Transports aériens

Le développement de La Réunion ne se joue pas en Bourse

21 mai 2008, par Manuel Marchal

On ne peut, rétrospectivement, que frémir à ce qu’il serait advenu du désenclavement de La Réunion si la logique du capitalisme financier l’avait emporté en 2005. Air France était en contact avec un fonds d’investissement pour la vente de 30% d’Air Austral. Ce fonds voulait introduire Air Austral en Bourse.

Dans le dernier palmarès des sociétés de l’océan Indien établi par "L’Echo Austral", c’est toujours Vindémia qui tient le haut du pavé. Avec 823 millions d’euros de chiffres d’affaires, dont 51 millions de bénéfices, cet ancien fleuron du Groupe Bourbon est à la première place.
C’est donc un acteur important de l’économie locale, qui réalise des bénéfices. Et pourtant, il a été cédé progressivement par Bourbon au Groupe Casino par tranches successives.
De la même manière, la flotte de remorqueurs Abeille appartenant depuis une dizaine d’années au Groupe Bourbon, et employant plus de 1.000 personnes, a été vendue l’an passé à une compagnie espagnole. Tandis que plus de 30% de la sucrerie de Tay Vinh a été cédé en Bourse l’an dernier, tout comme 3 hôtels réunionnais, à des investisseurs mauriciens.
Tout cela traduit une orientation de ce groupe : s’adapter au contexte économique mondial pour produire le plus de profits possible. Il se concentre donc sur des secteurs où il peut garantir à ses actionnaires des profits importants. C’est par exemple le cas de l’off-shore pétrolier. Dans un contexte de hausse durable des prix du pétrole et de raréfaction de la ressource, l’avenir est en effet à l’exploitation de nouveaux gisements situés en mer. C’est aussi le cas des fonds d’investissement. Ces derniers sont une branche de l’expression la plus aboutie du capitalisme : le capitalisme financier.
Dans le capitalisme financier, il n’y a pas de risques liés au climat, pas de grèves, peu de salariés, mais une recherche de profits maximum par le jeu des fluctuations de la Bourse.

Deux logiques incompatibles

Le Groupe Bourbon est dans une logique, celle de la mondialisation ultra-libérale, et sa référence, c’est le cours de son action.
Or, cette logique est-elle compatible avec celle du désenclavement de La Réunion, condition du développement durable du pays ?
En 2005, Air France, actionnaire de 30% du capital d’Air Austral, avait projeté de vendre ses parts dans la compagnie aérienne réunionnaise à Bourbon AXA investment fund. Ce fonds d’investissement avait sollicité la société Jaccar, actionnaire du groupe Bourbon, pour l’aider dans cette opération. L’objectif était une introduction en Bourse d’Air Austral.
La conséquence aurait été de lier Air Austral à la logique de la mondialisation ultra-libérale. La mission de la compagnie réunionnaise aurait été avant tout celle d’être un moyen pour des actionnaires de faire des profits en jouant en Bourse. Quid du désenclavement du pays et des investissements nécessaires qu’il demande ? Tout cela serait devenu secondaire si ce projet de cession à un fonds d’investissement s’était réalisé : le cours de l’action aurait primé.
Or, ce qui est secondaire pour le capitalisme financier est la question primordiale pour l’avenir du pays.

S’inscrire dans le durable

Cela implique de ne pas brader un pan stratégique de notre avenir au jeu de la Bourse. Car notre développement ne peut se construire que sur du durable.
A l’origine compagnie régionale, Air Austral s’est peu à peu développée, assurant ensuite la desserte quotidienne de Paris. A court terme, ce sont l’Australie et la Nouvelle-Calédonie qui seront les prochaines étapes avant un nouveau palier dans 5 ans. En 2013, en effet, la compagnie prévoit de lancer l’exploitation en low-cost de deux Airbus A380.
D’une capacité de plus de 850 passagers dans une configuration inédite, le plus grand avion de ligne du monde pourra faire baisser les prix de 30%. Ce développement s’est accompagné de la création à La Réunion de plusieurs centaines d’emplois durables et hautement qualifiés.
Ce plan de longue haleine entre en totale contradiction avec la logique du capitalisme financier, qui est celle du profit le plus rapide et le plus important.
Tout cela explique pourquoi la logique des responsables du développement du pays n’est pas celle du capitalisme financier.

Manuel Marchal


Une autre logique : le capitalisme financier

Les différentes décisions prises au cours de ces dernières années par le Groupe Bourbon visent un objectif : utiliser le contexte de la mondialisation ultra-libérale pour se consolider et augmenter chaque année ses profits, quitte à opérer des réorientations stratégiques importantes.

En décembre 2001, le groupe Casino devenait propriétaire de 33,34% de Vindémia à la suite d’une augmentation de capital. Des options de vente avaient été conclues dans le cadre de cette entrée dans le capital.
La première option est décidée le 18 mai 2005 par le Conseil d’administration du Groupe Bourbon. Et pour 199,6 millions d’euros, Casino acquiert 36,66% de Vindémia, devenant actionnaire majoritaire avec 70% du capital. Aussitôt connue de la Bourse, cette nouvelle est saluée par une hausse du cours de l’action de Groupe Bourbon. Les 17 et 18 mai 2005, elle avait augmenté de 6%. Le 7 juin 2005, le Conseil d’administration du groupe estimait que Bourbon « a désormais achevé sa stratégie de focalisation sur un unique métier : les Services Maritimes », et votait le transfert du siège social à Paris.
Et le 20 juin 2007, un communiqué du Groupe Bourbon annonçait la cession des 30% restant de Vindémia à Casino.
Le 23 avril 2007, Bourbon annonçait la cession progressive de sa sucrerie de Tay Ninh au Vietnam (SBT). SBT a réalisé l’an dernier un bénéfice net de plus de 8 millions d’euros, et 31,6% de son capital ont été introduits en Bourse l’an passé.
En août 2007, le groupe vendait ses 3 hôtels réunionnais à des investisseurs mauriciens.
Le 21 décembre 2007, Bourbon clôturait la vente d’un autre de ses fleurons qu’il détenait depuis 10 ans : les remorqueurs Abeille. La flotte de 66 navires employant plus de 1.000 salariés est cédée à Grupo Boluda Corporación Marítima.
Le bilan 2007 du groupe traduit cette stratégie de concentration sur des secteurs porteurs : 769,7 millions de chiffres d’affaires et 390,8 millions d’euros de bénéfices, soit 155,6% de plus qu’en 2006. Les derniers chiffres dévoilés le 9 mai dernier annoncent une poursuite de cette dynamique : 211,7 millions de chiffres d’affaires, soit une hausse de 34,7% sur 1 an à taux de change constant.
Tout ceci illustre une orientation : la concentration vers des produits qui apportent aux actionnaires de Bourbon le plus de bénéfices possible. Et le plan Horizon 2012 annoncé en février dernier veut maintenir le cap. Il prévoit sur 5 ans une croissance moyenne annuelle du chiffre d’affaires de 17% par an, dont 21% sur le off-shore.

Les atouts de La RéunionMondialisationAirbus A380Air Austral

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