Déplacements - Transports

Le “Caribou” relie Seattle à La Réunion

Historique

Témoignages.re / 24 mai 2005

Immatriculé F-OMAY - en hommage à Mayotte -, et baptisé “Caribou” (“bienvenue” en mahorais), le nouveau Boeing 777-200 ER d’Air Austral s’est posé hier à La Réunion. Il a rallié Seattle (États-Unis) où se trouve le siège de Boeing et notre île d’une traite, en 19 heures et 14 minutes. Il a ainsi établi le plus long vol, sans escale avec passagers, de l’histoire de l’aviation.

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Possédant le numéro de vol UU 3777, le Boeing 777-200 ER flambant neuf d’Air Austral s’est posé sur la piste de l’aéroport Roland-Garros hier à 15 heures 30. 19 heures et 14 minutes plus tôt à Seattle (Nord-Ouest des États-Unis), il a arraché du sol ses 140 tonnes (le poids de l’avion à vide), ses 137 tonnes de carburant et ses 4 tonnes de charge (43 passagers équipage compris et bagages).

Moment historique

17.079 kilomètres et 10 fuseaux horaires plus tard, il établissait 2 records. Celui du plus long vol sans escale avec passagers et celui de la rotation la plus lointaine en direction de La Réunion. "La Réunion vient de démontrer qu’elle est capable d’aller chercher un avion neuf sur les chaînes de Boeing et de l’amener sur l’île après avoir effectué un vol record et historique. Je suis fier pour La Réunion", commentait Gérard Ethève, président du directoire d’Air Austral. Il est allé chercher l’avion en compagnie d’une quarantaine de ses collaborateurs. Parmi eux les 4 pilotes (2 commandants de bord et 2 copilotes) et les 12 PNC (Personnel navigant commercial - hôtesses et stewards) qui ont acheminé l’avion jusqu’à bon port, mais également des employés non navigants "car il était normal que le personnel soit associé à ce moment historique", commente Gérard Ethève.

De Seattle à "la maison"

C’est la réception par Air Austral de son 3ème B 777-200 qui est à l’origine de l’événement. Comme il est d’usage courant dans le monde du trafic aérien commercial, l’avion a été acheté par ILFC (International leasing and financial company) et loué par cet organisme à la compagnie régionale, laquelle est donc allée le chercher à Seattle, où se trouvent le siège et les usines Boeing, pour l’amener "à la maison".
C’est Michel Courtin, commandant de bord instructeur, qui a été le premier pilote d’Air Austral à se mettre aux commandes du nouvel appareil. Arrivé aux États-Unis le dimanche 15 mai, il a effectué "le vol de réception". Accompagné d’un ingénieur et d’un pilote de Boeing, il a fait décoller l’appareil et a volé 2 heures pour vérifier que tous les systèmes de sécurité sont conformes aux normes et en parfait état de marche. "Selon la procédure habituelle dans ce type d’essai, nous avons testé la réaction de l’appareil face à toutes les pannes possibles. Nous avons coupé les circuits électriques, coupé les moteurs, dépressurisé la cabine, volé à très haute et à très basse altitude, à la limite du décrochage. Tout fonctionnait parfaitement", indique Michel Courtin. Ce n’est qu’après ces tests que le B 777 a été accepté par Air Austral.

Saut de puce

L’avion a ensuite effectué un saut de puce dans les airs entre l’usine Boeing et la piste de Seattle. Le reste a été l’affaire de Jean-Marie Hersen, commandant de bord instructeur, Jean-Christophe Durieux, commandant de bord, Frédéric Fontaine et Alain Bocquin, copilotes tous les deux. Selon la réglementation, le vol durant plus de 10 heures, 2 équipages PNT (Personnel navigant technique) doivent se relayer aux commandes de l’appareil.
Pas de fébrilité particulière chez ces pilotes. "Certes, c’est un vol particulier car il est plus long que nos rotations habituelles et qu’il est sans passagers commerciaux, mais il s’agit avant tout d’un vol normal qui se prépare comme se préparent tous les vols", remarque Jean-Marie Hersen.

Bienvenue

Vérification de la météo, obtention des autorisations de vols, calcul de la meilleure route, tout est fait avec rigueur et compétence. La route la plus courte posant des problèmes politiques en raison du survol de certains pays, c’est une autre route qui a été choisie.
Le B 777 a survolé le Canada, le Groenland, l’Islande, Brest en France avant de reprendre la route normale vers La Réunion. Le tout en étant jamais à plus de 180 minutes d’un terrain susceptible de supporter le poids de l’avion en cas d’atterrissage forcé.
Il n’y a pas eu besoin d’y avoir recours, mais la route choisie a permis d’offrir aux quelques passagers une vision magnifique des glaciers et autres sommets enneigés vus de haut. Souvent à couper le souffle. Les futurs passagers du tout nouveau B 777 ne verront sans doute jamais ces paysages. En tout cas pas à bord d’un avion d’Air Austral. Au même titre que les 2 autres B 777, l’appareil sera affecté à la desserte Réunion-Paris avec une rotation hebdomadaire sur Marseille via les Comores. Bienvenue à bord.

“Témoignages” publiera demain une interview de Gérard Éthève, président du directoire d’Air Austral.


Nicolas Jublot, responsable de produits en vol

Chocolats et couvertures

Les repas, les boissons, les couvertures, les journaux, les fours, les écouteurs, tous les produits qui se trouvent à bord des avions d’Air Austral relèvent du domaine de Nicolas Jublot. Il est en effet chargé de tout ce qui est "intendance" à bord des appareils. "Du chocolat, que l’on met sur les plateaux, à la couverture, en passant par les magazines, les serviettes en papier, les couverts etc, ce sont en tout 400 articles qui sont embarqués pour chaque vol", indique Nicolas Jublot.
Le budget alloué à son poste est conséquent puisqu’il représente environ 6% du budget total de la compagnie. Lorsqu’on lui demande quelle est la principale difficulté de sa fonction, il répond : "satisfaire à la fois tous les passagers, notamment au niveau des repas". Sachant que la compagnie sert 400.000 repas par an (vols long courrier et régionaux confondus), l’affaire relève bien entendu de la mission impossible, mais "nous recevons finalement très peu de plaintes et les gens nous écrivent plutôt pour nous féliciter", souligne-t-il.