Retards de livraisons de l’Airbus A380

Des compagnies aériennes demandent des comptes

19 juin 2006

L’annonce mercredi d’une cadence de production à la baisse a déjà d’importantes répercussions.

Airbus a informé mardi ses clients d’un retard des livraisons de 6 à 7 mois de son avion géant A380, à la suite de problèmes liés au système électrique. L’Airbus A380 est un avion capable d’emporter entre 555 et 840 passagers. Il effectue déjà des essais en vol. Le nombre d’appareils livrés en 2007 sera limité à neuf, au lieu des 25 annoncés au départ par Airbus. Cette annonce a eu 2 conséquences pour la société. Tout d’abord, des réactions négatives de la part des compagnies aériennes qui vont connaître des retards de livraison. Elles demandent des compensations. L’autre aspect est la chute brutale du cours de l’action de la maison-mère, EADS : une baisse de 26% et l’évaporation de 5 milliards d’euros du capital boursier en quelques heures.

Demandes de renégociation

Par ailleurs, ces retards devraient concrètement amputer le résultat d’exploitation d’EADS de quelque deux milliards d’euros entre 2007 et 2010. "Ces nouveaux retards sont purement dus à des problèmes de production, non par des problèmes de certification ou de poids", affirme la direction commerciale d’Airbus. La société prévoit désormais de rattraper progressivement ce retard pour "atteindre une cadence de production de quatre avions par mois d’ici la fin de la décennie".
À l’annonce des retards de livraison de l’Airbus A380, la compagnie Malaysia Airlines a annoncé mercredi qu’elle souhaite revoir les clauses de son contrat d’achat de ces 6 géants des airs. "À la lumière de ce développement, Malaysia Airlines et (sa compagnie holding Penerbangan Malaysia Bhd.) revoient les conditions de l’accord d’acquisition afin de décider des prochaines" mesures à prendre, ajoute le communiqué sans plus amples précisions.
Pour sa part, la compagnie Emirate Airlines a également fait savoir mercredi qu’elle allait réexaminer sa commande d’A380. Quant à Singapore Airlines et Qantas Airways, qui ont toutes deux passé d’importantes commandes d’A380, elles étaient de leur côté en pourparlers avec Airbus pour obtenir une éventuelle indemnisation auprès d’EADS. John Leahy, directeur commercial d’Airbus, a confirmé que la société européenne encourait des pénalités commerciales pour les reports enregistrés dans les livraisons, mais il n’a pas souhaité fournir de chiffres. "Nous sommes déçus par l’annonce de nouveaux retards, mais nous allons travailler avec Airbus pour réduire le plus possible les retards et leur impact", a déclaré un porte-parole de Singapore Airlines.

Boeing en profite

La compagnie aérienne, la deuxième mondiale en termes de capitalisation boursière derrière l’américaine Southwest Airlines, compte utiliser l’A380 pour assurer la ligne Londres-Sydney à partir du premier semestre 2007. Pour cette date, elle devait recevoir deux exemplaires de l’A380, elle n’en aura qu’un.
La compagnie singapourienne a en même temps annoncé une commande d’une valeur de 4,52 milliards de dollars à Boeing. Elle porte sur 20 Boeing 787-9, d’une capacité de 250 à 290 passagers, assortie d’une option d’achat portant sur 20 appareils supplémentaires. L’action de Boeing est remontée de 4,62%.


Quand le patron n’a pas confiance en son entreprise...

Le sixième sens du PDG

En marge des retards de livraison de l’Airbus A380, une curieuse affaire est mise au jour. Elle concerne un des deux présidents d’EADS, le groupe auquel appartient la société Airbus.
Selon l’Autorité des marchés boursiers, Noël Forgeard a vendu en mars dernier pour 2,5 millions d’euros d’actions de son entreprise. Par ailleurs, à la même époque, trois des enfants du dirigeant d’EADS auraient vendu 42.666 actions d’EADS chacun entre le 15 et le 17 mars, pour un prix moyen de 32,82 euros l’action. C’est ce qu’affirme “le Nouvel Observateur” sur la foi d’une dépêche AP s’appuyant sur une déclaration faite le 17 mars à l’Autorité des marchés boursiers.
Pour information, à la suite de l’annonce des retards de livraison de l’A380, l’action d’EADS a chuté mercredi à 18,73 euros.
Toutes ces personnes affirment qu’à l’époque, elles n’étaient pas au courant des difficultés de l’avionneur du groupe EADS.
De 32,82 euros à 18,73, il y a un fossé qui peut s’expliquer. Car depuis quelques mois, EADS accumule les mauvaises nouvelles.
Le 12 mai dernier, la Direction du groupe annonçait la fermeture du site de maintenance SOGERMA de Mérignac, employant plus de 1.000 personnes. La mobilisation des salariés a débouché sur le maintien possible de plusieurs centaines d’emplois sur le site. Mais rien n’est encore joué, malgré une pétition de 20.000 signatures pour que l’outil de travail ne soit pas détruit.
Un mois plus tard, Airbus fait part d’un retard de livraison de son géant des airs, avec à la clé des résultats plombés et des clients déçus qui veulent renégocier et obtenir des dédommagements. Résultat : l’action d’EADS perd en quelques heures le quart de sa valeur.
Avant cette cascade de mauvais points, celui qui co-décide de la stratégie du groupe avait déjà vendu ses actions.
On connaît aux êtres humains cinq sens, mais le co-président d’EADS en a sans doute un sixième. Il lui permet de deviner l’avenir. Car en vendant voici 3 mois ses actions, il a évité une perte de plusieurs centaines de milliers d’euros. Il a senti qu’il valait mieux qu’il fasse confiance à autre chose que l’entreprise qu’il dirige pour valoriser son capital. On ne peut alors que saluer ce sens inné de la stratégie. Cela explique sans doute pourquoi des dirigeants préfèrent placer leurs billes ailleurs que dans l’entreprise qu’ils ont la responsabilité de gérer.

Manuel Marchal

Airbus A380

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