À propos du basculement des eaux

Le M.G.E.R. et Jeunesse 2004 déposent un “Manifeste pour l’eau”

3 mai 2004

Le MGER (Mouvement de la gauche écologiste réunionnaise) et l’association Jeunesse 2004 s’unissent pour dénoncer le gaspillage financier et écologique du chantier du basculement des eaux. La génération actuelle et sa descendance auront à assumer les répercussions économiques, environnementales et sociales de la gestion catastrophique de cet aléa majeur, et ce au détriment de la mission sanitaire et sociale du Conseil général.

Le MGER et Jeunesse 2004, dans leur “Manifeste pour l’eau” adressé au président de la Commission européenne, au ministre de l’Écologie et aux présidents des deux collectivités de La Réunion, dénoncent le laxisme des élus en charge de ce chantier. Ils réclament le droit à l’information et le respect dus aux premières victimes de ce gâchis, à savoir les Réunionnais, ainsi que la mise en place d’un débat public. Ils refusent d’accepter un tel héritage sans réagir et demandent à ce que les auteurs de cette "négligence criminelle" et de cette "dilapidation de l’argent public" se retrouvent face à leurs responsabilités.

"L’information est bâillonnée"

Dans la matinée de vendredi, le MGER et Jeunesse 2004 ont convié la presse à l’entrée du site du chantier du basculement des eaux, au lieu dit Îlet Quinquina. L’accès jusqu’au chantier, à six kilomètres de là, n’est pas autorisé, ce qui a pour effet d’accroître un peu plus l’inquiétude des protagonistes qui dénoncent vivement la désinformation autour de cette catastrophe écologique et financière sans précédent.
Alors que le scandale a éclaté en période électorale, Guy Ratane-Dufour, secrétaire général du MGER, souhaite que l’ampleur de la catastrophe et de ses répercussions sur la population soient connues et débattues par l’ensemble des Réunionnais. Il souligne que, déjà à l’heure des débats électoraux, écologistes et jeunesse réunionnaise ont été injustement mis à l’écart, sous silence médiatique, hormis quelques rares exceptions.
Pour Julie Pontalba et Isabelle Saingainy, de l’association Jeunesse 2004, "l’information est bâillonnée". Elles demandent, de ce fait, que la lumière soit faite sur cette affaire. Elles souhaitent que les rapports d’enquêtes ne soient plus occultés, que les experts qui ont dénoncé cette catastrophe soient de nouveau entendus, qu’une commission d’enquête européenne et qu’un audit de la Cour régionale des comptes soient menés.
Enfin, l’Europe, l’État, le Conseil général, les organisations écologistes et la jeunesse réunionnaise, - "futurs bailleurs de fond de cette catastrophe écologique" -, doivent se réunir afin de trouver ensemble, dans les plus brefs délais, les solutions à ce colossal problème écologique et économique.

Gaspillage sans précédent

Pour solutionner le déficit en eau de la côte Ouest, c’est le transfert des eaux captées dans l’Est vers l’Ouest qui a été retenu parmi la vingtaine de propositions offertes. Ce choix apparaissait alors comme moins coûteux. Déjà, le député européen Thierry Jean-Pierre dénonçait le fait que "ce projet a pompé les fonds réservés aux départements et territoires d’outre-mer".
Le coût initial au début du chantier s’élevait alors à 200 millions d’euros pour arriver à 705 millions d’euros, selon les dernières évaluations faites en 2003. L’Europe risque de ne pas continuer à financer le projet et pire encore de demander le remboursement des frais engagés si le chantier n’arrive pas à son terme. Jean-Luc Poudroux, alors président du Conseil général, suggère de faire un "emprunt exceptionnel" de 250 millions d’euros, sur les fonds propres du Département, pour une durée de 15 à 30 ans.
Avec 400 litres par seconde d’une eau pure et vitale, sur le plan local comme à l’échelle planétaire, qui se déverse dans la mer depuis le 9 octobre 2001 (date d’arrêt du chantier du creusement au tunnelier de la galerie Salazie amont), c’est une catastrophe écologique sans précédent qui affecte notre île. Alors que des milliards de litres d’eau pure ont déjà été déversés à la mer, le MGER constate qu’il nous faut consommer dans le même temps une eau en bouteilles plastiques massivement importée. Gaspillage de notre patrimoine écologique mais aussi gaspillage financier qui constitue "un héritage minable", selon Guy Ratane-Dufour, pour la génération actuelle et celles à venir.

