Chikungunya

Première contribution au plan d’urgence économique

27 février 2006

Voici l’introduction du document relatif à la contribution au plan d’urgence économique remis au ministre de l’Outre-mer le 22 février à la Région, lors de la rencontre avec les acteurs économiques, élaborée par un groupe partenarial regroupant les Chambres consulaires, la Région, le CTR, le Département, le CESR, l’Association des maires de La Réunion et la CGSS.

"Aujourd’hui, La Réunion traverse une crise sanitaire sans précédent, depuis l’éradication du paludisme. Une épidémie a des conséquences plus ou moins graves sur la vie économique d’un pays, conséquences à court, moyen et long terme. Elle est devenue pandémie et le chikungunya s’installe maintenant durablement dans notre île, avec un caractère endémique.

Cette situation a des conséquences sur les domaines économiques et sociaux de La Réunion. Le premier secteur visible touché de plein fouet est le tourisme, un des premiers secteurs d’activité de l’île. Le tourisme répond à un certain nombre d’exigences dont celle de la sécurité sanitaire. Il est toujours particulièrement exposé. Du fait de l’épidémie, le nombre de touristes est en baisse significative sur les 2 premiers mois de l’année et les prévisions pour les 6 prochains sont catastrophiques.

Les autres secteurs ne sont pas épargnés et, de l’avis de tous, l’onde de choc touchera l’ensemble des activités avec des répercussions plus ou moins importantes. Ainsi, les conséquences handicapantes de la maladie ont ou auront des effets notables tant sur l’activité du BTP, que dans les secteurs de l’agriculture ou de l’artisanat. Il ne faut pas non plus oublier que plus de 95% des entreprises de La Réunion sont des TPE, souvent sans employés, et que les méfaits de la maladie en sont d’autant plus graves sur leurs activités.

Le pouvoir d’achat des Réunionnais est lui aussi touché du fait, en particulier des achats de produits répulsifs, des règles applicables en matière d’indemnités journalières (65% du salaire net), ou encore des délais de carence de 3 jours. Le secteur du commerce commence d’ailleurs à en ressentir, lui aussi, les premiers effets négatifs.

En définitive, au-delà du secteur du tourisme déjà sinistré, l’économie de l’île connaît déjà les prémices d’une situation de crise qui ne peut que s’aggraver, faute de mesures appropriées.

La rédaction d’un plan de sauvegarde se veut être une réponse à la demande des socioprofessionnels réunis au Conseil régional le 6 février dernier, et dans le prolongement de cette réunion, et compte tenu de l’urgence, des premières propositions de mesures rapides, faisant large consensus, ont été élaborées par un groupe de travail partenarial.

Leur prise en considération par le gouvernement ne serait que la réponse à une situation exceptionnelle (depuis 85 ans et la grippe espagnole, aucune région de France n’a connu une épidémie de cette ampleur) et doit avoir comme référence des situations comparables ayant touché récemment des régions françaises (catastrophes naturelles ou crises économiques et sociales graves) et les réponses qui y ont été apportées par la solidarité nationale. Dans ce cadre, des mesures exceptionnelles et adaptées ont été prises, le plus souvent avec célérité permettant ainsi d’éviter le pire pour ces régions, leurs habitants et leurs entreprises.

Ce document constitue la première contribution partenariale qui servira de base au travail de l’Observatoire de la situation économique installé dès le 9 février suite à l’annonce de sa création par le gouvernement. Il sera régulièrement mis à jour (bilan et propositions de mesures) à partir des informations issues des professionnels et recoupées à partir des données des diverses administrations concernées.

La présente synthèse regroupe les propositions des différentes institutions que sont les Chambres consulaires, la Région, le CTR, le Département, l’Association des maires de La Réunion, le CESR et la CGSS, mais aussi prend en compte celles issues des contributions des acteurs socioprofessionnels formulées dans le prolongement de la réunion du 6 février dernier.

Ces propositions peuvent être mises en œuvre à partir des dispositifs existants, mais elles nécessitent aussi parfois des dispositifs innovants, le gouvernement ayant indiqué que dans cette crise il n’y avait pas de limite dans les moyens qu’il pouvait mobiliser. La demande commune à l’ensemble des acteurs est que, afin de répondre à la situation exceptionnelle que vit La Réunion, il faut mettre en place des solutions exceptionnelles. Ainsi, la notion de déclaration de l’île en zone sinistrée au titre de "catastrophe naturelle et sanitaire" n’existe pas aujourd’hui juridiquement. Cependant, la situation que connaît La Réunion peut se renouveler dans d’autres territoires (ex : grippe aviaire en métropole) et la mise en place exemplaire de dispositions efficaces dans la gestion de notre crise, doit être capitalisée afin que, le cas échéant, elles puissent inspirer des mesures analogues et pertinentes là où la nécessité se ferait bientôt sentir.

Enfin, l’ensemble des acteurs économiques de l’île considère que la période la plus aiguë que doit connaître la crise est encore à venir. En conséquence, il leur apparaît indispensable que les mesures devant être prises répondent à une logique d’anticipation. Elles nécessitent aussi d’allier globalité et particularité. Elles ne sauraient être définitives et doivent éviter autant que faire se peut les effets d’aubaine, tout en privilégiant la gestion en temps réel des entreprises touchées.

La Réunion est courageuse, mais devant l’immensité de la tâche à gérer, elle a fondamentalement besoin que s’exprime de manière forte la solidarité nationale."

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