Le sens des responsabilités
10 juin, parNote de la Rédaction au sujet d’une tribune intitulée « Nommer le privilège zorey pour construire l’égalité à La Réunion »
15 juillet 2008

Nous avons dans l’oreille des grands noms pour les auteurs mauriciens dont, Ananda Devi et Natacha Appanah. Michèle Rakotoson et Jean-Luc Raharimanana pour la Grande Ile. Mais est-ce à dire que cette littérature de l’océan Indien est connue du reste du monde ? Du reste de l’Océan Indien même ? D’ailleurs existe-t-il une littérature francophone de l’Océan Indien ?
Autant de questions soulevées par Valérie Magdelaine, de la faculté des Lettres et Sciences humaines de l’université de La Réunion. Elle donnait cette semaine une conférence dans le cadre de la Journée de la francophonie sur le thème "la littérature francophone de l’Océan Indien".
Sa présentation générale de la littérature de l’Océan Indien décrit d’emblée ce champ littéraire comme une grande inconnue. « La notion de francophonie ne suffit pas à rendre compte de ce qui se passe dans le champ littéraire de l’océan Indien. » C’est une évidence : « les littératures de l’Océan Indien ne sont pas toutes francophones ».
Valérie Magdelaine est d’avis que cette littérature est « victime de la main mise de l’approche linguistique. On s’intéresse à l’utilisation de la langue française et des emprunts. Finalement, la langue prend le pas sur le texte. Elle ne joue pas énormément de la ressource de l’alternance des langues comme on peut le voir dans d’autres zones telles les Antilles ou l’Afrique ».
Peut-on alors parler de littérature francophone de l’Océan Indien ? Y-a-t-il unité du chant indianocéanique ? se demande-t-elle. Avant de nous donner des pistes en passant en revue la situation politique et linguistique de chaque île. De La Réunion, département français à Madagascar dont la francophonie « est extrêmement importante sur le plan officiel mais marginale du nombre de ses locuteurs ». En passant par les Comores qui se dissocient entre Mayotte (collectivité d’outre mer) et les Comores, pays indépendant. Sans oublier les Seychelles, où la francophonie ce n’est qu’une "phonie" aux côtés de créolophonie et anglophonie. « La francophonie ne recouvre donc pas les mêmes réalités ni sociales et historiques ni littéraires. »
La littérature n’est pas une décoration, elle né d’un contexte particulier « et il est extrêmement violent dans chacune des îles », dit Valérie Magdelaine. Chacune est liée à une situation coloniale, notamment à l’esclavage. Selon elle, la langue française est « marquée du sceau de la confiscation. Elle appartient à certains mais pas à d’autres. Pareil pour la littérature de langue française car elle n’est lue que par certains, étudiée que par certains ». Il y a peu de lecteurs.
Il ne faut pas résumer la littérature à la francophonie, explique Valérie Magdelaine. La littérature francophone n’est qu’une partie de la littérature de l’Océan Indien. La conférencière décline son histoire en plusieurs phases : d’abord celle de l’imitation par rapport aux codes français, avant que ne naissent les romans coloniaux. « Puis tout bascule. A Madagascar c’est la poésie, ce vol de la langue française au colonisateur. »
Pour ce qui est de La Réunion et Maurice, Valérie Magdelaine aura un exemple frappant. Celui de sa visite dans une librairie et où elle n’a pas trouvé un seul auteur réunionnais en rayon. « C’est étonnant que les textes sont vendus à l’Harmattan mais pas ici. » Elle notera le cloisonnement des langues qui sont très fortes chez nous. « La figure de la littérature indienne est très présente chez les poètes. L’intertextualité est très métaphorique. »
A partir de quand se crée une littérature insulaire ? s’est interrogée Valérie Magdelaine.
Aline Groëme-Harmon, "L’Express" (Maurice)
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