare Fanja Andrianandraina, une des 16 personnes composant le groupe Malagasy Jazz Social Club (MJSC). Un tel vœu a déjà été partiellement exaucé. En effet, le MJSC est le fruit de la rencontre entre Michel Boussat (voir encadré) et Arly Rajaobelina (voir interview) .
Pour ce faire, ces 2 personnes ont monté une association, Agave Production, qui s’est chargée de récupérer 10.000 euros de fonds propres afin de pouvoir enregistrer un album. Ce projet s’est concrétisé en janvier 2005 lorsque les 16 musiciens du MJSC se sont retrouvés pour enregistrer 2 heures et demie de musique. Une telle réunion s’est faite dans le club “Lolly Gray” dans les faubourgs de la capitale malgache.
Au premier abord, il y a l’objet en tant que tel. Le double CD et le DVD “Malagasy Jazz Social Club. Mada in Blue” sont vendus à 40 euros. Si une telle somme n’est pas aisée à débourser, en revanche, le rapport qualité/prix rend une telle dépense beaucoup plus facile. En effet, le DVD est bien réalisé malgré un ou deux problèmes de son ou de cadrage, mais minimes. Quant à la qualité de l’enregistrement, il est bon. Qu’on en juge : 2 CD de 75 minutes chacun avec des morceaux dont plusieurs dépassent allègrement les 7 minutes !
Actuellement, il n’y a que 2 endroits où l’on peut trouver cet article : chez Virgin et Pardon ! A partir de février 2007, Harmonia Mundi, la fameuse maison d’édition, se chargera de le diffuser en Métropole.
Puis, il y a surtout le contenu musical. Là aussi, les amateurs seront ravis. En effet, ils trouveront des compositions qui se rapprochent des grands musiciens de jazz américains. On retrouvera chez Arly Rajaobelina des emprunts de jeu à Keith Jarrett ou encore Oscar Peterson.
Ils auront aussi des interprétations de jazz vernaculaire, selon l’expression de Michel Boussat. Par ces mots, ce dernier signifie ces dynamiques où une culture emprunte à une autre une forme d’expression, ici le jazz, et l’adapte aux spécificités malgaches.
Alors, la troupe de musiciens malgaches est-elle sur les pas de Compay Segundo, le musicien leader de Buena Vista Social Club ? Non, assurément pour ce qui est du type de musique. En revanche, en ce qui concerne la qualité des partitions, on ne peut que souligner la créativité de ces interprètes qui ont souvent plus de 30 ans de pratique derrière eux. La piste 7 du deuxième CD en est un bon exemple : les musiciens l’ont jouée sans rien se dire auparavant. Cela signifie qu’ils ont été en improvisation totale tout au long du morceau !
Le prochain concert du Malagasy Jazz Social Club à La Réunion ? Pas avant août avec 3 dates de prévues, dont une au Séchoir. D’ici là, il reste le coffret...
Michel Boussat, l’homme-orchestre
Michel Boussat est pédopsychiatre et ethnopsychiatre. Il a porté le projet, notamment en lui donnant une possibilité financière. Il a vécu à La Réunion, mais se trouve maintenant en Métropole.
Il a beaucoup travaillé sur le DVD. Le livret qui figure à l’intérieur est très intéressant. Il y a notamment l’histoire suivante :
« Au commencement, Dieu avait créé et mis sur Terre un seul homme et une seule femme. Un jour, il les interrogea et il leur dit :
- Que préférez-vous, la mort de la lune ou la mort du bananier ?
- Seigneur, dirent-ils, nous ne comprenons pas.
- Voulez-vous être comme la lune qui reste invisible tous les mois pendant quelques jours, mais qui réapparaît ensuite, ou préférez-vous être comme un bananier qui meurt après avoir donné ses fruits ?
- Seigneur, expliquez-nous ce que cela signifie, car nous ne comprenons pas encore.
- Eh bien, voici : la lune continue toujours à exister par elle-même bien qu’elle semble mourir tous les mois, puis ressusciter au bout de quelques jours, tandis que le bananier meurt tout à fait ; mais avant de mourir, il donne naissance à plusieurs rejetons qui lui succèdent. Choisissez ce que vous préférez, car il faut que vous vous décidiez pour une chose ou pour l’autre.
Ils réfléchirent un instant, puis ils dirent :
- Koezy, Zanahary, Salut Créateur ! Nous préférons mourir comme le bananier qui laisse après lui des successeurs.
C’est depuis lors, dit-on, que les hommes meurent et qu’ils laissent des enfants pour les remplacer. »
(Dandouau, pp. 95-96, cité dans “Mythes, rites et transes à Madagascar”, de Robert Jaovelo-Dzao, Editions Ambozontany et Karthala, 1996).
La leçon de piano d’Arly Rajaobelina
Dans le livret du coffret, Arly Rajaobelina offre ce passage :
« Moi, j’ai essayé de vivre, de vivoter de la musique. Le jazz m’interpellait beaucoup. C’est-à-dire que j’aime cette forme de liberté. On ne sait pas la note que l’on va jouer, tout dépend de l’émotion, du ressenti, c’est la forme qui est très excitante. On ne sait pas ce qu’on va faire au bout de 32 mesures. C’est comme la vie, on ne sait pas, mais on s’en arrange ».
