Après les premières rencontres “ciné-philo”

Le cinéma, un outil pour la réflexion

5 octobre 2007

Le Cercle Philosophique Réunionnais, qui a organisé récemment ses premières rencontres “ciné-philo” en partenariat avec l’association Perspectives du Cinéma, a publié un communiqué pour commenter cet événement. Dans ce texte, que l’on peut lire ci-après, il rend également hommage aux œuvres cinématographiques d’Ousmane Sembène.

Le Cercle Philosophique Réunionnais voudrait tirer quelques enseignements des rencontres “ciné-philo” qui se sont déroulées sur deux week-ends, en partenariat avec Perspectives du Cinéma.
Quatre réunions ont eu lieu, une dans chaque micro-région de l’île (dans les médiathèques du Port, de Saint-André, du Tampon et de Sainte-Marie) autour des œuvres cinématographiques d’Ousmane Sembène, décédé en juin dernier à 84 ans, après une vie riche en militantisme et en création artistique.
Ces rencontres “ciné-philo”, animées par l’universitaire franco-sénégalais Thierno Ibrahima Dia, n’ont malheureusement pas bénéficié de la médiatisation qu’elles méritaient, car elles faisaient, en toute simplicité, la promotion à la fois du cinéma africain et des philosophies africaines, tout en rendant hommage à Ousmane Sembène.
Le Cercle Philosophique Réunionnais remercie toutes les institutions et associations, notamment Perspectives du Cinéma, dont la contribution a été très importante, et toutes les personnes qui ont œuvré à la réussite de ces rencontres, même si le public a été trop peu nombreux.

Démocratiser l’information

Depuis sa création, le Cercle Philosophique Réunionnais essaie d’organiser des conférences-débats et d’autres actions publiques pour faire vivre la réflexion philosophique à La Réunion et pour permettre à un maximum de Réunionnais de s’approprier la philosophie comme un outil pour améliorer notre vivre ensemble.
Ces premières rencontres “ciné-philo” ont montré que cette réflexion est possible à travers des œuvres cinématographiques. Le cinéma peut contribuer à démocratiser l’information par sa mise en images pour éduquer et former la population. Les projections de séquences filmiques judicieusement choisies pour ces rencontres ont ainsi permis la mise en valeur du quotidien de simples anonymes africains marqués par des difficultés liées au néo-colonialisme, des années 60 à nos jours.
En témoigne par exemple le premier long-métrage d’Ousmane Sembène intitulé “La Noire de...”, réalisé en 1966 et remportant le Prix Vigo la même année, ou le film “Le Mandat”, réalisé en 1968, qui est une comédie acerbe contre la nouvelle bourgeoisie sénégalaise, apparue avec l’indépendance. Considéré comme l’un des chefs-d’œuvre d’Ousmane Sembène, il a été couronné par le Prix de la Critique Internationale au Festival de Venise.

Festival portois

Le Cercle Philosophique Réunionnais espère pouvoir renouveler ce genre d’action, en souhaitant que l’information soit plus largement diffusée. Il invite le maximum de Réunionnais à participer à l’édition 2007 du Festival international du film d’Afrique et des îles, qui se déroule au Port du 4 au 14 octobre.
Il les invite également à suivre la conférence-débat organisée le jeudi 11 octobre prochain à 17 heures 30 à la Mutualité (bd Doret à Saint-Denis) par l’Université Solidaire du Seniors Club, avec l’historien réunionnais David Huet, sur Sarda Garriga.

Le Cercle Philosophique Réunionnais


« Sembène Ousmane, le cinéaste philosophe »

Thierno Ibrahima Dia est chercheur en arts, enseignant en cinéma aux Universités de Bordeaux 3 (France) et de Dakar (Sénégal), facilitateur d’Africiné (voir www.africine.org, site web de la Fédération Africaine de la Critique Cinématographique). Il nous a fait parvenir ses impressions après avoir animé les rencontres “ciné-philo” à La Réunion. Extraits.

