Le sens des responsabilités
10 juin, parNote de la Rédaction au sujet d’une tribune intitulée « Nommer le privilège zorey pour construire l’égalité à La Réunion »
24 octobre 2007

C’est un projet fabuleux. Le conte a droit de cité, voyage même dans les quartiers de Sainte-Suzanne. Après Bagatelle, Bel Air, Bras Pistolet, c’est à La Marine que les conteurs se retrouvaient hier. Et quels conteurs !
On croyait le conte traditionnel oublié. Ce n’est pas vrai. Le conte vit, et il vit bien. Du moins, grâce à l’implication de conteurs connus et reconnus, tels que Sully Andoche, Daniel Honoré et Anny Grondin, qui ont su redonner du souffle à cette pratique ancestrale. Aujourd’hui, Sully Andoche se félicite de l’arrivée de nouveaux conteurs et conteuses. Dans le petit local du Case de La Marine, je découvre une fine voix créole, qui raconte des histoires, entre hier et aujourd’hui. Véronique Insa vient tout juste de commencer sa carrière de conteuse, encouragée par un parrain-conteur, Sully Andoche en personne. Elle ne désespère pas. La tradition du conte reprend des ailes, des airs, devrait-on dire. « En faisant ces animations autour du conte, je me suis rendu compte que les gens sont assoiffés de retrouver les traditions, la langue. On croyait cette tradition oubliée, mais les gens sont vraiment contents d’entendre des contes. Une mère, un jour, est venue me voir pour me dire que ça lui faisait du bien de passer un moment comme cela avec ses enfants. Elle me disait qu’il y avait longtemps qu’elle n’avait pas ri de la sorte. Un conte, c’est un partage », déclare-t-elle. Elle relève par ailleurs toute la richesse de notre langue créole. Le conte véhicule la langue créole, joue un rôle aussi dans la lutte contre l’illettrisme, redonne l’estime de soi, de son patrimoine.
Transmettre cette tradition orale
Sully Andoche est un conteur demandé. On l’a vu au Festival de Joinville, puis lors des festivités Saint-Denis Vacances. Là, à Sainte-Suzanne, il conte de quartier en quartier. Ce jeudi 25 octobre, on le retrouvera sur le côté du Théâtre du Grand Marché. Bref, le conteur le plus en vogue est sollicité. Il s’en réjouit, notant l’engouement des Réunionnais pour une tradition qui sort de l’oubli. Il se félicite par ailleurs de l’intérêt que portent les communes au conte, qui n’est plus seulement un spectacle donné, mais perçu comme une transmission d’une certaine philosophie de la vie à La Réunion. Le conte véhicule des valeurs, dans une société réunionnaise qui a tendance à perdre ses valeurs d’antan. Le conteur joue un rôle fondamental, au sens où il transmet un patrimoine. « Dans une période aussi difficile, le conte est nécessaire », lance-t-il. Reste le problème de la transmission. Quand certains ouvrent leurs cahiers d’histoires, encouragent les nouveaux venus, d’autres préfèrent conserver avidement des histoires tenues de leurs ancêtres. “Zisteman, i fo transmèt” dirais-je. Suffit-il de dire des histoires ? Comment préserver des histoires ? Roger Valliamé préfère dire, raconter. Pas de caméra, pas de télé, peut-être alors une photo pour garder en mémoire une figure du conte traditionnel réunionnais. Les enfants écoutent, non sans chuchoter des brins d’histoires. Quelques parents sont là aussi. Un conteur est au coin de la rue. Il raconte l’histoire d’un conteur, qui connaissait lui-même un conteur, fils de conteur, descendant de conteurs.
Bbj
La prochaine séance de conte se tiendra la 19 décembre au centre-ville de Sainte-Suzanne, dans le cadre des festivités du Vin Désanm.
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