La laïcité, une illusion de la raison ?

15 septembre 2007

De temps en temps, des articles qui paraissent au courrier des lecteurs peuvent laisser l’impression que leurs auteurs visent aussi l’anéantissement du religieux.
Pour ma part, ils restent toujours dignes de respect et d’attention, persuadé de manquer moi-même de compétence et de qualification pour leur offrir une réponse qui se voudrait à la hauteur de leurs convictions inébranlables. Heureux hommes que vous êtes, j’imagine !
J’oserai donc, très brièvement, soumettre ce qui suit à votre bienveillante attention de gentlemans. Néanmoins, à La Réunion, voyez-vous, la grande majorité des gens ne comprennent pas encore les interlocuteurs même à peine agressifs, car, chacun à sa manière, seul ou en dialogue interreligieux, on nourrit la croyance en une vie meilleure qu’il faut mériter corps et âme.
Vous entrevoyez par là que nous ne sommes pas pour autant des illuminés ou des fanatiques en dépit de la ferveur exprimée ici ou là. Il n’y a qu’à lire la presse locale, à l’occasion, pour s’en convaincre, ou mieux, se fondre dans les foules diverses de croyants. Ainsi il est possible de jauger leur sincérité. Permettez ici un renvoi à un exemple pris au hasard (“JIR” 19.05.04 ; p.17). Il s’agit des propos recueillis par Lise Martin intitulés : La Réunion modèle de tolérance. Quelle tolérance vers une laïcité vécue sur le terrain ! Edifiant ! Il y a là de quoi convaincre en vue d’une recherche. Que faut-il en penser ?
Cela étant, dans le domaine des choix, au nom de la liberté républicaine et démocratique (à la française), chacun garde en soi et pour soi un pouvoir discrétionnaire d’appréciation sans chercher à séparer sa conscience, son “âme” de son corps pour un vivre ensemble, citoyens d’une même nation.
Il n’y a pas là matière à nourrir une forme d’obscurantisme pour régir le sens de la vie ou de la mort, les sociétés, la cléricature, etc.
Comme ce ne sont pas des gens à courte vue, des “athées stupides”, des prosélytes ou des terroristes intellectuels qui ont voulu réveiller des endormis, souhaitons que désormais ils nous fassent profiter plus sereinement de l’avance qu’ils estiment avoir sur les croyants. En particulier ici où la majorité silencieuse, encore vivante, ne demande que la réciprocité dans le respect. Qu’ils soient des tropiques, qu’ils viennent de l’occident ou d’ailleurs, les porteurs de lumières retiennent toujours l’intérêt des uns et des autres. L’essentiel n’est-il pas de “semer” ?
La notion de complémentarité dans la gestion d’un authentique rapprochement de la raison et de la foi ne se poserait-elle pas dans l’intérêt supérieur de notre humanité ? Mais, où est ce levain qu’est une morale laïque authentiquement humaniste et capable d’améliorer l’évolution de notre humanité en marche casse-cou ? Où sont les architectes des convergences, les constructeurs de projets ? A défaut, que vive l’utopie, sans donquichottisme, parce que les redresseurs de torts, souvent, n’aident pas à construire et pourraient nous laisser libres vers un autre mal absolu : L’Histoire en regorge !
En résumé, le péril du jour, me semble-t-il, n’est pas dans l’application de la laïcité à la Réunionnaise, mais d’abord dans l’ignorance des peuples, et, par ailleurs, dans l’aplomb des démagogues...
Merci pour un éventuel retour.

Joseph Mondon
(Les Avirons)


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