J’ai eu l’insigne honneur et le grand plaisir de découvrir l’Ile de La Réunion ainsi que cette partie de l’Afrique, à l’invitation de l’association Perspectives du Cinéma et du Cercle Philosophique Réunionnais (CPR). Dans le cadre de l’opération “Tous différents, tous égaux” de la Direction Départementale de la Jeunesse et des Sports de La Réunion, j’ai été convié à animer des séminaires ciné-philo de 6 heures organisés dans les 4 micro-régions de l’île.
Il s’agissait de rendre hommage au cinéaste sénégalais Ousmane Sembène par deux axes : les philosophies africaines à travers son œuvre cinématographique (il fut aussi un écrivain réputé) et le regard sans complaisance qu’il posait sur sa société.
Affectueusement surnommé “l’Aîné des Anciens”, Ousmane Sembène (...) est venu au cinéma au moment où le Sénégal (comme la majorité des pays africains) accédait à l’indépendance. (...) Son projet idéologique et artistique était de participer au changement de la personnalité culturelle des Africains (et la perception que le monde a des cultures africaines). C’est pourquoi, il y a la permanence de 3 facteurs dans ses films : l’histoire, la psychologie et la langue (...).
À travers les thèmes et figures présents dans le cinéma de Sembène, se dégagent la richesse et la complexité des philosophies africaines. Le savant sénégalais Cheikh Anta Diop (qui a croisé le chemin du cinéaste en France dans les années 50) permet d’en avoir une approche scientifique (les racines plongent dans l’Égypte antique, où la philosophie grecque est venue s’instruire). Sur le plan des intentions et de l’esthétique, si le cinéma sembénien est marqué par le didactisme, c’est parce que dans les philosophies africaines, l’art (la pensée) doit avoir une fonction sociale (nonobstant l’orientation marxiste du cinéaste sénégalais). Ce qui ne nous éloigne guère du philosophe et médecin Anton Wilhelm Amo (1703 - 1758), pour qui le but de la philosophie doit être « la conservation et le perfectionnement du genre humain ». Amo est Ghanéen ; en plein esclavage européen, il a vécu 30 ans en Europe et mieux : conseiller à la Cour, il a soutenu deux thèses, enseigné dans 3 Universités allemandes (Halle, Wittenberg et Iéna), publié un “Traité sur l’art de philosopher avec simplicité et précision” (1736).
La question fondamentale qui traverse la filmographie de Sembène c’est : “Comment construire ensemble un monde meilleur pour tous ?”. La réponse réside dans l’antienne “Ubuntu” ("je suis parce que tu es", chez les Bantous) : il faut faire son autocritique, donner le meilleur de soi, servir la communauté et non pas se servir de la communauté, sans oublier d’avoir une vision universaliste et humaniste. L’illustration en est faite dans ses films.
Le questionnement de “l’Aîné des Anciens” demeure d’actualité quand le nouveau Président français, Nicolas Sarkozy, parle de « rupture » dans la politique africaine hexagonale et se précipite, une fois élu, chez Oumar Bongo, au pouvoir depuis 1967 (40 ans à la tête des Gabonais, cela ne peut être très démocratique). (...)
Ces séminaires de septembre 2007 sont un prélude au F.F.A.I. (Festival du Film d’Afrique et des Iles) qui se déroule du 4 au 14 octobre 2007 et dont le thème est cette année celui des diasporas.
À l’issue de ce séjour, La Réunion m’offre un visage multiple empreint de douceur et de force.

Thierno Ibrahima Dia


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Messages

  • Merci à vous, Thierno Ibrahima Dia, d’être venu juqu’à nos portes, et en vous lisant, je comprends que j’aurais du faire l’effort de vaincre mes réticences à l’idée d’être coincé assis deux heures durant, pour me déplacer également, et découvrir ce qui vous tient à coeur de nous apporter : Une autre vision du cinéma.

    Un outil de réflexion ? Avec erreur, il m’avait semblé qu’il s’agissait d’un outil d’imagination, cad de libre-cours de la pensée, emportée avec des rêves, des images désirées, des représentations dessinées. Comme une approche du monde, virtuelle et singulière, qui pour exister, a besoin de recueillir l’adhésion du public, de l’entrainer à poursuivre cette démarche d’imaginaire. Mais pour autant, où en est le libre-arbitre de chacun, le filtre de toute réflexion ? N’y a t’il pas dans l’engouement pour les salles obscures, le même phénomêne de foule qui anime le succès de n’importe quel autre loisir ? Ne retrouve t on pas ce même aspect, qui comme au théatre, met en scéne des situations, pour réveiller chez le spectateur des appêtits, pouvant s’apparenter à du voyeurisme, et peut être même, en jouant précisément sur ce goût, effectuer une forme d’éducation par le visuel, avec le pouvoir de l’exemple, incréé principalement à cette fin ? Je ne sais pas.

    Finalement, le succès réel est tout relatif, peut être même plutôt positif, en raison même du peu d’affluence, inversement proportionnelle souvent, nous nous devons de l’admettre, à la qualité : les mouvements de foule précédent souvent l’abrutissement collectif, je crois.

    Le livre, considéré en tant qu’autre exemple de médium, me semble être un vecteur plus pertinent, agissant comme un miroir sur soi, et en isolant le sujet à l’abri de toutes influences extérieures, comme dans un face à face de pensées, il autorise l’exercice de la pensée avec d’autant moins d’illusions, que celle-ci n’est contaminée que par ses propres émotions.

    Mais ceci est peut être une erreur, et je regrette ici de ne pas être allé confronter mon point de vue.

    Ce sera avec plaisir une autre fois : A bientôt j’espère.

    Bien à vous.

    Voir en ligne : Merci à vous


Témoignages - 82e année


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