Le sens des responsabilités
10 juin, parNote de la Rédaction au sujet d’une tribune intitulée « Nommer le privilège zorey pour construire l’égalité à La Réunion »
13 avril 2006

Installées en France hexagonale depuis plus de 15 ans, nous continuons, comme beaucoup de Réunionnais, à nous intéresser de près à notre île. C’est là que nous avons notre famille, c’est là que sont nos racines... et notre cœur. Comme tous les Réunionnais du dehors, nous suivons l’actualité. Chikungunya, fortes pluies, éboulis sur la route en corniche : la santé (parfois la vie), le quotidien et le moral des Réunionnais n’ont pas été épargnés ces derniers mois. Cela nous inquiète et nous attriste. Et cela au moins autant que la réaction de certains Réunionnais que nous percevons “d’ici”, à travers les journaux et les radios en ligne, les témoignages des amis et de la famille. “Vu d’ici”, nous y percevons rancœur, ressentiment, règlements de compte, manœuvres politiciennes de bas étage (pléonasme ?) : une image finalement bien dévalorisante du sens civique des Réunionnais.
Nous ne sous-estimons pas la gravité de la situation et l’urgence de prendre des mesures tant pour le chikungunya, que pour la route du littoral, mais il nous semble que ce contexte particulièrement difficile invite plutôt à dépasser les oppositions, les rancœurs, pour se réunir. D’aucuns rétorqueront que “c’est facile à dire quand on est à l’extérieur”. Et bien justement, quand on vit à l’extérieur, en particulier en métropole, on sait que s’il est une chose dont les Réunionnais peuvent être fiers, c’est d’avoir su inventer une manière quasi unique de vivre ensemble, en dépassant les différences et cela malgré les épreuves. C’est là notre héritage culturel le plus précieux.
Or, de là où nous sommes, il nous semble qu’aujourd’hui, les énergies (et les interventions politiciennes) se déploient davantage à trouver un ou des bouc(s) émissaires qu’à rechercher ensemble des solutions. Et un bouc émissaire semble désigné : le président de Région, qui a promis de régler le problème de la route en corniche. Il serait sans doute utile de revenir sur la répartition des compétences entre État, Région et Département (les Routes nationales n’étant pas encore en France du champ de compétence de la Région) et sur les critiques émises à l’encontre des projets à long terme de la Région (en cours pour la plupart, et pour lesquels, rappelons-le, la majorité des Réunionnais a voté en 2004).
Nous ne pouvons que constater que “vu d’ici”, le seul responsable politique qui ait une vision prospective (prospective ne signifiant pas la prochaine échéance électorale mais un horizon temporel plus lointain prenant en compte l’évolution du contexte national, européen et international, de la démographie etc...) est bien le président de Région, qui a pu également (n’en déplaise à certains) rassembler des personnes d’horizons différents à travers l’Alliance, et concevoir (avec d’autres) des projets d’envergure pour notre île. Force est de constater qu’“ailleurs”, les propositions se font bien rares et que les attaques nous semblent de bien bas étage. Il semble hélas que ces dernières cristallisent les débats et les questionnements.
La vraie question que doivent se poser ceux qui s’expriment sur les ondes, dans les journaux (et c’est leur droit, nous avons cette chance d’être en démocratie) ne serait-elle pas plutôt celle de la Responsabilité (celle du “nous”). Quel modèle sommes-“nous” en train de transmettre à cette jeunesse ?
Une lettre parue récemment dans le courrier des lecteurs du “JIR” a particulièrement attiré notre attention : celle d’un certain Daniel Cadet qui souhaitait l’émergence d’un projet économique "qui puisse intégrer nos jeunes comme agents de développement d’abord...".
Sans oublier que nous sommes tous responsables de notre avenir et de celui de nos enfants. C’est à ce sujet que nous souhaitons interpeller les élus réunionnais, quels qu’ils soient. Quel projet de société (projet économique mais aussi social et culturel) proposent-ils pour La Réunion ? Quels nouveaux élans souhaitent-ils communiquer aux jeunes en particulier, pour qu’ils soient acteurs du développement de leur île, région européenne dont les relations avec les pays de l’océan Indien sont appelées à se développer dans les années à venir ? Pour qu’ils soient forts et solidaires face aux défis et aux difficultés à venir ? N’est-ce pas aussi pour tout cela qu’ils ont été élus et que le seront ceux qui leurs succéderont ?
Anne et Laurence Rivière
Note de la Rédaction au sujet d’une tribune intitulée « Nommer le privilège zorey pour construire l’égalité à La Réunion »
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