Une telle citation nous donnait envie d’aller à sa rencontre. C’est ce que nous avons fait en nous rendant à l’Atelier musical de Saint-Denis, où il est professeur de piano.
Quel commentaire faites-vous sur le passage que nous venons de citer ?
- En tant que professeur de musique, je ne veux pas que mes élèves croient que je n’aime pas la musique classique. Simplement, quand je joue de la musique classique, je ne suis jamais les partitions jusqu’au bout. J’improvise toujours avant la fin. L’esprit du jazz m’inspire dans toute la musique que je fais, mais aussi dans la vie courante.
Quel est le motif de ce coffret ?
- Je souhaite transmettre mon savoir. C’est tout le sens de la petite histoire qui se trouve dans le livret et qui raconte le choix entre la mort de la lune et la mort du bananier.
Je désire également que chacun des jeunes invités à venir composer avec moi soit mis en lumière. C’est particulièrement le cas dans ce coffret puisque chaque musicien devait apporter avec lui un morceau de sa composition autour duquel quelques membres du groupe devaient s’efforcer de contribuer.
Enfin, j’ai voulu parler de Madagascar autrement que par le continuel couplet sur la misère. Il y a beaucoup de richesses culturelles dans mon pays et j’ai voulu le mettre en avant.
Comment voyez-vous le jazz malgache ?
- A Madagascar, nous sommes très inventifs. Avec rien, nous faisons beaucoup. Je souhaite dire aussi que, contrairement à ce que l’on croit, la demande de jazz est très forte. Les pauvres sont très intéressés par cette musique. Ils sont tout aussi cultivés que les gens des salons. La culture est dans la rue. Les gens sont à l’écoute.
Avez-vous des maîtres en jazz ?
- Oui, Bud Powell, Oscar Peterson, Keith Jarrett, Michel Petruccianni.
Pouvez-vous nous parler de Rosette, l’autre "Réunionnaise" du Malagasy Jazz Social Club ?
- Elle se trouve à Saint-Pierre, dans le Sud. Je vais composer pour elle, d’ici, aux 3 concerts que nous avons à La Réunion, en août. Comme cela, elle aura des nouveaux morceaux, encore plus appropriés à son style, à sa voix.
Avez-vous des dates en dehors de La Réunion ?
- Oui, nous devons nous produire à Madagascar, notamment pour la compagnie d’avion nationale, un de nos partenaires. Nous avons également Michel Boussat, notre homme-orchestre, sans qui rien de ce projet n’aurait vu le jour, qui nous a prévu des concerts en Métropole et en Espagne. Il est notamment question de faire le festival "off" de Marciac, très réputé des fans de jazz.
Avez-vous des projets futurs ?
- J’aimerais rencontrer des musiciens reggae de La Réunion et ceux qui jouent du maloya. Plutôt des jeunes d’ailleurs, car en tant que professeur, je suis très préoccupé par la jeunesse.
M.D.
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Messages
26 février 2007, 18:02, par Vako Jazz
Bonjour,
Ceci est un message pour Arly Rajaobelina et Michel Boussat. N’ayant pas leur coordonnées, puis-je prier "Témoignage" de leur transmettre ce post ?
Je dois juste dire avant tout que je suis musicien et amateur de jazz malagasy depuis 20 ans au moins.
Tout d’abord je salue l’initiative de ce très beau projet "Malagasy Jazz Social Club" historique pour la culture malagasy. Félicitations à leurs initiateurs.
Avant que le CD/DVD de "Malagasy jazz social Club" ne sorte et ne sois mondialement connu je voudrais simplement réagir au vocable "jazz vernaculaire" qui, selon les organisateurs, qualifie cette musique. Pourquoi ne pas garder tout simplement le nom de "vako jazz" ou "vako jazzy" qui, à mon sens et aux yeux de tous les musiciens de Madagasikara résume bien notre musique ? Voici les raisons de mon appel :
a) "jazz vernaculaire" signifie que c’est du jazz mais "à la sauce locale" ("jazz latsaka fahefany" comme on dit chez nous). Bref :un "ersatz" local de plus pour la grande musique jazz. Le terme risque à terme de devenir péjoratif et rhédibitoire pour cette belle musique.
b) dans les termes "vako jazz", en revanche, le message véhiculé est simple : 1) c’est d’abord du "vakoka" (i.e. un produit de/issu de la culture malagasy) et 2) ce vakoka s’exprime dans les codes du jazz, il est "jazzy".
Je crois que ce deuxième terme/sens est beacoup plus proche de ce que nous voulons montrer et de notre sensibilité à nous tous musiciens malagasy. Le vako jazz n’est qu’une expression musicale de la culture malagasy, comme le sont le le "vako folk" (Mahaleo), "vako rock" (Tselatra), le "vako pop" (Bodo, etc.) et, enfin, last but not least, le "vako-drazana".
Merci encore pour votre initiative à laquelle je souhaite un très bel avenir,
Un amateur de vako jazz
Voir en ligne : Le Malagasy Jazz Social Club sur les traces de leurs aînés du Buena Vista ?