Estéfany


Inquiétudes de Jeunesse 2004

Suite à l’aléa majeur rencontré sur le chantier et qui immobilise la poursuite des travaux, Jeunesse 2004 craint "les sacrifices que le Conseil général entend soutirer à la jeunesse". Va-t-il privilégier l’investissement budgétaire en matière d’aménagement du territoire au détriment du pôle social et donc des jeunes qui en sont les premiers bénéficiaires ?
Qu’en sera-t-il de la prise en compte des besoins en infrastructures scolaires face à une démographie galopante ? Qu’en sera-t-il des aides aux jeunes en difficultés, des aides à l’emploi et à l’insertion professionnelle ?
Combien les consommateurs et les agriculteurs devront-ils payer cette nouvelle eau au vu des investissements colossaux prévus en sus ? "Le renversement des priorités suite à la prise de décisions sans consultation du peuple réunionnais implique un constat inacceptable que la jeunesse refuse de supporter".


Pour un développement durable

MGER et Jeunesse 2004 s’accordent à ne plus vouloir "de cette pratique irresponsable qui bâtit pour le court terme" mais souhaitent, au contraire, que les aspects économiques, sociaux et environnementaux soient définis sur le long terme. Ils adhèrent à un projet qui permette une meilleure distribution de l’eau, mais dans "une perspective de développement durable", logique qui leur semble jusqu’alors écartée.
"Ce concept de durabilité, intégrant le patrimoine naturel, social et culturel du peuple réunionnais doit être plus considéré comme un prêt auprès des générations futures que comme un héritage reçu de nos ancêtres. Il appartient donc, aux générations actuelles d’utiliser, valoriser, protéger, conserver les acquis sociaux de manière à ce que les générations futures puissent jouir de la même liberté d’action et de choix que nous souhaitons nous actuellement".
Guy Ratane-Dufour souligne également que la mobilisation actuelle vise aussi à démontrer aux générations à venir que les Réunionnais d’aujourd’hui ne sont pas rester indifférents aux conséquences pour leur avenir et qu’ils se battent pour défendre leurs acquis.


Visite au Conseil général

Vendredi dernier, après le rendez-vous au lieu dit Îlet Quinquina, la délégation du MGER et de l’association Jeunesse 2004 s’est rendue à la Région puis au Département pour y déposer son “Manifeste de l’eau”. Elle a été reçue par le directeur du Cabinet de la présidente du Département, Jean Maillot, qui lui a précise dès son arrivée qu’aucune réponse sur le fond ne sera donnée.
À la question visant à savoir si la jeunesse sera lésée par les priorités sociales relayées au second plan pour favoriser l’aménagement du territoire, Jean Maillot affirme que non. Selon lui, la collectivité n’a pour l’heure pas dépassé le financement fixé pour le projet, et se doit de le poursuivre, sans quoi l’Europe sollicitera le remboursement des sommes concédées.
De plus,le Conseil général, qui jusqu’alors s’est substitué à certains organismes, doit se recentrer sur ses compétences pour que certains d’entre eux reprennent le relais. Les études sollicitées par l’ex président du Département en décembre 2002, auprès du ministre de l’Équipement, des Transports, du Logement, du Tourisme et de la Mer, sont aujourd’hui terminées et les demandes d’autorisation préfectorale pour la gestion de l’eau obtenues. Le Conseil général n’attendra pas que la poche d’eau se vide mais projette de la récupérer et de la redistribuer.


Selon le Conseil général

La Commission européenne souhaite la poursuite des travaux

Le Département a envoyé vendredi à la presse le communiqué suivant : "Une délégation du Mouvement de la Gauche Écologiste Réunionnaise(MGER) et de l’Association Jeunesse 2004 a été reçue ce vendredi à l’hôtel du Département, où elle a souhaité remettre à Mme Nassimah Dindar, présidente du Conseil général, un “manifeste sur l’eau”, faisant part de son inquiétude et ses attentes.
Concernant le point relatif à la venue d’eau rencontrée lors du creusement de la galerie amont de la rivière des Pluies, il leur a été précisé que le captage de la totalité des 400 litres par seconde concernés fait actuellement l’objet d’études, prenant en compte la dimension environnementale, en vue de leur récupération. Ainsi, environ 1500 ha des antennes 3, 6 et 8 pourront être irrigués d’ici 2006.
Concernant la poursuite des travaux du chantier, la présidente du Conseil général, qui a assisté [la veille] à la réunion du Comité national de suivi (CNS) des fonds européens, se félicite de l’annonce du rapporteur géographique de la direction générale de la politique régionale pour La Réunion, qui a rappelé que la Commission européenne souhaite que le Département poursuive les travaux en cours, compte tenu de l’intérêt de ce “grand projet” pour La Réunion et notamment pour son agriculture".


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